‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 157 sur 274 · Par M* P. de Jouvence), ancien député · texte numérisé non relu

Par M* P. de Jouvence), ancien député

manqué, car T Assemblée s'était rendue impopulaire par la loi du 31 mai, qui avait attenté à l'intégrité du suffrage universel, et au premier moment le coup d'État ne se présentait que comme la réparation d'un outrage h ce principe.

L'élan populaire était nul, qui eût créé quelque chance de salut.

Seuls les chefs et les membres intelligents du parti républicain avancé comprirent immédiatement l'immense portée de l'acte accompli le 2 décembre, et crurent à la possibilité de soulever le peuple : ils manquaient d'armes !

Lorsque les modérés s'aperçurent de l'effondrement complet de la République, ils voulurent s'unir à eux et agir : Thiers, par l'entremise de Léon de Maie ville, s'aboucha avec le comité socialiste, qui comprenait entre autres de Flotte et Moutard, pour aviser aux moyens d'armer les faubourgs et organiser la résistance légale. Mais c'était trop tard, l'habileté suprême des dispositions prises par Morny déjoua toutes les tentatives. La terrible fusillade des boulevards, le jeudi 4 décembre, arrêta toute velléité de résistance.

Ce jour-là, Gerhardt, avec un certain nombre d'amis, parmi lesquels Moutard, Sabatier et le capitaine d'état-major Campenon*, s'étaient dirigés, dans l'après-midi, vers la porte Saint- Denis, pour avoir des nouvelles de l'attaque de la barricade qui y avait été élevée, lorsqu'en revenant par les boulevards, vers 3 heures, ils furent saisis par le bruit de la fusillade. Ils n'eurent que le temps de tourner le coin de la rue Richelieu et de se réfugier dans une porte. Après de longues heures d'attente, jusqu'à la fin de cette scène terrible, Gerhardt eut toute la peine du monde à regagner fort tard son domicile, les ponts de la Seine étant presque tous interceptés. 11 y fut rejoint par Sabatier*, qui, s'étant aperçu qu'il était traqué, accourait chercher un asile auprès de lui.

Sabatier resta quelques jours caché chez Gerhardt, échappa, heureusement pour lui-môme et pour son hôte, aux perquisitions de la police et réussit enfin, grâce à un déguisement de cocher, à gagner la Belgique.

1. Devenu général et ministre de la guerre sous la troisième République.

2. Alfred Sabatier, né le 15 novembre 1822, élève de rÉcole polytechnique en 18i2, exilé en 1851, rentra en France à Tamnlstie de 1860 et mourut en 1874.

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