GERHARDT ET WURTZ
scientifique de Wurtz *, Dumas, charge du rapport à rAcadémie, | oxagém les éloges jusqu'à attribuer au jeune savant, son protégé, certaines expériences qu'il n'avait point faites et des théories dont il n'était pas l'auteur. Deux ans auparavant, le chimiste anglais Anderson avait découvert le premier de ces corps, auquel Gerhardt avait assigné sa vraie formule, en se fondant sur ses théories, et lorsque Wurtz découvrit les autres, celui-ci . on méconnut si bien la véritable nature que ce fut Gerhardt lui-même qui la lui fit voir*, en leur appliquant la nomencla- / ture déjà usitée pour les amides.
Gerhardt n'était-il pas en droit de protester et ne pouvait-il pas, à juste titre, s'en prendre h Wurtz lui-même, qui, après avoir fait son profit des observations du chef de la nouvelle école, adoptait sa théorie, sans en avouer l'auteur?
Il faut se rappeler que les nouvelles doctrines étaient loin 4rôtre inconnues ii Wurtz : comme traducteur allemand du Précis de chimie organique de Gerhardt, en 18 i4, il s'était ])énétré des méthodes de son maître, et maintes fois depuis Tarrivée de ce dernier à Paris, il avait eu l'occasion de dis- <*utpr avec lui et avec Laurent les points les plus controversés au laboratoire de la Monnaie.
Soit crainte de déplaire à son protecteur, soit faiblesse de caractère devant le mirage d'une découverte importante dont il <!raignait de voir la gloire partagée, il manqua à ce moment <le cette subtilité dans la droiture que l'histoire est en droit <rexiger de savants de sa valeur.
Ilàtons-nous d'ajouter que Gerhardt, pas plus pour lui que pour bien d'autres, ne lui garda rancune : la bonté fondamentale de son caractère dominait toujours ses actions. Jamais il ne ressentait longtemps ni une indélicatesse ni même une injure: une fois qu'il avait revendiqué son droit, la main était toujours prête à se tendre à l'adversaire, comme après un duel honorable.
Peu d'années après, en effet, nous verrons Gerhardt et Wurtz continuer leurs discussions fécondes, sans malheureusement qu'il soit possible d'en connaître les péripéties, comme entre
1. Préparateur de chimie organique à la Faculté de médecine, chef des travaux chimiques à TEcole centrale (1846-1831).