‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 220 sur 274 · SA NOTICE SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

SA NOTICE SCIENTIFIQUE

association intellectuelle qui, je ne crains pas de le dire, exerce aujourd'hui une influence manifeste sur la marche des id(V»s. Antagonistes d'abord, nous avons fini par comprendre l'identité de nos tendances et de nos principes; apportant chacun notre part de labeur et de pensées, nous nous sommes mis à remuer successivement les questions de méthode, de classification, de théorie générale. Si nous n'avons pas encore réussi à renverser le vieil édifice de la chimie dualistique, les nombreuses brèches que nous y avons faites en préparent du moins l'écroulement prochain. Parmi les chimistes qui ont embrassé nos doctrines, je citerai avec bonheur un des vétérans de la science, M. Léopold Gmelin, qui s'est prononcé en leur faveur de la manière la plus explicite. (Voir la nouvelle édition de son Handbvch des iheoret. Chemie, Ileidelberg, 18i8.)

Pour montrer l'importance de mon système d'équivalents, et faire ressortir l'influence qu'il est appelé à exercer encore sur la marche de la science, je veux rapidement passer en revue les principales erreurs qu'il m'a servi à redresser dans les résultats et les analyses des chimistes les plus distingués. Je me bornerai à mentionner les corrections qui ont déjà été sanctionnées par de nouvelles expériences, et je passerai sous silence celles pour lesquelles me manquent encore les preuves expérimentales. Je dois aussi faire observer qu'en publiant la liste de ces corrections, je n'entends nullement déprécier le mérite des travaux sur lesquels elles portent; je tiens seulement à constater la valeur et la vérité d'un principe, attestées par la supériorité môme des hommes dont ce principe n'était pas connu.

Après cet exposé, Gerhardt cite ses nombreuses corrections : série des acides gras, glycocolle, leucine, orcine, acide anisique, quinone, coumarine, indine, essence de rue, chloropicrine, phosphure d'azote, acide quinique, acide tartrique, nitro-prussiate, mellon et combinaisons melloniques, théobromine, rétinine (Iriméthylamine), etc., etc.

Il revendique encore pour lui la loi de saturation des corps copules qu'il expose ainsi :

Il existe en chimie organique un nombre considérable de corps qui résultent de la combinaison de deux autres corps composés ou qui se dédoublent, sous l'influence de certains agents, en deux semblables corps. Le produit et les deux corps générateurs étaient tantôt neutres, tantôt acides; ils saturaient tantôt un équivalent de base, tantô deux ou trois équivalents. L'étude générale de ces couples, au point de vue de ces doctrines nouvelles, m'a fait découvrir la loi de satura-

lion B= (6 + *') — i^ qui relie le produit aux corps générateurs, de sorte qu'aujourd'hui le mode de saturation est prévu dans tous les cas.

Cette loi, que je n'aurais pas pu trouver sans la connaissance des nouveaux équivalents, présente un caractère mathématique qu'on n'avait pas encore rencontré en chimie organique. Elle porte, d'ailleurs, le cachet de ma méthode, qui consiste à toujours ramener à des questions de nombres et de rapports les réactions si variées et souvent si complexes des substances organiques.

Après Texposé des principes, la liste des formules modifiées, la notice comprend une analyse rapide de ses mémoires et la liste des espèces chimiques définies qu'il a découvertes au cours de ses recherches. Enfin il termine par Tindication de ses livres, ses traductions et ses services dans renseignement.

Depuis dix ans, je professe la chimie à la Faculté des sciences de Montpellier, où j'ai remplacé M. Balard. Si je désire aujourd'hui quitter cette position, c'est que le cadre nécessairement restreint de l'enseignement universitaire ne me permet pas d'y comprendre les questions plus élevées à l'élaboration desquelles j'ai consacré ma vie; c'est aussi à cause de l'insuffisance des ressources qu'elle m'offre pour exécuter tous les travaux nécessaires à la vérification et à la consolidation de mes théories.

Et cependant, malgré cet exposé, les chimistes étaient sourds h la voix du réformateur. A peine quelques disciples le suivent : Chancel, Emile Kopp et Williamson, précieuse conquête. Les autres chimistes adoptèrent les formules corrigées par Gerhardt; comme lui, doublèrent la formule de lacide oxalique, ramenèrent de plus en plus celles des corps volatils à un même volume de vapeur; mais personne ne pensait à reconnaître que ces réformes étaient dues aux doctrines de Laurent et Gerhardt, que Ton critiquait, sans penser à les discuter. On s'obstinait à garder les nombres proportionnels appelés improprement équivalents, et la plupart, sauf Hofmann, restaient passionnément attachés au dualisme de Berzélius. Chose étrange : de l'édifice élevé par le grand chimiste suédois, on gardait ce qu'il y avait de plus contestable, le dualisme, et tout en invoquant son grand nom, on avait rejeté ses nombres proportionnels, que Gerhardt avait repris, sauf pour les métaux.

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