ARRESTATION DE GERHARDT
Les convictions républicaines de Gerhardl avaient failli lui <>lre fatales, et il s'en fallut de peu qu'il ne fût emporté dans les terribles événements qui renversèrent la République; peuton taxer d'exagération ses sentiments h Tégard du nouveau gouvernement, surtout à Tégard du prince qui, s'étant déclaré socialiste et ami du peuple, s'élait servi de ce dernier comme marchepied du trône?
Gerhardt et ses amis avaient suivi attentivement tous ses avatars depuis son élection à la présidence, ils savaient tous ses discours, étaient renseignés sur tous ses faits et gestes, et le parjure éclatait à leurs yeux dans toute sa hideur.
Tous pouvaient souscrire aux pensées qu'un député libéral, rillustre de Tocqueville, écrivit dans les greniers du quai d'Orsay, où la police l'avait enfermé le 2 décembre 1851 :
« Cette tyrannie durera aussi longtemps qu'elle ne sera pas impopulaire auprès des masses. A présent, seules les classes éclairées sont hostiles. ]Sous ne pouvons accepter d'être privés du droit de parler et d'écrire, ni que les destinées de la Franco dépendent de l'égoïsme, de la vanité, des terreurs ou des caprices d'un homme, d'un étranger de race et d'éducation, d'une bande d'aventuriers militaires et de bourgeois avilis, bons tout au plus h former l'état-major et le conseil privé d'un Catilina. Mais le grand nombre n'en a souci. La crainte du socialisme les jette tète baissée dans les bras du despotisme.
« Le pays regrettera le prix de la victoire contre des ennemis imaginaires. Trente-sept ans de liberté nous ont iait une nécessité de la liberté de la presse et des discussions parlementaires. Si Louis-Napoléon nous les refuse, il se fera détester comme tyran; s'il les accorde, elles le tueront... Il est impossible qu'un homme aussi irréfléchi, entouré et voulant être entouré d'hommes dont la bassesse est la seule recommandation auprès de lui, qu'un tel homme ne commette pas des fautes et des folies sans fin.
« La presse, la tribune les divulgueront, peut-être les exagéreront. Une fois discrédité, l'armée se tournera contre lui... Nous serons débarrassés de Louis-Napoléon dans quelques années, mais qui peut dire le mal que d'ici \h il aura fait? »
Sentiments
do Gerhardt
sur le nouveau
gouvornement.
Ceux qui ont traversé toute la ilunV de TEmpire et senti les angoisses de la catastrophe finale, qui ont vu leur petite patrie violemment arrachée de la grande, ne peuvent pas ne pas être frappés de ce jugement si extraordinairement clairvoyant. Sans doute il reflétait Tétat d'esprit de cette pléiade d'hommes éclairés dont Gerhardt faisait partie, et explique Tardeur de leuranimosité contre ce nouveau régime. La main de fer qui confisquait les libertés publiques devait entraver le libre développement de la pensée dans ses manifestations nouvelles, la science devait ôtre tenue en lisière, et les novateurs tenus plus que jamais en défiance.
Gerhardt put s'en apercevoir jusqu'au jour trop tardif, hélas! où il força les hommes au pouvoir h reconnaître sa valeur par l'éclat de ses travaux.
Peu de mois après, Gerhardt devait éprouver encore une fois les procédés du nouveau régime sur les personnes qui lui étaient suspectes.
Un soir de la fin de mars 1832, alors qu'il était k sa réunion accoutumée du café du Théâtre-Français, — notablement diminuée des politiques militants partis en exil ou envoyés k Cayenne ou Lambessa, — la police fit irniption dans la salle et emmena tout le monde à la préfecture. Après une longue nuit d'angoisses, vers midi, tous furent relâchés, à l'exception de Paul de Jouvencel et François Vidal, dénoncés comme auteurs de barricades. Peut-être la durée de cette détention fut-elle abrégée par une démarche faite de très bonne heure ce jour-là. En effet, dans la nuit, le maître du café était venu prévenir M"^ Gerhardt de l'arrestation de son mari. Grâce à un élève en chimie, dont le père était chef de service à la présidence, elle put parvenir jusqu'à lui et obtenir un ordre d'élai^issement porté aussitôt par ime estafette a la préfecture.
Pigouvyjo Au point de vue scientifique, dont désormais Gerhardt ne
<M:«ânîtpiea S écartera plus, par amour môme pour la science, cette année ^ avril ibôo. 18*J1 fut une des plus fécondes pour l'avenir de la chimie; nous
exposons ailleurs le bilan des découvertes qui l'illustrent. (Cependant, la vie de Gerhardt est si intimement liée avec
le mouvement de sa science bien-aimée, que nous ne pouvons