‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 48 sur 274 · Lettre de Gerhardt à Liebig, du 26 janvier · texte numérisé non relu

Lettre de Gerhardt à Liebig, du 26 janvier

de mon caractère, il se méfie de moi, et j'aurais à vous raconter une foule d'historiettes à cet égard.

Je suis fort mécontent de mon laboratoire ; il est dans un fort mauvais état, et le gouvernement ne nous accorde que bien peu de choses. Néanmoins, je travaille, mais cela va bien doucement.

Plusieurs recherches sont en train... Mon installation dans mes nouvelles fonctions avait un peu arrêté mes travaux, mais maintenant j'espère pouvoir marcher vivement, surtout si l'on m'accorde les fonds que j'ai demandés pour le laboratoire.

Ces travaux n'étaient rien moins que la découverte de la quinoléine^ dont l'importance capitale sera mise en lumière quand nous traiterons de l'œuvre de Gerhardt. Cette période fut, d'ailleurs, féconde en idées nouvelles, tumultueuses, qui surgissaient à chaque instant et retombaient en quelque sorte sur elles-mômes, car personne à la Faculté n'était à même de les suivre, de les discuter avec lui, en d'autres termes, n'était capable de lui donner la réplique.

Vous croyez peut-être* que maintenant, ayant une chaire de Faculté, je dois être parfaitement à mon aise pour me livrer à des recherches scientifiques? Mais vous ne connaissez pas l'état pitoyable de notre enseignement en province. Vraiment, quand on aime un peu la science, on en est bientôt dégoûté. Nous avons ici la seconde École de médecine du royaume, avec deux professeurs de chimie, une École de pharmacie et un Collège royal avec deux autres professeurs de chimie, mais ces messieurs s'occupent de gagner de l'argent, ils n'ont jamais vu un appareil de combustion pour l'analyse, ils ne travaillent pas. Dans les autres sciences, c'est absolument la même chose. Je suis donc le seul à ma Faculté à travailler, mais aussi personne ne m'appuie, au contraire, j'excite plutôt la jalousie des autres. Ensuite, le gouvernement ne donne presque rien pour l'entretien du laboratoire, et cela se conçoit puisqu'il pense que cela suffit pour faire un cours deux fois par semaine. Or, vous savez combien il est difficile de retourner à Paris une fois qu'on est enterré en province. Encore si j'étais chez moi, dans ma famille, je me trouverais fort heureux d'avoir la position que j'ai ici, mais isolé comme je le suis, éloigné de toute ressource scientifique, avec la perspective presque certaine de rester dans la même position (car, enfin, je n'ai pas découvert le brome, comme Balard), je trouve cela insupportable. Je me suis déjà creusé la tête pour aviser à un moyen de sortir de là avec honneur...

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