‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 217 sur 274 · Revue scientifique, 1851, p · texte numérisé non relu

Revue scientifique, 1851, p

moitié moindre que celle des corps générateurs. L'erreur de Zinin venait de l'habitude qu'avaient les chimistes de donner aux corps basiques une formule représentant la quantité qui se combine à un équivalent d'acide chlorhydrique ; la notion mal comprise de l'équivalence masquait la réalité des faits. Les formules de Zinin étaient en désaccord avec la loi des nombres pairs ; Laurent et Gerhardt les doublèrent ; l'aniline étant en C* comme la benzine nitrée dont elle dérive, le semi-benzidam obtenu avec la benzine dinitrée doit également renfermer six atomes de carbone et être représenté par OH*Az% c'est la phénylène-diamine. Ils introduisaient ainsi dans la chimie la notion des alcalis polybasiques ; cette idée d'écrire la phénylènediamine en C% comme la benzine dinitrée qui la fournit par une réaction régulière nous paraît aujourd'hui toute naturelle; elle était à cette époque une innovation hardie. Dans le même mémoire se trouve également corrigée la formule de la nicotine, qu'on écrivait C*H'Az.

Ils reprirent ensuite l'étude de l'acide stéari^ue, que l'on représentait par C"H"0% formule en dehors de leurs lois; ils en firent de nombreuses analyses et le représentèrent par C"H»*0*, le considérant comme identique avec l'acide margarique; les chiffres analytiques', lés propriétés sont presque identiques. Aujourd'hui nous admettons la non-identité et nous écrivons l'acide stéarique C^'H^O', mais c'était déjà un grand progrès que de le ramener à une formule plus simple, et surtout de le ranger dans la série des acides homologues C"H*°0'.

Dans le mémoire sur les diphénides, ils se proposent l'étude des corps se rattachant à une molécule de benzine doubler et renfermant C" dans la molécule; ils décrivent des corps nouveaux : dérivés nitrés et diamidés de Tazobenzide et de î'azoxybenzide, le nitrodiamidophénol (acide nitrophénamique), qu'ils crurent devoir représenter par une formule en C", à cause d'un sel acide ; s'ils découvrirent dans ce travail de nouvelles espèces chimiques, ils furent moins heureux dans leurs conceptions théoriques, car ils crurent que les diphénides, comme ils appe-

Acide margarique.

Acide stéarique.

CHARLES OBRRAROT.

laient les corps en C*-, dérivaient d'un hydrocarbure C**H", le diphène. Plus important par ses conséquences théoriques et les nombreux dérivés qu'il fit connaître est le mémoire sur les phénides, nom générique qu'ils attribuèrent aux éthers du phénol.

S'ils conservèrent au phénol le nom d'acide phénique,ilsne le confondaient pas avec les véritables acides et savaient qu'il appartenait à une fonction spéciale; Gerhardt l'appelait un corps limite^ qui touchait d'un côté aux alcools, de l'autre aux acides.

Ce qui leur faisait attacher une si grande importance à ce remarquable travail est exposé dans les termes suivants :

Nous avons essayé de démontrer, par des recherches antérieures, que les théories à Taide desquelles les chimistes ont adapté aux éthers lés principes du dualisme électro-chimique se trouvent entièrement en défaut quand on cherche à appliquer ces théories aux combinaisons nombreuses, telles que les amides et les anilides, dont la formation et les métamorphoses sont entièrement semblables à la formation et aux métamorphoses des éthers.

L'analogie si évidente que nous avons signalée a été reconnue par les esprits les plus prévenus contre les idées unitaires. Si la majorité des chimistes hésite encore à se prononcer en faveur de notre système et de la méthode nouvelle qui en forme la base, nous espérons les convaincre par les faits consignés dans ce mémoire et qu'on ne saurait en aucune façon concilier avec les principes dualistiques.

Quoi de plus semblable que la formation de Téther benzoïque, de la benzamide, de la benzanilide? Quoi de plus semblable encore que le mode de dédoublement de ses composés sous Tinfluence des mêmes réactifs? Mêmes équations de part et d autre, et pour le mode de formation et pour les métamorphoses.

