Pour réclamation^ la lettre est écrite en français
Voilà une lettre pleine de choses fort ennuyeuses, mais je crois qu'entre amis il faut franchement déclarer ses griefs. Ecrivez-moi bientôt et dites-moi ce que vous en pensez.
Tout à vous, Alex. W. Williamson.
Nous n'avons pas la réponse de Gerhardt à cette lettre, mais il est probable qu'il donna satisfaction à Williamson, car ils continuèrent leurs relations amicales, et c'est le 28 janvier 1853 que Williamson exposait la découverte des acides anhydres à l'Institution royale de la Grande-Bretagne.
Néanmoins, dans son grand mémoire publié aux Annales de chimie^ il me semble que Gerhardt ne fait pas ressortir suffisamment la part de Williamson, car il se contente de dire, en parlant de la constitution des acides anhydres :
Il y a, ce me semble, une manière bien simple de formuler ces composés, pour mettre en évidence leur mode de formation et de décomposition : c'est de leur appliquer la théorie des éthers telle qu'elle a été modifiée, dans ces dernières années, au point de vue des types, depuis les importants résultats qui ont été obtenus par M. Williamson et par M. Chancel.
D'un autre côté, il serait injuste d'accuser Gerhardt de plagiat, car il ne se donne nulle part comme le seul inventeur de la théorie des types, qui reste attachée à son nom; il avait contribué déjà à édifier cette théorie quand il représentait le méthyle de Frankland comme du diméthyle rapporté au type hydrogène et qu'il écrivait, dès 1849, la méthylamine
Az < * . Cette théorie, il retendait par la découverte des
acides anhydres comparés aux éthers, et la création des nouveaux types. Au reste, en rédigeant son Traité de chimie^ il développera ses idées, les complétera et pourra les exposer, avec plus de détails dans la quatrième partie de son livre, véritable testament scientifique, sur laquelle nous reviendrons bientôt. Après les recherches sur les acides anhydres, Gerhardt s'occupa de l'acide et des éthers saiicyliques. On savait que ceux-ci pouvaient encore se combiner aux métaux, et se comporter, comme on disait alors, comme de véritables acides, quoiqu'ils donnent des sels neutres. Gerhardt s'occupa de préparer des
composés à radicaux organiques, constitués comme le méthylsalicylate de potasse; il décrivit les dérivés benzoïque, cuminique, succinique, benzoïque des salicylates de méthyle et d'éthyle ainsi que Téther amyl-salicylique ; il les représente comme dérivés d'une seule molécule d'eau, tandis que Piria, approchant plus de la vérité, les représentait comme dérivés de deux molécules d'eau, en écrivant, par exemple, le méthyl-salicy-
OH*0 \ late de méthyle CH^ > 0% et admettait ainsi Texislence d'un
CH» ) groupe diatomique C'H*0, pouvant remplacer deux atomes d'hydrogène. Le mémoire de Gerhardt a notablement augmente nos connaissances sur les dérivés de Tacide salicylique : mais c'est seulement avec la caractérisalion des acides à fonctions mixtes, acides alcools ou acides phénols, que la nature de Tacide salicylique put être éclaircie.
Plus important au point de vue des idées générales est le mémoire que Gerhardt publia peu de temps après, en collaboration avec Chio2za, sur la nature des amidcs. Les auteurs y décrivent un grand nombre d'espèces chimiques nouvelles*. Ce travail conclut à rattacher les amides au type ammoniaque, comme les aminés de Wurtzet d'Hofmann, avec cotte différence que l'hydrogène y est remplacé par des groupements acides au lieu de groupements hydrocarbonés. Il fait aussi connaître une nouvelle classe de corps, les alcalamides, se rattachant aussi au type ammoniaque par substitution dans celle-ci de l'hydrogène en partie par un groupement acide, en partie par un groupement alcoolique. De ces recherches, il résulte que les amides sont aux acides ce que les ammoniaques composées sont aux alcools.
Si Ton appelle acide monobasique, dit Gerhardt, une molécule d'eau dans laquelle ratoiae d'hydrogène est remplacé par un radical négatif, on dira que Famide correspondant au sel neutre de cet acide représente une molécule d'ammoniaque dans laquelle l'atome d'hydrogène est remplacé par le même radical négatif, acétyle, benzoyle,
1. DibenzanUide, benzoylsalicylamide, cumyl-salicylamide, sulfo-phénylamidebenzoyl-sulfophénylamide , acide sulfophényl-benzoylamique, cumyl-sulfophé, nylamide, dibenzoyl-sulfophénylamide, succioyl-sulfophénylamide, trisuccinamide, etc.
sulfophényle, etc. Les amides de ce genre (amides primaires) avaient été produits jusqu'à présent, par l'action de la chaleur sur le sel neutre, par la réaction de Tammoniaque et de l'éther neutre, par la réaction de lammoniaque et des chlorures correspondant à lacide.
Nos expériences démontrent que les acides monobasiques sont aussi susceptibles de donner des amides correspondant à des sels acides; en effet, nos amides secondaires correspondent à des bisels, et nos amides tertiaires h des trisels. Dans ces deux classes d'amides, deux ou trois atomes d'hydrogène d'une molécule d'ammoniaque sont remplacés par les mêmes radicaux négatifs ou par des radicaux négatifs différents.
Si Ton appelle acide bibasique un acide représentant deux molécules d'eau, dans laquelle deux atomes d'hydrogène sont remplacés par un radical négatif, on dira que l'amide correspondant au sel neutre de cet acide représente deux molécules d'ammoniaque, dans laquelle deux atomes d'hydrogène sont remplacés par le même radical négatif biatomique (succinyle, oxalyle, etc.).
Les acides bibasiques donnent aussi des amides simples, dérivées d'une molécule d'ammoniaque ; ce sont là les imides de l'ancienne nomenclature qui correspondent aux sels acides Les imides
sont donc les analogues de nos nouvelles amides secondaires; seulement, dans les imides, un groupement biatomique (c'est-à-dire équivalent de W) remplace les deux atomes d'hydrogène de l'ammoniaque, tandis que, dans les amides secondaires des acides monobasiques, le même remplacement est effectué par deux groupements monoatomiques (c'est-à-dire équivalents de II)...
Il importe de se rappeler, en considérant la composition des amides, que les radicaux organiques ne sont pas toujours l'équivalent d'un seul atome d'hydrogène, mais qu'il en est qui sont l'équivalent de 2, même de 3 atomes d'hydrogène. Ainsi le succinyle remplace toujours II" Ainsi le phosphoryle PO est triatomique Le radical
bore Bo est triatomique
Williamson avait, le premier, donné la notion de la polyato-
g()i ^ micité des radicaux, en écrivant Facidc siilfurique ,. > 0*
rapporté au type eau condensé .. i 0\ Gerhardt développe
cette manière de voir et fait un pas nouveau dans la direction de ratomicité, en considérant Télément bore comme triatomique.