‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 231 sur 274 · Notation de Berzéiius · texte numérisé non relu

Notation de Berzéiius

2. n remarque combien le maniement des chlorures de phosphore est dangereux, à cause de Faction pernicieuse que leur vapeur exerce sur les voies respiratoires : « Aussi, pour ménager ma santé, ai-je dû abréger ces recherches et ne m'occuper dans ce premier travail que des termes les plus importants de la nouvelle série de corps. »

propriétés et les réactions sont : le chlorure d'acétyle, le chlorure debutyrj'le, les anhydrides benzoïque, acétique, butyrique, cinnamique, cuminique, benzo-cinnamique, acéto-benzoïque, acéto-cuminique, etc. Son élève Chiozza avait, en outre, isolé Tanhydride valérianique.

Sur tous ces corps, il fit réagir l'ammoniaque et Taniline et put ainsi isoler de nouvelles anilides, lacétanilide, la butyranilide, et, avec Chiozza, Tanilide valérique. L'histoire des acides anhvdres ne laissait rien à désirer.

Après la description des faits, Gerhardt s'élève à des consi- de8*wp**es^ dérations théoriques, qui devaient avoir une influence si grande sur les progrès de la chimie organique.

Il est difficile de résumer ces considérations en leur conservant tout leur intérêt; aussi devrai-jo de nouveau laisser souvent la parole à Gerhardt, il me semble que j'arriverai ainsi à mieux faire saisir' tout l'intérêt de ces pages.

Après avoir montré que les acides anhydres ne peuvent pas se formuler dans le sens des idées dualistiques, il fait voir que pour mettre en évidence leur mode de formation et leur mode de décomposition, il faut leur appliquer la théorie dos éthers, telle qu'elle ressort, au point do vue dos types, dos résultats obtenus par Williamson et Chancol, et formuler les anhydrides comme leurs analogues les éthers :

Je n'attache pas précisément une importance exagérée aux formules dites rationnelles, par lesquelles on représente la constitution moléculaire des composés chimiques, parce qu'après tout, ce ne sont que des expressions d'une vérité relative/ qui résument d'une manière plus ou moins complète un certain nombre de métamorphoses; néanmoins, de semblables formules me paraissent fort utiles, car elles exercent une influence heureuse sur la marche de la science, lorsqu'elles sont conçues dans une vue d'ensemble et qu'elles se relient bien entre elles.

Après avoir rappelé les deux théories de l'alcool, celle de Dumas et celle de Liebig :

Loin de moi, dit-il, l'intention de déprécier ici des conceptions que l'histoire rappellera toujours pour avoir donné à la science moderne

rimpulsion la plus féconde; mais comme toutes les idées, comme toutes les théories, sont sujettes à la loi du progrès, et doivent peu à peu s'étendre et se modifier, le moment me semble venu où il convient de mettre à l'unisson des découvertes modernes, les théories plus anciennes relatives aux éthers et aux autres groupes organiques.

Gerhardt insiste ensuite sur la notion de série et montre que des corps qui paraissent n'avoir rien de commun appartiennent à la même série par une variation progressive de leur propriété. Il cite comme exemple Tacide formique et Tacide stéarique, le premier volatil, caustique, odorant, soluble dans Teau ; le second fixe, inodore, insoluble dans Teau, non caustique, ayant l'apparence d'une matière grasse, et pourtant ils appartiennent à une môme série homologue, les propriétés se modifiant peu à peu d'un terme à l'autre, la différence étant d'autant plus marquée que la distance entre deux termes homologues est plus grande.

Sérier les composés organiques, c'est-à-dire déterminer les lois d'après lesquelles se modifient les propriétés dans un type donné par la substitution d'un élément ou d'un groupe d'éléments à d'autivs éléments, tel est le but constant du chimiste philosophe.

C'est alors qu'il fait connaître sa théorie des types :

Dans l'état de la science, les composés organiques peuvent être ramenés à trois ou quatre types, susceptibles chacun de donner des séries semblables à celle que présentent l'acide formique et l'acide stéarique ; ces types sont :

L'eau. ^,. iro

, Ti'hydrn^toe-T-^— ^ II*

j/npJHp phlorhy^'^'q'"^ . . . UCl

L'ammoniaque . IFAz

En échangeant leur hydrogène contre certains groupes, ces t\-pes donnent naissance aux acides, aux alcools, aux éthers, aux hydrures, aux radicaux, aux chlorures organiques, aux acétones, aux alcalis.

Voyons ce qui, dans cette théorie, appartient à Gerhardt et à ' ses prédécesseurs.

Le mot de types n'était pas nouveau dans la science; Dumas Tavait employé pour indiquer que certains corps différents constituent un môme édifice moléculaire : ainsi l'acide acétique et l'acide chloracétique appartiennent à un même lypo, contraire-

ment aux vues dualistiques de Berzélius; c'était, sous un autre nom, la théorie des noyaux de Laurent, mais Dumas, en employant cette expression de types, ne visait que des cas particuliers. Gerhardt, avec sa théorie des types, embrassait, au contraire, l'ensemble de la chimie organique, mais il faut reconnaître qu'elle ne lui appartient pas tout entière, il eut des prédécesseurs dans cette voie.

Laurent, le premier, avait comparé les oxydes métalliques à Teau, en les.considérant comme de l'eau 11*0, dont l'hydrogène est partiellement ou totalement remplacé par le métal. Le chimiste américain Steny Ilunt avait étendu ces vues et avait considéré l'eau comme le premier terme de la série homologue des alcools, l'hydrogène II* étant le premier terme des hydrocarbures^ par des additions de n DH" (notation équivalente).

Les idées de Sterry Uunt avaient été énoncées dans V American Journal of Science en 1848 et en 1850, et n'avaient pas été probablement connues de Gerhardt; Sterry Uunt lui-même ne paraît pas avoir eu connaissance du mémoire sur les types, car c'est en 1861 seulement, quatre ans après la mort du réformateur, qu'il réclama la priorité de l'idée. Wurtz lui répondit en ces termes ' :

Je reconnais sans difficulté qu'il y a quelque chose de fondé dans la réclamation de M. Sterry Ilunt... Il est incontestable que M. Sterry Uunt a émis, dès 1848, Tidée que Teau et Thydrogène peuvent servir de types à un grand nombre de combinaisons, et telle est à mes yeux l'importance de cette idée que je pense que l'hisloire de la science devra lui en tenir compte. 11 me permettra cependant de lui faire observer à cet égard que, de son aveu même, il n'est point le premier qui ait émis cette idée. Il cite lui-même Laurent et il aurait pu citer M. Griffin, qui a émis des idées analogues bien avant Laurent. Pourtant, ni Laurent ni M. Griffin ne passent pas plus que M. Sterry Ilunt, pour l'auteur de la théorie des types. Et, selon moi, c'est justice. Ceux qui découvrent les faits propres à mettre une idée en relief, et qui, grâce à l'évidence de ces faits, introduisent l'idée dans la science et la rendent féconde, ceux-là seuls en sont les véritables auteurs. Or, la découverte des éthers mixtes, celle des acides organiques anhydres, et, je puis bien l'ajouter, celle des ammoniaques composées, ont véritablement mis au jour l'idée des types molécu-

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