... Si Ton nous accorde, en se basant sur ses réactions, que Téther benzoïque, lacide benzoïque, Tanilide benzoïque sont des combinaisons de la même catégorie, auxquelles la même théorie moléculaire devra s'appliquer, on devra nécessairement y comprendre aussi les composés nouveaux que nous allons faire connaître et que nous désignons sous le nom de phénides.

Qu'on prenne du chlorure de benzoïle, et qu'au lieu de le faire réagir sur un alcool, sur l'ammoniaque ou sur un alcali organique, on le chauffe avec du phénate normal (phénol, hydrate de phényle, acide pliénique), on obtiendra un corps copule qui sera le phénide benzoïque ou benzophénide, capable de se dédoubler à la manière des éthers, des amides et des anilides, en phénate et en benzoate.

Sans doute, les partisans du système dualistique diront, en considérant le phénol comme une espèce d'alcool (hydrate d'oxyde de phényle), que le nouveau corps constitue Téther benzoïque de cet alcool (benzoate d'oxyde de phényle); mais comment concilier avec leur hypothèse ce fait que les espèces nitrées du genre phénate se comportent de la même manière que l'espèce normale, en d'autres termes que l'acide nitrophénésique (phénate binitré) et l'acide picrique (phénate trinitré) se comportent comme le phénate normal sous l'influence du chlorure de benzoïle? Voilà des acides très puissants, qui se comportent comme un alcool ou un alcali organique, et qui s'accouplent pour former des corps semblables aux éthers et aux amides.

Ils décrivent ainsi les benzoates de phényle, de phényle dinitré ^doTa\o^Xs* et trinitré, et formulent à nouveau la théorie des résidus, se résidus. substituant dans les molécules, suivant la loi des corps copules émise par Gcrhardt :

Nous avons formulé, il y a quelques années, la constitution des corps copules, en disant qu'ils renferment des résidus provenant d'une véritable double décomposition, comme dans le cas de deux sels. Mais il n'y a point là un phénomène de dualisme électro-chimique, attendu qu'on peut souvent, dans un seul corps, condenser successivement plusieurs résidus. L'acide picrique, par exemple, renferme un résidu phénique et trois résidus nitriques introduits successivement, et ce même acide picrique, déjà lui-même copule, peut encore s'accoupler davantage en condensant dans sa molécule le résidu benzoïque pour former le benzophénide trinitré.

Ils terminent ce beau mémoire en disant :

Nous aurions donné volontiers plus d'extension à nos recherches, mais le déftiut de matières et surtout le manque de ressources nécessaires aux travaux de laboratoire nous obligent à remettre la suite à des temps meilleurs*.

Millon, en rendant compte de ces deux mémoires si pleins de faits et si suggestifs, n'en parle qu'avec dédain :

1. C'étaient déjà les mêmes difficultés pécuniaires qui faisaient écrire par Gcrhardt, le 10 mai 1845 : « Depuis six semaines, les travaux de laboratoire sont suspendus faute d'argent. Nous n'avons pas le sou, ni Tun ni Tautre, et ne pouvons travailler sans quelques fonds. »

Le lecteur comprend que des recherches aussi considérables que celles qui précèdent exigeaient bien plusieurs communications académiques et ne pouvaient pas se produire sans un grand renfort de lois, de propositions nouvelles, de tableaux immenses et de diatribes contre le dualisme.

Ainsi, de la part des adversaires des réformateurs, toujours le môme système de dénigrement injurieux, de refus de discussion, de comptes rendus infidèles.

constuuiion des Lc mauque de matières ayant empêché les deux amis de continuer Tétude du phénol, ils reprirent celle des dérivés obtenus autrefois par Laurent avec l'essence d'amandes amères, sur laquelle ils observèrent raction de l'ammoniaque, de l'aniline et de l'urée. Ce que je veux retenir de ce mémoire, c'est qu'à propos de la benzoyluréide (mélange, d'après Schiff, de plusieurs benzylidène-uréide), ils donnèrent nettement la théorie (les uréides :

Une iiréide, disent-ils, est un composé qui renferme 1rs éléments d\m sel durée ^ moins de l'eau. Les uréides connues corresporutent au carbonate^ à Voxalate et au mésoxalate d'urée.

