‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 247 sur 274 · LIEBIG A GERHARDT · texte numérisé non relu

LIEBIG A GERHARDT

point encore réussi à isoler, mais qu'on parvient à séparer par le potassium. L'huile oxygénée s'y trouve en quantité assez notable pour que l'analyse donne toujours une différence de 2 p. 100 sur la composition d'un hydrogène carboné, en prenant pour base le nouveau poids 75.

Vous verrez le grand nombre d'analyses que j'ai dû faire avec ces malheureux corps, qui ne m'avaient jamais donné des résultats concordants, parce que j'ignorais qu'ils fussent des mélanges. Dans la formation du camphre artificiel de citron, l'huile oxygénée doit rester en partie dans le camphre liquide. Ces faits m'ont beaucoup arrêté dans mon travail.

J'ai aussi à terminer mon travail sur les produits d'oxydation de la cire. Dans la distillation sèche de ce corps, l'hydrogène carboné liquide qui [Kisse (avec la paraffine et l'acide que je suppose être de l'acide margarique ou éthalique) me paraît être C**ll**, ou CH** = i vol. de vapeur, c'est-à-dire le gaz oléfiant de la série laurique : celte composition s'accorde avec la densité de vapeur et avec l'analyse.

Tout cela est assez avancé pour être publié pendant les vacances, si vous pouvez me donner un petit coin dans votre laboratoire.

Enfin, mon cher ami, un travail dont je ne vous ai, je crois, jamais parlé, et que je viens à peu près de terminer, c'est un traité où se trouvent exposées méthodiquement nos connaissances sur Yaction des réactifs sur les substances organiques. Il y a une foule de tableaux qui seront fort utiles à ceux qui s'occupent de recherches pratiques, entre autres celui des hydrogènes carbonés avec l'indication de leur origine, de k*ur densité, etc. Puis, vous y trouverez une caractéristique des principaux groupes, acides, alcaloïdes, alcools, etc., avec les lois concernant leur capacité de saturation, formation, etc. ; un autre chapitre traite des questions générales, classification, substitutions, etc., etc.

Ce livre sera donc un complément (des ouvrages) de Liebig et de Dumas, qui ne contiennent que bien peu de généralités.

Le mien ne contiendra pas l'histoire des corps; c'est un gros volume : vous y verrez bien souvent votre nom. Il s'adresse principalement à ceux qui s'occupent de travaux de recherches...

Liebig à Gerhardl,

Giesseo, 27 octobre 1843.

Mon très cher ami, je suis rentré depuis quelques jours d'un voyage de deux mois à Vienne et à Gratz, et je m'empresse de vous informer que j'ai expédié à Masson le reste de mon Traité de chimie organique.

462 SA COliRESPONDANCE

Jl est probablement déjà entre vos mains et vous en avez sans doute commencé la traduction. Entre temps, on a publié plusieurs recherches et je compte intercaler celles qui ont paru dans les journaux allemands lorsque je reverrailes placards. Quant aux faits signalés dans les journaux français, il vous sera bien plus commode, au lieu de les Iraduire de l'allemand, de les extraire directement des AnnaUs de chimie ou du Journal de pharmacie. Peut-être les auteurs se dérideront-ils à vous fournir eux-mêmes les extraits pour le traité si on le leur demande, mais il ne faut pas trop y compter. Si vous vouliez donc, en traduisant les différents chapitres, vous donner la peine «le vérifier si, depuis Fimpression du manuscrit allemand, il y a eu du nouveau en France, et ajouter directement ce qui a été publié sans attendre qu'on ait fait ces additions à Giessen, l'impression pourrait être sensiblement hâtée.

Je suis très curieux de savoir ce que M. Boussingault dira de la chimie agricole, dont les principes diffèrent beaucoup des théories qu'il s'efforce d'accréditer. L'omission complète des éléments fournis aux plantes par le sol est incompréhensible, car enfin tout l'avanlag^ du changement de produits ne se base que sur leur existence dans le sol. Que dira-t-il de la non-nécessité de lapport d'engrais azoteux?

J'ai écrit cette semaine à M. Milne-Edwards pour lui demander la rectification et la rétractation d'une assertion qu'il a faite à l'avanldernière séance de l'Académie au sujet de ma théorie relative h la formation de la graisse; il me fait dire que la fibrine produit de la graisse, ce qui ne me serait jamais venu h l'idée, puisque j ai précisément essayé de déduire la formation de la graisse des éléments qui ne renferment pas d'azote. Je lui écris entre autres choses comme suit :

« Vous* ne trouverez pas injustes ces expressions si j'attire votre attention sur la manière peu louable qu'on s'est servi pour jeter du ridicule sur mes vues. Vous vous rappellerez sans doute que l'opinion de MM. Dumas, Payen et Boussingault consistait à admettre la préexistence de matières grasses dans les plantes. J'ai combattu cette opinion et j'ai dit dans ma lettre [Comptes rendus, n** 14, â août) : Je nie la présence de Vhuile de poisson et du blanc de baleine dans Its plantes de mer. Veuillez bien remarquer que je n'ai pas parlé ni des baleines ni des dauphins, mais de la présence de la graisse de poissons et du blanc de baleine dans les plantes de mer. Mais voici le commentaire que M. Payen en a fait (Annales de chimie, VIII, p. Ht) : M. Liebig cite comme exemple de ce genre (d'animaux herbivores les baleines et les dauphins. Tous les naturalistes savent que ces animaux sont carnassiers, ce qui prouve, etc.. Et encore, n*» it des

\, En. français dans roriginal.

