PROJETS POUR LES VACANCES
Revenir à Paris, voilà bien le vif désir do Gerhardt, et Tap- ^uï^e^s proche des vacances l'amenait à en organiser les moyens ; la vacance», i856. lettre suivante, qui est la dernière que nous possédions de lui à ses amis, renseigne sur ses projets :
Strasbourg, 5 juin 1856.
Mon cher Cahours, je suis bien en retard avec vous, mais j'avais espéré pouvoir vous communiquer quelque nouvelle de laboratoire et j ai toujours remis d'un jour à laulre.
J'avouerai enfin que je suis parfaitement à sec en fait de nouvelles ; mes deux cours et la fin de mon livre ont pris tout mon temps.
Ajoutez à ces causes une certaine dose d*ennui — de cet ennui auquel on succombe forcément après quelques mois de séjour en province — et vous vous expliquerez pourquoi je n'ai pas de résultat de laboratoire à vous annoncer.
Je compte bien venir me retremper un peu près de vous, aux vacances prochaines. L'époque de ma visite n'est pas encore fixée. C'est que nous avons le projet, ma femme et moi, d'aller nous nicher quelque part, pour une couple de semaines, dans les montagnes de la Forét-Noire. Le pays est si beau par là!
De sorte qu'il se pourrait bien que je ne vinsse pas avant le mois d'octobre.
D'un autre côté, je serai peut-être obligé d'aller faire une tournée, au mois de septembre, pour présider les jurys d'examen dans les écoles secondaires de médecine et de pharmacie. Alors, adieu mes projets de la Foré t-No ire.
Enfin, depuis longtemps, Masson attend que Chancel et moi nous lui donnions notre deuxième volume contenant l'/l/îa/t/s/? quantitative^ et ce {^redin de Chancel ne m'a pas encore envoyé sa part; s'il ne l'envoie d'ici aux vacances, il faudrait alors encore rédiger la sienne... V^ous voyez, mon cher ami, qu'il y a là un tas de choses qui m'empécbent de prévoir l'époque précise à laquelle j'aurai le plaisir de venir vous serrer la main. Mais enfin j'y compte toujours.
Avez-vous des nouvelles des démarches promises par Flourens?
I^es vacances devaient commencer le 19 août, immédiate- Maladie et ment après les fêtes du 15 août et la distribution des prix du oerhardt. lycée annoncée pour le 18. derhardt était heureusement dis-
ponsé (le la présidence des jurys d'examen de Técole de pharmacie dans le ressort de l'Académie, et il se disposait avec joie il emmener sa famille h Waldkirch, dans le grand-duché de Bade, où des chambres étaient retenues à la brasserie de TArche, chez Landerer.
L'avis même de sa prochaine arrivée était lancé. Tous attendaient avec impatience ce départ ; chacun se réjouissait de la perspective de ce séjour où devaient se retrouver d'autres familles amies, des professeurs ses collègues, Oppermann, Kirscheger, Bertin, etc. Lui-même, Gerhardt, était heureux de revoir les belles montagnes qu'il avait parcourues comme jeune homme, le sac au dos, de se délasser de ses longs travaux de cabinet, de puiser enfin dans l'air des charmantes vallées de la Forêt-Noire, au milieu d'une société aimable et cordiale, de nouvelles forces pour s(»s futurs travaux.
Le vendredi 13 août 1856 s'annonçait comme une belle et chaude journée d'été. Suivant la <;outume, Gerhardt devait se rendre au Temple-Neuf, h II heures, où étaient convoqués, pour la célébration du Te Deiim^ tous les fonctionnaires de religion protestante.
Le Temple-Neuf était la nef d'une vieille église des dominicains, datant de 1260, dont le chœur était occupé par la célèbre Bibliothèque détruite en même temps qu'elle, le 24 août 1870, par les obus allemands.
Une salle du rez-de-chaussée de cette Bibliothèque, servant de dépôt aux pierres tombales ou autres restes archéologiques, faisait office de vestiaire et de point de réunion du cortège, qui, de là, se rendait processionnellement au culte par la grande porte de l'église.
Se croyant en retard, Gerhardt, qui s'était trompé d'une heure, se hâta d'arriver, et ne s'aperçut de son erreur qu'après un certain temps d'attente dans cette salle, dont la température élait très fraîche. Y fut-il saisi de froid?
Le groupe des professeurs en robe occupait, dans l'église, les vieilles stalles sculptées qui s'étendaient à la droite de l'autel, sous de majestueuses arcades gothiques. Il rappelait, par son ordonnance et ses costumes, le souvenir de l'ancienne Université de Strasbourg, qui, deux cent cinquante ans a^iparavant, y tenait ses assises.