SON INSTRUCTION SCIENTIFIQUE EN ALLEMAGNE
1816. — Naissance de Charles Gerhardt. — Origines de la famille paternelle. — Origines de la famille maternelle. — Son enfance, ses premières études. — 1825. — Fabrique de céruse à Hangeubieten. — Ses frères et sœur. — 1831. — Études techniques en Allemagne. — Carlsruhe. — 1833. — École de commerce de Leipzig. — Otto Erdmann, professeur de chimie, premier maître de Gerhardt. — 1834. — Travail sur les formules des silicates naturels. — Retour à Strabsourg. — Dissentiments entre le père et le fils. — 1835. — Nomination de membre de la Société d'histoire naturelle de Strasbourg. — Engagement au 13« régiment de chasseurs à cheval de Haguenau. — Rachat par un ami d'Allemagne. — Voyage à Dresde. — 1836. — Au laboratoire du professeur Liebig à Giessen. — Nouveau retour à Strasbourg, 1837-1838.
La grande épopée militaire vient de finir : les quinze pre- isio.
mières années de ce siècle ont retenti de la gloire des armes. Après le flux et le reflux des armées, après les grandes catastrophes où les tourbillons d'hommes se détendent, s'étalent et se dispersent comme l'embrun, un grand apaisement recouvre le monde : la paix, favorable aux méditations de la science, s'établit sur les désastres de la patrie.
Il semble que c'est à la science de les réparer, de créer de nouvelles gloires et de constituer, dans le domaine de Tintelligence, la primauté que la France a quelque temps perdue.
CnARLEl OBRnARDT. 1
D'ailleurs, quelle nation peut alors offrir une assemblée de savants de la hauteur des BerthoUet, Laplace, Cuvier, Biot, Ampère, Thenard, Gay-Lussac, Poisson, Fresnel*, sans nommer ceux qui déjà nés à la science produiront tout leur éclat dans le premier tiers de ce siècle?
Telle est la puissance de ces maîtres que nul ne peut prétendre, en dehors d'eux, apporter au monde des connaissances nouvelles qui ne soient une déduction logique des lois qu'ils ont découvertes, parce que ces lois sont fondamentales et que, sans elles, les sciences . physiques continueraient à flotter à Tétat informe, comme elles le faisaient depuis la plus haute antiquité, entre une vague philosophie et Tempirisme.
Aussi, en dépit des convulsions de la politique, leur influence régnait-elle en souveraine au delà des frontières, et les grands savants de l'étranger formés à leur école ne refusent pas de s'assimiler leurs théories, qu'ils agrandissant de leurs propres découvertes, préparant ainsi une lutte d'im nouveau genre, au profit cette fois de l'humanité.
Dans la poussée extraordinaire de l'esprit humain, qui jetait les fondements des méthodes exactes dans les sciences physiques, en même temps que la Révohition française proclamait les droits de Thomme, une science nouvelle était née, la chimie.
Les maîtres qui l'enseignaient, BerthoUet, Thenard, Gay- Lussac, Chevreul, étaient les élèves directs de l'homme de génie, Lavoisier, qui l'avait créée : ceux-ci, jeunes, dans la plénitude de leur talent, et le vénérable BerthoUet, dernier témoin de l'époque héroïque.
Les années qui vont suivre verront se développer de merveilleuses découvertes qui éclateront dans les laboratoires de l'Europe, en Suède, en Angleterre, en Allemagne aussi bien qu'en France. Berzélius* crée cette sorte d'algèbre chimique qui précise la conception des transformations de la matière, objet môme de la chimie, en permet une classification logique et en facilite, par cela même, l'enseignement.
Des jeunes gens, encore sur les bancs de l'école, tourneront
1. BerthoUet (1748-1822). — Laplace (1749-1827). — Guvier (1769-1832). — Biot (1774-1862). —Ampère (1775-1837). — Thenard (1777-1857). — Gay-Lussac (1778- 1850). — Poisson < 1781-1840). — Fresnel (1788-1827).