Comptes rendus : L'objection tirée de Tengraissement des baleines et des dauphins avec des plantes qu'en réalité ils ne mangent p«is <3tant tombée d'elle-même, etc.. »

Je suis très impatient de savoir ce que M. Edwards répliquera. Je ne comprends pas qu'un de mes amis ne juge pas à propos de réfuter très poliment ces insinuations perfides. Si ma lettre à M. Edwards manque son but, je la ferai publier.

La traduction de la Chimie agricole ne m'est pas encore parvenue. J'espère qu'elle sera aussi excellente que celle de la Pathologie, Donnez-moi bientôt de vos nouvelles par lettre, je dis par lettre, car vos travaux m'apportent tant et de si intéressantes nouvelles! Vous avez fait autant dans ces deux dernières années que tous les chimistes françjais réunis. Il est dommage que vous ne soyez pas en Allemagne... {Traduction.)

Gcrhardt à W'urtz,

Montpellier, 9 janvier 184i.

... Quant à l'erreur que vous me signalez dans le chapitre des alcaloïdes, je vous dirai qu'elle est volontaire, ou plutôt que ce n'en est pas une. Vous lirez, dans quelques jours, dans les Comptes rendus de rAcadémie\ que le mélam de M. Liebig n'est qu'un mélange de mélamine et de mellon ; que le mellon ne se comporte pas comme un radical, et que les mellonures ne présentent pas la composition indiquée par M. Liebig. Le mellon est C'N*, quoi qu'en dise M. Vœlkel: il se dissout dans la potasse caustique en donnant

C?N'-f (KH)0 = e(KH)N*0,

d'où l'acide acétique précipite C'H*N*0, qui est l'acide hydromellonique de M. Gmelin. Tout ce que M. Liebig dit du mellon comme radical est contraire à l'expérience ; M. Gmelin lui-même, lisez son mémoire dans le 16* volume des Annales de Liebig, a vu tout autre chose qu'il n'avait réellement trouvé. Quant à la mélamine, amméline, ammélide, ce sont les trois amides correspondant aux trois sels ammoniacaux de l'acide cyanurique qui, vous le savez, est tribasique ; on a donc :

Cyanurate ammoniacal : C'H*N*0\ NH* — li'0= ammélide; Cyanurate bi-ammoniacal : CWN'0*,2NH' — 2H'0 = amméline; Cyanurate tri-ammoniacal : C'H'N'O', 3NIi' — 3H'0 = mélamine .

1. Comptes rendus de V Académie, du 22 janvier 1844. Sur les produits de la distillation sèche des sulfocyanures par Ch. Gerliardl. Note présentée par M. Dumas.

Vous en trouverez les développements dans la quatrième partie de mon livre...

Gerhardt à Wurtz.

Montpellier, juillet i844.

A Tinstant même, mon cher monsieur, je reçois votre petit mot. Je ne partage point votre manière de voir relativement au u Vorwort » de Dumas que vous voudriez mettre à notre édition allemande. Voici mes raisons :

Dans le rapport verbal que M. Dumas a fait de mon livre à Tinstilut, il n'a pas dit, ou n'a pas voulu dire, ce qu'il y a de neuf et d'original, il en a fait quelque éloge, c'est très vrai et j'en suis fort content, mais il n'a pas appelé l'attention des chimistes sur mes idées de classification et de corps homologues. C'est une espèce de réclame qu'il a improvisée, sans s'être donné la peine de voir ce qu'il y a de neuf dans le livre. A la fin de mon second volume, je donnerai un chapitre particulier sur toutes les séries homologues actuellement connues, et je ferai ressortir d'une manière toute particulière ce qu'elles présentent d'utile dans l'application. Votre éditeur, si vous voulez, pourra faire glisser ce rapport dans son prospectus, mais je verrais avec déplaisir figurer sur le titre tout autre nom que le vôtre et le mien. Je dois vous dire que je tiens assez à ce que vous mettiez le vôtre comme traducteur...

Laurent à Gerhardt.

Bordeaux, 4 juillet 18ii.

Mon cher collègue.

