Berzélius
NAISSANCE DE (iEKHAHDÏ 3
bientôt leurs regards avides de science vers ces maîtres : <iraham, Dumas, Malaguli, Balard, Liebig, Erdmann, Persoz, Felouze, Laurent, Kegnault *, et bien d'autres se lanceront dans Farène. Ils seront à leur tour dans la plénitude de leur force lorsqu'un tout jeune bomme, né en 1816, arrêtera leur attention par des vues nouvelles autant que bardies, et leur disputera glorieusement, avec Taide d'un compagnon converti à ses i<lées, la conduite dos destinées de la chimie.
Le milieu du siècle verra s'élever, dans cette science, des luttes mémorables où, malbeureusement, le talent seul et les convictions scientifiques, les découvertes et les résultats d'analyses ne seront pas les seules armes des combattants, mais où les passions des coteries, de personnalités, de politique, viendront apporter lour contingent néfaste de blessures d'amour-propre et obscurcir les jugements.
Ce jeune homme bittera contre toutes les doctrines qui ne résistent pas à sa logique pénétrante fondée sur des observations et des analyses exactes, sans acception de personnalité et par pur amour de la vérité.
Par cela même, il ameutera contre lui la coalition des incapables en place, des puissants, qui voient leurs théories minées par la base, des envieux et des jaloux que blesse tout éclal.
Sa vie tout entière sera offerte en sacrifice à la science, et lorsque, après un rude labeur, surmontant des déboires sans nombre, des attaques perfides, il apercevra le triomphe de ses idées, lorsqu'il sentira désormais solides les fondements nouveaux dont il dote la chimie, il sera emporté à l'âge où commence à peine la réputation des grands savants de ce siècb».
C'est l'histoire de cette vie si courte, de 1816 à 1836, l'histoire du fondateur de la chimie moderne, de Charles Gerhardt, que nous allons exposer.
Au cœur de la ville de Strasbourg, dans la rue du Vieux-Mor- Naissance d© €hé-aux-Poissons, fragment de l'antique voie de France en Aile- ^^oruardt magne, existe au n** 40% respectée par le bombardement de 1870,
1. Graham (1803-1869^. — Dumas (1800-1884). — Malaguti (1802-1878). — Balar (1802-1876). —Liebig (1803-1873). — Erdmann (1804-1869).— Persoz (1805-1867).— Pelouze (1807-1867). — Laurent (1807-1853). — Regnault (1810-1878).
2. Numéro 72, avant 1858. — Seyboth, dans son S/rasbourg historique et pitto-
une ancienne maison reconnaissable à ses trois arcades sur la chaussée, et à la saillie de son arête du côté droit sur laquelle sont sculptés un soldat romain vers le milieu, et deux cartouches \
Avec ses trois étages à fenêtres larges et basses, avec sa haute toiture brune où s'étagent trois rangées de lucarnes blanches et d'où surgissent de longs canons de cheminées propices aux cigognes», celte maison est un type de logis bourgeois du XVI* siècle qui s'harmonise si bien avec la glorieuse cathédrale, aimée par tous les habitants*.
C'est au premier, presque en face des bureaux de l'agence Laffitte et Gaillard, au milieu de l'activité la plus intense des mouvements des diligences, que vivait la famille où est né Charles Gerhardt.
« Le 22 août 1816, à deux heures de relevée, nous dit le registre de la mairie, en présence des sieurs Himly, Himly cadet, et L. Moris, adjoint au maire, officier de l'état civil, Sa3idel Gerhardt, qualifié de commis négociant \ déclare la naissance de son deuxième enfant * Charles Frédéric, venu au monde la veille, 21 août, à 7 heures du matin. »
oriçine» de la Lc père, Samuel Gerhardt, âgé alors de trente-six ans, était un patcrneUe. hommc de haute stature, au visage remarquablement régulier, rappelant d'une manière frappante l'empereur Napoléon. Suisse de naissance, il était venu chercher une position à
resque, indique le numéro 22 (ancien 19) de la rue du Fort, comme le lieu de naissance de Gerhardt; c'est une erreur que Tauteur a bien voulu reconnaître.
1. La maison où descendit Gœlhe en 1771-1772 est voisine, elle porte actuellehient le numéro 36.
2. Depuis 1870, les cigognes sont devenues fort rares à Strasbourg; on n'y compte plus que deux- nids.
3. D'après Seyboth [Topographie historique delà ville de Sfra^bourg d'après lea chartes et chroniques). Cet immeuble provient de la réunion de deux maisons Zm dem SlUssel et Zu dem Isenbogen ou Zu dem Iserinboffrn en 1370. Reconstruite en 1504 par Wolffde Moisheim, drapier, elle a conservé depuis son escalier de bois et l6s galeries qui régnent sur deux côtés de la cour, dans le type de la Itenaissance, avec des panneaux et divers motifs gracieusement sculptés.
La façade a été refaite en 1705, en mAme temps qu'un troisième élage était ajouté : c'est sous ce même aspect qu'elle se présente aujourd'hui. L'immeubl« est devenu propriété de la furaille Lobsleiu en 1740, et c'est comme veuve du pelit-fils de ce dernier que M™* Samuel Gerhardt en avait la possession pour le compte de son fils de premier lit, Victor Lobslein.