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Lettre de Liebig à Gerhardt, du 18 mai

d'après laquelle on pouvait la considérer avec Davy et DuloDg comme dérivant du remplacement de l'hydrogène par un métal, Williamson ajoutait :

Un des plus forts arguments contre l'idée que les acides oxygénés contiennent de l'eau est apporté par les résultats des recherches récentes (spécialement de MM. Laurent et Gerhardt) sur le poids atomique des acides. Ces chimistes ont rendu hien plus définies et précises qu'elles n'avaient été auparavant, nos idées sur la distinction entre les acides monobasiques, bibasiques et tribasiques, et ont clairement établi que l'expression correcte de l'atome d'acide nitrique doit être telle qu'elle contient une demi-fois moins d'hydrogène qu'un atome d'eau n'en renferme, d'autant plus que l'eau est bibasique et l'acide nitrique monobasique. Sans doute cette proportion peut tout aussi bien exister en doublant le poids atomique de l'eau qu'en réduisant de moitié celui de l'acide nitrique ; mais d'une façon ou de l'autre, il est clair que l'acide nitrique hydraté ne peut pas contenir d'eau.

Telle était la position de la question quand un chimiste anglais* trouva que la formation de l'éther de l'alcool (qui était considéré chimiquement comme un hydrate d'éther) ne consiste pas dans la séparation de deux corps préexistants, mais dans la substitution à l'hydrogène d'un radical organique éthyle. M. Gerhardt a démontré une action semblable d'un grand nombre d'acides organiques en préparant des corps qui tous sont dans la même relation que l'éther et l'alcool.

Après avoir exposé la découverte de Gerhardt, le conférencier ajoute :

L'explication des réactions citées plus haut consiste dans la combinaison de deux modes de raisonnements, développés séparément par deux écoles et, pendant nombre d'années, progressant indépendamment l'une de l'autre. Gerhardt, dont les recherches et les écrits ont contribué d'une manière importante au progrès de la doctrine des types, croyait autrefois que les vérités qu'il apercevait de ce point de vue étaient incompatibles avec l'idée des radicaux, mais maintenant il forme lui-même le lien qui réunit les chimistes qui trouvaient dans chacune de ces notions un complément naturel et nécessaire de l'autre.

N'y a-t-il pas lieu d'espérer que tel peut être le résultat dans bien

1. Williamson lui-môme, qui avedt la modestie de ne pas se nommer.

d'autres circonstances relativement aux divergences d'opinions, divergences que le progrès des connaissances démontrera comme dues à la limitation du point de vue de chacun, plutôt qu'à des erreurs absolues de part et d'autre?

Cependant Gerhardt poursuivait ses recherches et rédigeait Fadmirablc mémoire que les Annales de chimie et de physique publièrent au mois de mars 1833.

Ce mémoire est aussi remarquable par l'importance des. faits et le nombre des espèces chimiques nouvelles que par la profondeur des vues théoriques. Il est impossible de les indiquer par une simple analyse; il faut joindre à celle-ci de nombreuses citations de l'auteur :

...Lorsqu'on se place au point de vue de la théorie dualistique, en admettant la préexistence de l'eau dans tous les acides hydratés, il est difficile de concevoir pourquoi on ne peut pas aussi bien enlever l'eau aux acides monobasiques qu'aux acides bibasiques, pourquoi on déshydrate aisément l'acide succinique ou l'acide tartrique, tandis que l'acide benzoïque ou l'acide acétique résistent aux agents de déshydratation.

» Cette différence de manière d'être entre les deux catégories d'acides se retrouve d'une manière également marquée dans d'autres caractères, par exemple dans la faculté de produire des acides viniques et des acides amidés. En effet, les acides qui fournissent des anhydrides donnent aussi des acides viniques et des acides amidés, tandis que ce genre de combinaisons ne s'obtient pas avec les acides organiques monobasiques.

Dans le système d'idées que nous essayons, M. Laurent et moi, de faire prévaloir, cette impossibilité d'obtenir des anhydrides par la déshydratation des acides monobasiques est une conséquence nécessaire de la constitution de ces acides ; selon nous, les acides monobasiques ne renferment pas une molécule d'eau, ainsi que le suppose la théorie dualistique; nous distinguons précisément les acides monobasiques des acides bibasiques, en ce que ces derniers seulement renferment, dans leur molécule, l'hydrogène basique nécessaire à l'élimination d'une molécule d'eau.

Gerhardt continue en montrant que les acides doivent être tous représentés comme des hydracides dont l'hydrogène, remplaçablc par des métaux, est l'hydrogène basique; des formules

simples indiquent la basicité d*un acide, comme les suivantes:

C'H^O'(H) Acide benzoïque.

C*H*0*(H') Acide succinique.

... Mais si la constitution des acides monobasiques s'oppose, dans mon opinion du moins, à la formation des anhydrides par la déshydratation d'une molécule d'un semblable acide, celte constitution n'exclut pas, on le conçoit, Texistence de corps renfermant les éléments des deux molécules d'un acide monobasique moins une molécule d'eau ; en d'autres termes, elle n'est pas contraire à l'existence d'acides anhydres dont la formule serait double par rapport à celle de leur acide monobasique, et qu'on obtiendrait autrement que par des agents de déshydratation.

...Dans la théorie dualistique, les rapports de l'alcool et de Téther s'expriment par les formules :

Alcool (hydrate d'oxyde d'éthyle). C^H"0,H*0 * Ether (oxyde d'éthyle). C*H*"0

J'ai, le premier, insisté sur l'incorrection de ces formules, et, dès 1842, j'ai admis qu'il faut, ou doubler la formule de l'éther en conservant la formule de l'alcool, ou dédoubler la formule de l'alcool en conservant la formule de l'éther, mais il manquait à mon opinion la preuve expérimentale qui n'a été enfin donnée, coname on sait, que dans ces derniers temps par MM. Williamson et Chancel.

Or, puisqu'il était démontré par les expériences de ces chimistes que la molécule de l'éther renferme en vérité C*, l'alcool contenant C, on devait, si le même rapport existe entre les acides monobasiques et les anhydrides correspondants, produire les acides anhydres par des doubles décompositions semblables à celles qui donnent l'éther au moyen de l'alcool.

Gerhardt fait alors connaître son mode opératoire, et indique en passant que, pour l'obtention des chlorures d'acides, il préfère Toxy chlorure de phosphore au perchlorure, et donne ua nouveau mode d'obtention de Toxychlorure par l'action de Tacide oxalique sur le perchlorure*.

Les termes nouveaux qu'il décrit et dont il fait connaître les

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