En dehors de leur collaboration, chacun poursuivait des Iravaux personnels, touchant au môme but, le triomphe de leurs doctrines. Laurent d'une part, qui avait déjà corrigé la formule de la quinone, donnait exactement celles de la quinhydrone et de rhydroquinone*, de l'indine, de Thydrindine; il fut moins heureux en donnant une nouvelle formule de l'euxanthone, qui avait été donnée exactement par Erdmann; enfin, outre des recherches sur les silicates et sur de nouvelles combinaisons naphtaliques, il publiait avec Chancel un mémoire sur laflavine (diamido-benzophénone) .

D'autre part, Gerliardt s'occupait, avec Liès-Bodart de la distillation sèche du camphorate de chaux, isolait la phorone du camphre et la transformait en cumène, rattachant ainsi le camphre à un homologue de la benzine. Seul, il publie un

1. Wôhjer et Woskerewsky avaient représenté la quinone par C?*H"0*, et riiydroquinone par G*'H*»0* (G = 6).

grand travail sur les nitrates mercureux, dont Lefort venait de compliquer l'histoire.

Millon dirigea h ce propos une attaque malveillante contre i^uïtlHe Gerhardt, en l'accusant de n'avoir pas fait les analyses de ses Muion. corps et mettant ainsi en doute sa bonne foi : Vauleur a-t-il exécuté une seule fois la méthode qu il indique? Nous en doutons,

Gerhardt qui jusqu'alors avait méprisé ces ridicules et odieuses attaques, se décida à répondre et administra à Millon une volée de bois vert dont celui-ci dut ressentir les atteintes. Il le prit à partie, cet insulteur qui personnifiait Thostilité des dualistes, se sentant appuyé par les barons de la science dont il flattait les passions.

Tous les Annuaires de M. Millon sont remplis d'agressions gratuites, et surtout de personnalités aigres et méchantes contre moi et mon ami Laurent. Je n'y ai pas répondu, laissant au public le soin d'en faire justice, et au temps celui de calmer mon fougueux antagoniste.

Cependant, comme M. Millon recommence aujourd'hui sur de nouveaux frais et qu'il pourrait se prévaloir de mon silence pour chanter victoire, je viens lui dire un dernier mot, dont il fera tel usage qu'il lui conviendra.

La dernière phrase. Monsieur Millon, dans votre article d'aujourd'hui {nous en doutons)^ est une insulte directe à ma bonne foi que je ne permets à personne de suspecter. Si ma méthode vous parait mauvaise, prouvez-le par des faits, mais n'allez pas donner pour argument votre opinion personnelle à l'endroit de ma probité scientifique, argument que vous ne seriez certes pas flatté de voir rétorquer contre vous-même...

... Enfin si M. Millon, au lieu de donner carrière à sa mauvaise humeur, lorsque j'attaque des résultats qui ne s'accordent pas avec mes lois, si M. Millon annonçait aux lecteurs de son Annuaire quand les faits viennent donner raison à ces lois, si M. Millon avait cette franchise, au lieu de taire systématiquement tout ce qui vient les confirmer, alors il mettrait les lecteurs à même de porter un jugement sur ces questions, et j'ai la faiblesse de croire que ce jugement ne me serait pas si défavorable. Mais en agissant ainsi, M. Millon se trouverait en contradiction avec lui-même, car les faits donneraient alors le plus formel démenti à ses assertions cassantes et justifieraient mal ses cris de tranche-montagne.

Millon se garda de relever le gant si fièrement jeté et d'entrer en discussion : Notre critique a fâché M. Gerhardt^ se contenta-t-il de répondre, et il continua sa campagne d'insinuations à propos du travail de Williamson sur Téthérification.

M. Gephardt entre de suite dans le débat, il proclame les éthers mixtes comme la confirmation de ses idées, de ses propositions, de sa théorie, de ses prédictions chimiques. Il est vrai que par générosité, sans doute, il laisse à M. Williamson le soin de découvrir les faits.

Les réformateurs ne travaillaient pas au triomphe de leurs doctrines seulement parleurs mémoires originaux, mais encore par le rôle de critique que prend Gerhardt en soumettant au contrôle de son clair esprit les mémoires dont il rend compte dans sa publication mensuelle ; il interprète les résultats, il modifie les formules presque toujours avec succès ; ainsi nous le voyons interpréter les travaux de Fleitmann et Henneberg sur les métaphosphates, ceux de Frankland sur les radicaux, discuter la nature de Tacide alizarique de Schunck, etc. Reprenons en détail ces divers sujets, ils en valent la peine.

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