‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 184 sur 274 · Lettre de Gerhardt à Chancel, du 26 janvier · texte numérisé non relu

Lettre de Gerhardt à Chancel, du 26 janvier

3. Gerharilt remplaçait à la Faculté des sciences Pasteur, et à l'École de pharmacie M. Loir, tout récemment nommé et qu'on dut envoyer à Besançon pour exécuter la promesse des deux chaires faite à Gerhardt.

Les arrêtés de titularisation définitive sont du 8 août 1855. A cette occasion, le minière Fcrtoul en les annonçant à Gerhardt ajoutait :

a Je me félicite, monsieur, d'avoir pu en vous désignant pour ce double titre au choix de Sa Majesté, attacher d'uue manière définitive à deux établissements importants de TAcadémie de Strasbourg, un professeur dont les travaux sont justement appréciés du monde savant. Vous justifierez, je n'en doute pas, par les services que vous continuerez à rendre à la science et par le mérite de votre enseignement, la confiance dont vous êtes l'objet. Vous n'oublierez pas surtout que Tun de vos premiers devoirs est de faire comprendre à la jeunesse, qui se presse à vos leçons, ce qu'elle doit à Temperf ur, dont le gouvernement protège avec tant de sollicitude ses paisibles études. »>

La phraséologie de ce document officiel est caractéristique des préoccupations dynastiques de l'époque.

4. « J'ai vu Tautre jour Tami Kopp, qui est bien installé dans votre petite maisoQ et qui paraît content de son séjour à Paris. » (Lettre de Wurlz à Gerhardt, du 15 mars 1856.)

do^ses'^amls Gerhardt profita des quelques jours qui le séparaient de son

départ pour annoncer à ses amis le grand changement qui survenait dans sa position; Liebig, Williamson et d'autres savants s'empressèrent de le féliciter, cependant avec des nuances diverses où se mêlaient de la déception et de Fétonnement de son éloignement de Paris.

Quelques-unes de ces réponses offrent un vif intérêt, et méritent d'être citées :

Sans doute, quitter Paris, écrit l'un d'eux*, est une chose fâcheuse pour vous. L'émulation y est plus grande, le travail plus facile et les récompenses, quand l'heure a sonné, y sont plus larges : ce sont bien là, si je ne me trompe, les avantages de Paris. Eh bien ! il me semble qu'en les perdant vous perdrez moins que tout autre. Vous aimez trop la science pour elle-même (et jusqu'à présent votre passion n'a pas été malheureuse, car la belle vous a laissé cueillir quelques-unes de ses plus belles fleurs), vous avez donc moins besoin que tout autre de stimulants...

Enfin viennent les récompenses. Y en a-t-il une plus belle que d'être, suivant l'expression d'un sénateur*, chef d'École à Strasbourg?

C'est qu'il est difficile d'être chef d'École à Strasbourg sans l'être en même temps à Paris et ailleurs. N'en déplaise au sénateur, l'enceinte d'une place forte n'est pas une barrière pour la science, et les idées grandes et belles à Strasbourg ne cessent pas de l'être à Paris, ni à Londres, ni à Vienne, ni à Berlin, pas même à New- York. Lliabit vert est bien par convention l'iiabit des grands savants ; mais il en est des savants comme des moines : ce n'est guère à l'habit qu'on les reconnaît.

Du reste, il n'y a pas à en douter, c'est parce qu'ils auraient été très embarrassés le jour où il aurait fallu octroyer à quelqu'un le droit de porter le fameux habit et de siéger au palais Mazarin, que les gros bonnets ont mis tant d'insistance à vous faire obtenir les deux chaires de Strasbourg. C'est aussi par peur que les petits bonnets ont déployé tant de zèle. Pour les uns et pour les autres, votre éloignement est un succès. Qu'ils s'en réjouissent ! Amen.

Voilti, il me semble, la position grossièrement analysée. Je n'ai pas la prétention de vous inspirer ces idées; à coup sûr, vous les avez plus

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