‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 178 sur 274 · VACANCE A I/ÉCOLE DE PHARMACIE · texte numérisé non relu

VACANCE A I/ÉCOLE DE PHARMACIE

lavait invité depuis plusieui*s années, et, il faut le dire, il y était encouragé par les témoignages continuels d'admiration qu'il recevait pour ses travaux.

L'année 1853 avait donc été pour Gerhard t une année où les satisfactions morales venaient enfin confirmer sa foi en Tavenir et redoubler sa confiance dans la victoire finale de ses doctrines : l'ostracisme à l'intérieur était compensé par l'épanouissement de sa renommée au dehors. L'étranger, qui ne connaissait pas les querelles de personnalité ou les susceptibilités administratives, accueillait avec sympathie l'effort magistral d'un grand esprit qui prétendait montrer la chimie sous une forme logique et non comme une réunion de fails sans liens ou de recettes empiriques.

Le Traité de Gerhardt se présentait, en eiTet, comme l'expression philosophique de ses conceptions de la chimie, précisées, affinées, modifiées et reliées entre elles k la suite des luttes soutenues depuis douze ans.

Ecrit d'une plume élégante et claire, cet ouvrage rend pleinement justice aux efforts de tous, amis comme adversaires : ce n'est pas une œuvre de parti, c'est la constniction d'un édifice ordonné avec art, sur des bases solides, par un architecte soucieux de rendre loyalement les effets que la vérité scientifique impose.

Depuis que la chimie organique s'est scientifiquement constituée, dit Gerhardt dans sa préface, trois hommes éminents ont surtout dirigé le mouvement des esprits dans la recherche des vérités nouvelles : M. Liebig, par sa théorie des radicaux composés ; M. Dumas, par sa théorie des types chimiques et mécaniques, et M. Laurent, dont la science déplore la perte récente, par sa théorie des noyaux. Chacune de ces théories a eu ses partisans et ses détracteurs ; on a dit sur elles tout ce qui pouvait leur être favorable ou contraire, et cependant, aucune d'elles n'a été ni entièrement consolidée, ni entièrement renversée. C'est que chacune de ces théories est vraie dans la hmite des faits sur lesquels elle se fonde, et chacune d'elles s'écarte plus ou moins de la vérité dès qu'on dépasse cette limite pour viser à l'absolu.

En subordonnant ces théories à la notion de Série, je les ai fondues

Vacftnco d'une cbairo

à rÉcole Ue pharmacie

do Paris.

ensemble pour n'en faire qu'une qui les résume toutes et qui précise

le sens de chacune

Je comprends aussi que la science, après sa méthode, réclame sa philosophie, et aujourd'hui le moment me semble venu où il convient d'édifier, le terrain ayant été suffisamment préparé par les derniers travaux de MM. Malaguti, Williamson, Hofmann, Chancel, Cahours, Wurtz, Frankland, et de plusieurs autres chimistes distingués.

Môme si ron se gardait d'apporter trop tôt son adhésion à cette conception nouvelle de la chimie, Ton était avide de voir comment se remplirait ce programme d'un savant dont la réputation s'était surtout faite dans l'art avec lequel il avait démoli toutes les théories anciennes.

En France, à part quelques esprits d'élite nullement inféodés aux Maîtres du jour, la manifestation fut polie, mais non sympathique, et alors que pour tout autre le succès d'un tel travail eût été un titre pour obtenir la récompense justement ambitionnée d'une position honorable, les compliments s'arrêtèrent aux lèvres, et les faveurs continuèrent à passer devant lui.

Je suis sur les rangs pour la chaire de physique devenue vacante à TEcole de pharmacie, écrivait-il le 3 février 1854 à son ami Chancel, par la nomination de Soubeiran à la Faculté de médecine.

J'ai beaucoup de chances. Je crains, toutefois, que Grassi, mon compétiteur, ne soit nommé grâce à l'appui de Regnault, qui ne veut pas m'appuyer parce que la physique n'a pas été ma ligne. Qu'a donc fait Regnault depuis quinze ans en fait de chimie? Et cependant, il est professeur de chimie. Ces gens-là sont à cheval sur ce qu'ils appellent les principes quand il s'agit de les appliquer à d'autres qu'à eux.

En vain, cette fois encore, le demi-frère de Gerhardt, ministre de France h Stockholm, adressa-t-il une lettre pressante au ministre de l'Instruction publique Fortoul, et reçut-il de lui l'assurance de r attention la plus bienveillante pour les titres (Ttin candidat dont il appréciait trop les services voKr, etc. ...

Dumas fit de son côté des promesses dilatoires.

Il me donne tout plein de belles paroles, me répète depuis six

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