Répertoire de chimie , nov. 1838, t. V, p
4. Pierre Robiquet, né à Rennes en 1780, mort à Paris en 18 iO. Elève de Fourcroy et de Vauquelin, fut, en 1811, professeur à l'Ecole de pharmacie, dont il devint ensuite administrateur; admis à l'institut en 1834, s'adonna avec succès à la chimie organique. On lui doit un grand nombre de découvertes, telles que Tasparagine, la cantharidine, la caféine, Talizarine, la purpurine, Torcine, la codéine, Tamygdaline, etc. Auteur de nombreux et intéressants mémoires insérés dans le Journal de phannacie, les Annales de chimie et de physique, etc.
fonde, car elle ramène toutes les combinaisons salines à ime sente et même série, et anéantit la ligne de démarcation que nous avons élevée entre les oxisels et les sels haloïdes. Les savants de Paris se lamentaient en sVcriant : Où serions-nous conduits, si nous admettions que r acide suif ureux fût représenté par SO^H^, F acide suif urique par SO*H*, etc,!,,. Où en serions-nous encore si nous admettions qiiil peut entrer dans le radical dun acide un ou plusieurs atomes d'oxygène, sans que sa capacité de saturation change, et que cette faculté dépend uniquement de F hydrogène de r acide compris en dehors du radical^! Ei la grande voix de Thenard* ralliait les esprits effray^*s, et les calmait de ces paroles où règne une protection suprême : Disons-le nettement, ces spéculations vont, pour la plupart, à rencontre de la marche naturelle de la chimie ; il faut donc, sur ces matières, éviter soigneusement tout système d idées préconçues, pour s'en tenir à celui que r expérience indique comme étant le plus conforme aux faits,
Nous verrons combien la théorie est Tarche sainte dans laquelle les maîtres alors incontestés de la science pénètrent avec crainte, et combien durement expieront les sacrilèges qui osent s'y aventurer avec le flambeau de leur jeune inspiration. Et, chose remarquable, les audacieux novateurs du jour, les Liebig et les Dumas, seront impitoyables à leur tour lorsque leurs théories trouveront de plus jeunes novateurs encore.
En résumé, la situation des esprits était celle de combattants livrant tous les jours des batailles, et la position que le jeune Gerhardt espérait prendre dans le Répertoire de chimie n'était certes pas pour déplaire à son esprit ardemment féru de vérité et aussi prêt à la riposte qu'à recevoir Tattaque.
Malheureusement, c'était un trop beau rêve : M. Gaultier de
1. Ch. Martin. Répertoire de chimie de Gaultier de Claubry, t. V, p. 309.
2. Louis-Jacques Thenard, né le 4 mars 1777 à la Louptière, près de Nogent- 8ur-Seine; vint à Paris en 1794 pour apprendre la pharmacie, et entra comme garçon de laboratoire chez Vauquelin; présenta, en 1790, son premier mémoire à TAcadémie des sciences et fut, en 1809, nommé membre de linstitut en remplacement de Fourcroy. Créé baron par Charles X en 1825, il atteignit aux plus grands honneurs universitaires, ayan' accompli dans la chimie des travaux considérables. Mort en mai 1857, à Peuris.
Insuccès
du Répe toire.
Gorhardt
préparateur
à r Ecolo
des jésuites,
rue des Postes.
Claubry n'était pas homme à comprendre la valeur de son jeune collaborateur, ou plutôt, il ne voyait en lui qu'un travailleur à exploiter, et abusait de son ardeur en le payant de paroles.
J'ose me flatter, écrivait Gerhardl à son maître Liebig*, que les deux cahiers de janvier et de février ^'1839,, que j'ai traduits et rédigés tout seul, ainsi continués eussent avec le temps ramené la confiance des abonnés et relevé le crédit du journal. Aucun engagement n avait été passé; on m'avait t>ercé de vaines promesses. M. Gaultier pensait qu'il était assez de l'tionneur de figurer avec lui en même ligne, en tête des numéros, pour me payer des tracas et des veillées que me valurent à moi seul la collaboration à son mauvais journal*... Je me suis refusé à continuer sur ce pied, et le cahier de fé\Tier a été le dernier numéro du Répertoire,
M. Dumas, mis au fait, engagea son protégé à quitter son exploiteur éhonté, et lui procura la place de préparateur, aux appointements de 73 francs par mois, à l'école des jésuites de la rue des Postes, où, avec l'aide de leçons particulières et de consultations de chimie, il put attendre les vacances.
Entre temps, malgré le labeur écrasant que lui imposait le Répertoire, il avait suivi le conseil d'acquérir ses grades universitaires et avait passé son baccalauréat es lettres le 30 janvier 1839, suivi bientôt après du baccalauréat es sciences physiques, le 14 mai suivant.
Llnsuccès de l'afi^aire du Répertoire ne ralentit pas un instant l'activité du jeune savant: grâce à la permission que lui donne M. Dumas de travailler à son laboratoire particulier, il poursuit ses recherches, si souvent interrompues, sur l'hellénine, sorte de camphre extrait de la racine d'année; mais l'insuffisance des ressources, qu'il doit consacrer à ses frais d'examens, l'empêche de donner toute l'extension à son étude.
J ai eu du temps pour travailler, écrit-il le 6 août 1839 «\ son maître, mais peu de facilité. J'ai pourtant fait des recherches qui m'ont con- <luit à des résultats assez intéressants : malheureusement me voilà <'ncoi'e interrompu. Je n'ai vraiment pas de bonheur. Si je suis assez