‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 44 sur 274 · Lettre de Gerhardt à Cahours, du 18 juin · texte numérisé non relu

Lettre de Gerhardt à Cahours, du 18 juin

3. Les autres académies de province n'étaient guère mieux partagées : n Mon cher collègue, écrivait Malaguli, professeur de chimie à Rennes, tant que l'Université dans les départements sera administrée d'une manière si ladre et si absurde, tant qu'un préparateur à 1,000 francs par an sera obligé de préparer quatre cours par semaine dans une ville sans ressources, tant que les professeurs seront forcés de s'occuper de la préparation de leurs cours et de négliger leurs recherches, ayant pour toute compensutioo de quoi vivoter à peine, l'Université des départements, dis-Je, sera toujours pitoyable. Et cette idée est d'autant plus révoltante que Ton voit dans les pays voisins, en Belgique par exemple, des professeurs imperceptibles et absolument nuls toucher un traitement fixe de 8,000 francs, avoir un préparateur particulier, et des indemnités sous le moindre prétexte. » (Lettre de Malaguti à Gerhardt, du 1«>^ janvier 1843.)

11 est impossible de travailler dans ces conditions, et surtout de faire un cours convenable. Mes premières leçons ont été bien accueillies et je n'ai qu'âme louer de mon auditoire... Si je n'avais pas ce petit succès je perdrais vraiment courage, car outre que c'est un pays détestable sous tous les rapports — la malpropreté surtout — on n'y trouve aucune ressource, ni scientifique ni industrielle.

Vous seriez bien aimable, mon cher Cahours, si vous vouliez bien causer un peu de ma position à M. Dumas; je compte venir à Paris aux vacances pour parler de cela à lui et à M. Thenard. Si on ne nous augmente pas, ma position n'est pas soutenable.

Autre lettre * :

Vous ne sauriez croire combien nous sommes misérables ici ! C'est à ne pas y tenir. J'ai écrit à Paris pour avoir de la potasse, — plus un grain. — Je n'avais que deux petites cornues pour mes rectifications, et je viens de les casser toutes deux. Je débourse tout ce qu'il me faut pour mon cours. Comme c'est amusant! On ne peut rien se procurer ici, il faut tout faire venir de Paris, et cela dure si longtemps *!

Ces plaintes s'accentuent d'ailleurs par Teffet naturel du climat, qui disperse la société et supprime les ressources d'agrément qui eussent fait diversion aux déboires du jeune professeur :

Jusqu'à présent, je ne me plais pas trop, écrit-il à son demi-frère ', dans ma nouvelle résidence, ou plutôt, pour dire la vérité, je m'y déplais considérablement, et cela pour bien des raisons. Il est possible, toutefois, que les souvenirs parisiens, trop récents encore, soient pour beaucoup dans cette antipathie, et j'espère me faire peu à peu à ma nouvelle vie provinciale. Cependant, cela me coûtera bien des efforts. Tu sais par toi-même combien on est gâté à Paris, où tout est grand, où seul on peut vi\Te de cette vie indépendante qui fait le bonheur.

En province, à Montpellier surtout, que tout est mesquin! C'est un pays sans aucune ressource, et si ce n'était la vieille réputation de son École de médecine (actuellement peu méritée), je ne sais trop ce qu'un étranger viendrait faire ici. Ajoute à cela que l'habitant du Midi est fort peu sociable, et qu'il se barricade chez lui de peur qu'on ne lui enlève sa femme ou sa fille, et tu peux te faire une idée des

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