CHARGE DE COURS A MONTPELLIER
bourgs bas, percés de larges rues aveuglantes de poussière et de lumière. Dans la vieille ville, les palais de Taristocratie se distinguent à peine des autres maisons bourgeoises, et, comme dans Tancienne Florence, la vie est confinée à Tintérieur, sur la cour, où parfois, en pénétrant, on a la surprise de merveilleux décors de la Renaissance. D'ailleurs, point de monuments qui imposent l'admiration.
Au bout de peu de temps, la nostalgie de l'étendue et de l'air saisit l'âme, et c'est sans doute le remède à cette souffrance qui a valu sous Louis XIV la belle création de la Promenade du Peyrou. Quant à l'Académie, pourtant si ancienne, rien qui en rappelle les gloires passées : sauf la Faculté de médecine, dont la façade offre quelque caractère parce qu'elle a été installée dans les bâtiments claustraux de l'abbaye bénédictine fondée par Urbain V près de la cathédrale Saint-Pierre, toutes les autres sont logées comme boutiques à enseignes, au hasard des locations. C'est ainsi qu'un écriteau informe l'étranger que la Faculté des sciences est là, dans un immeuble lézardé, au coin de la rue Saint-Pierre, et, en y entrant, vous vous demandez si l'amphithéâtre est bien solide, et quels travaux peuvent sortir de ces locaux sombres et sordides, dénommés laboratoires de chimie*!
Le premier contact du nouvel arrivé avec les autorités académiques ne fut pas de nature à embellir à ses yeux l'impression causée par l'aspect de la ville elle-même.
Le recteur, M. Gergonne*, ancien soldat de la République, vieux mathématicien sévère et raide, qui mène son académie comme un régent son collège, voit d'un œil douteux cet étu-
fiècle dernier avait eu la patience de décrire les moyens de se rendre d'un point à l'autre de la ville, n'importe quel jour de Tannée et quelle heure du jour, sans sortir de l'ombre. ^Coll. de M. Chancel.)
1. Cette situation est totcdement changée aujourd'hui : la Faculté des sciences a une installation digne d'elle, et le laboratoire misérable de Gerhardt est remplacé par un Institut de chimi*>, organisé d'une façon large et complète.
2. Gergonne (Joseph-Diez), né le 19 juin 1771, à Nancy. Volontaire en août 1792 au 4« bataillon de la Meurthe; en octobre 1793, à Paris, au bataillon de la Butte des Moulins ; en mars 1794, lieutenant au 4» régiment d'artillerie à pied ; devint en 1796 professeur de mathématiques à l'Ecole centrale du Gard, puis en 1809 docteur es sciences, alors qu'il était, depuis 180 i, professeur de mathématiques transcendantes au lycée de Nimes. Nommé le 27 septembre 1816 professeur d'astronomie à la Faculté des sciences de Montpellier, il devint doyen le 12 janvier 1820. et recteur le 23 août 1830. Admis à la retraite le 20 octobre 18U, et nommé recteur honoraire, il mourut le 4 avril 1859.
diant imberbe, qu'on lui envoie du Quartier latin pour remplacer un homme déjà illustre, M. Balard. Le doyen de la Faculté des sciences, Texcellent Félix Dunal S botaniste de talent, est bien affable et accueillant; de même M. Bérard% Téminent professeur de chimie à la Faculté de médecine, auquel Gerhardt remet une lettre de recommandation de M. Dumas; mais partout ailleurs, une politesse de glace, comme il est d'usage, mélangée d'un imperceptible étonnement, accueille ce jeune collègue, dont Taspect répond si peu au bruit dont les échos sont parvenus jusqu'à Montpellier.
En effet, dans les salons, le successeur de M. Balard est attendu comme im vieux savant, car c'est évidemment le privilège de l'âge seul d'oser attaquer les théories des maîtres ; et l'on n'en croit pas ses yeux quand on se montre ce grand jeune homme à la figure mate, encadrée d'une longue chevelure noire, et dont le regard pourtant profond et vif dénote la puissante intelligence!
Les premiers quinze jours, écrit-il ^ à son demi-frère, j'étais une béte curieuse pour ces chers languedociens; on se retournait en me voyant passer dans la rue, et je ne serais pas étonné que l'on m'eût désigné du doigt.
Leçon Aussi se promct-ou d'assister en foule à la leçon d'ouverture
xTmaUsVi du jeuuc professeur, qui aura lieu le 10 mai prochain^ dam r amphithéâtre ordinaire de la Faculté des sciences.
J'ai le plaisir de t'annoncer, mon cher ami* (son demi-frère), que j'ai parfaitement réussi aujourd'hui à mon début, et, ce qui plus est, que j'ai été applaudi! Beaucoup de notabilités universitaires et autres assistaient à la leçon : tout le monde ma comblé de félicitations, et il
1. Dunal (Félix-Michel), né le 24 octobre 1789 à Montpellier, docteur en médecine du 19 février 1813 et es sciences du 4 août 1829, fut nommé professeur de botanique à la Faculté des sciences de Montpellier, et le 13 décembre 1830 doyen. Correspondant de l'Institut, il mourut en août 1856.
2. Bérard (Jacques-Étienae), né le 12 octobre 1789 à Montpellier, pharmacien du 18 juillet 1817 et docteur en médecine du 22 juillet 1817 , il fut nommé professeur de chimie à TÉcole de pharmacie. Le 20 juin 1834 la chaire de chimie générale et de toxicologie à la Faculté de médecine lui fut confiée, puis le décanat le 17 septembre 1846. A diverses reprises membre du conseil municipal de Montpellier et député (1837). Doyen de la Faculté de médecine, il mourut le 10 juin 1869.