Je viens d'écrire au maréchal Soult que je ne pourrai pas faire le travail qu'il me demande. Voici ce que je lui ai répondu : il me faudrait au moins deux ans pour faire un pareil travail. Il ne peutmener à rien par les raisons suivantes : on ignore la maladie qui décime les chevaux de l'armée ; — ce n'est pas en connaissant la quantité d'azote que l'on peut déterminer la valeur nutritive d'un fourrage ; — le fourrage que l'on donne aujourd'hui ici peut être bon et le cheval peut être malade du fourrage précédent. La maladie du cheval peut tenir à la race, au climat, à l'écurie aérée ou non, humide ou non, aux soins, au travail, à l'eau, à la quantité de ration, à mille autres causes. On ne sait pas déterminer assez rigoureusement de petites quantités d'azote, on ne sait pas de quelle nature sont les corps solubles dans

LAUKENT A GERHARDT 465

l'élher, on ignore s'ils sont utiles, nuisibles ou indifférents, si tout Tazote vient de parties nutritives ou en partie de matières analogues à Taraydaline, etc. Analyser les cendres? mais comment savoir si le cheval est malade, parce qu'il mange trop ou trop peu de phosphate ou de silicate ! ! !

PSis on examine le programme en détail, moins on y voit de rapport avec le but que le minisire se propose d'atteindre, etc. J'ai rempli quatre pages pour faire voir (jue le travail que Ton nous demande est complètement inutile. J'avais ajouté: Si ce n est pour MM. Payen et consorts qui sont bien aises de faire faire des analyses aux provinciaux pour pouvoir ensuite aller lire des mémoires ébouriffants à V Institut, mais notre doyen m'a engagé à biffer cette phrase...

Je viens de perdre deux ou trois mois après l'essence d'amandes amères. J'ai obtenu avec l'ammoniaque une vingtaine de produits et j'ai été obligé de tout jeter au feu. C'est à peine si j'ai pu retirer quelque chose de l'action de l'ammoniaque anhydre sur le benzile + alcool absolu. Voici ce que je trouve :

|o c"H''0(IIAz) insoluble dans l'éther ;

2« c**ir*0{iIAz) soluble; il peut aussi s'obtenir par l'action de KO sur 1°;

3° C**ir*0*Az, très beaux cristaux inattaquables par KO;

4° Matière huileuse. Ether benzoïqiie? d'après Zinin.

Ajoutez : 5* C**ll'*0» Az». Le composé de Zinin obtenu par ammoniaque liquide, calculé avec nouveau poids atomique C.

La formation des deux premiers se conçoit facilement; celle de 3^* et 5° peut aussi se concevoir. S'il se forme réellement de l'éther benzoïque on aurait :

3« 5C"H**0* + âirAz* = { (C"I1''0* Az) + C-H'^O* + 511*0

5*» 5C-I1"0* + Il*Az* = 3 (C"ir*'0 » Az » ) + 2C**H"0* + H'O

Je ne sais quelle rage me pousse malgré moi vers l'essence d'amandes amères. J'y ai perdu i\ différentes reprises un temps considérable. Pour ne plus y revenir je viens de sacrifier une vingtaine de produits azotés dont je n'avais que quelques décigrammes et que je ne pouvais refaire à volonté.

Je vais reprendre la naphtaline et l'acide urique. J'aurais bien besoin de quelqu'un pour étudier ce dernier, surtout de quelqu'un qui aurait déjà manié tous les produits de Liebig et Wœhler, car il m'arrivera très souvent d'avoir à faire à ces corps et il me sera difficile de les reconnaître immédiatement parce que Liebig et Wœhler

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n'ont donné presque aucun de ces petits caractères faciles qui permettent de reconnaître promptement une substance.

Vous reconnaissez que les rapports en grand ne suffisent pas pour caractériser les composés, qu'il faudrait y joindre Tarrangemenl. Mais attendu qu'il n'est pas donné aux chimistes de voir les infiniment petits, vous rejetez tous les projets qui ont été mis en avant sur ce sujet. Mais alors soyez donc conséquent. Pourquoi mettezvous dans un même genre l'oxalate de p tasse anhydre et l'oxalale hydraté?

L*un doit être C*KO*, l'autre C*irKO*, etc., mais direz-vous..., vous avouez donc que les chimistes savent déjà que dans beaucoup de cas 11*0 est placé dans une position particulière? Pourquoi représentezvous la nitrobenzide par C'*H***X? il me semble que si l'on ne sait rien sur l'arrangement il faut écrire C**Az'H**0*. Il en est de même pour vos combinaisons ammoniacales

+ Ii«Az2

+ 2H«Az«, etc.

l»our les hydrochlorates de quinine, etc., etc.. Dites que les arrangements de Berzélius, de Davy, etc., ne vous satisfont- pas, mais ne rejetez (p&s) toute tentative qui a pour but de déterminer cet arrangement, puisque malgré vous il vous domine dans une foule de cas...

Gerhardt à Liebig.

Montpellier, 27 juillet 18(4.

... J'ai quelques notes à publier sur la cire, et sur l'essence d'estragon qui est chimiquement identique avec celle d'anis (partie oxygénée); j'ai plusieurs composés intéressants. J'étudie en ce moment toute une série d'hydrogènes carbonés homologues de la formule R 'G : lï ;; 1 : 2), et je ferai voir qu'il se comportent tous de la même manière ; ils fixent par exemple tous, Cl*, directement de manière à donner des homologues de la liqueur des Hollandais, etc. On a alors :

C^Il^Cl* liqueur des Hollandais.

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