NOUVEAU RETOUR A STRASBOURG
adjoint de toxicologie à TEcole de pharmacie, son ancien élève; enfin, il lui confia le manuscrit de son Traité de chimie organique avec la mission de trouver un traducteur et surtout un éditeur.
La lettre que Gerhardt écrivait à son maître quelques jours ^rsfrâsWg"'^ après son arrivée à Strasbourg (letlre du 18 mai 1837), nous «'^tissh. informe du peu de succès que le jeune homme eut auprès de Persoz : « M. Persoz ne s'occupe pas de chimie organique, ou plutôt il ne fait pas d'analyses organiques, et ceci, par la raison qu il croit que les moyens d'investigation dans cette branche de notre science sont trop imparfaits pour donner des résultats méritant quelque confiance. »
Elle nous apprend aussi que les démarches auprès des différents éditeurs de Strasbourg n'aboutirent point, et que sur le conseil de M. Oppermann, le jeune homme demanda à son maître l'autorisation d'envoyer, par l'intermédiaire d'un de ses parents, le manuscrit à M. Pelouze, à Paris.
La reprise des fonctions commerciales et industrielles à l'usine de Hangenbieten fut une nouvelle et dure corvée pour le jeune étudiant, qui cherchait par tous les moyens à xîoncilier son devoir avec la poussée en quelque sorte violente de sa vocation. Il avait à lutter contre des difficultés pratiques les plus grandes, l'absence d'argent, car le père ne lui avait pas attribué d'émoluments, l'absence de laboratoire, car il ne fallait pas songer à laisser voir à son père la continuation de cette hantise, la science pure, et les essais tentés dans des caves ou des soupentes ne pouvaient que parer au plus urgent*!
Il trouva néanmoins le moyen de continuer un travail commencé à Giessen, et de publier des mémoires, dont un dans le journal de son premier maître le professeur Erdmann, direc-
cessivement professeur de toxicologie à l'École de pharmacie de Strasbourg, directeur de cette École à la fia de 1818, à la place de Persoz, pa^sé à Paris. Il mourut à Strasbourg, le 12 septembre 1872 (Extrait du Journal de Pharmacie d'Alsace-Lorraine, novembre 1885). Oppermann était un grand admirateur de Gerhardt et un fervent ami de sa famille dont il fut toujours le conseiller écouté .
1. C'est à cette époque, 8 septembre 1837, qu'il voulut régler définitivement la question de naturalisation, qae lui valait déjà son engagement militaire en 1836, il fit sa demande régulière au maire de Strasbourg (Acte donné par M. Huck, conseiller délégué, le 12 septembre 1837).
teur du Journal fur prakttsche Chemie^ tome XIV, page 17, est intitule : Sur la constikilion de l'alcool et de ses dérivés; un autre ne sera pas prêt encore, car déjà il sent de légères divergences de doctrine avec son maître Liebig, et il faut qu'il ait à ses propres yeux cent fois raison pour hasarder de montrer ses vues. Liebig avait envoyé à Paris son fameux mémoire sur la constitution des acides organiques, où, battant en brèche la théorie de Lavoisier, sur ce que, d'après ce dernier, c'est Toxygène qui détermine l'élément constituant des acides, il se ralliait à la théorie de Davy, en attribuant ce rôle important à rhydrogène.
Ce problème, singulièrement ardu à cette époque, était Tobjet des méditations et des recherches de notre jeune homme, et Ton comprend si elles concouraient à lui faire accepter facilement les rebutantes occupations de l'usine.
Pour faire diversion, son père le chargea des voyages pour la maison, mais il fut un piètre voyageur de commerce malgré les conseils et les encouragements d'un jeune camarade que la communauté des idées libérales avait attaché d'amitié à sa personne*. Le pauvre garçon, soit timidité, soit aversion profonde d'une mission si totalement contraire à ses goûts, pour ce qu'il appelait mendier des commandes, ne réussissait à rien quand, lassé de sa situation sans issue et de ses efforts stériles pour faire comprendre à son père qu'il n'était à aucun degré capable de lui rendre les services qu'il attendait de lui, il se décida définitivement h se séparer de lui, quittant ainsi une seconde fois la maison paternelle, brouillé avec son père.
Muni de deux cents francs prêtés par son beau-frère pour tenter l'avenir, il partit dans les premiers jours d'octobre, parcourant en partie à pied la longue étape qui l'amène à Paris, le 22 octobre 1838.
1. Georges-Frédéric Juillard (1818-1887), d'une très ancienne famille du comté de &]ontbéliard, était alors voyageur de la maison Blech-Fries, de Mulhouse ; il devint un des principaux négociants de celte ville, juge au tribunal de commerce, et Tun des fondateurs d'une maison continuée par son fils, actuellement maire d'Épinal. Cet ami de jeunesse de Gerhardt fut de ceux qui surent le mieux encourager le jeune savant aux heures difûciles de ?a vie, et entourer de soins sa famille dans la détresse qui suivit la mort si prématurée de son chef. Cet hommage public lui est dû.