‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 50 sur 274 · Lettre de Gerhardt à Liebig, du 29 mars · texte numérisé non relu

Lettre de Gerhardt à Liebig, du 29 mars

coup d'abandonner la carrière ingrate du professorat pour le journalisme scientifique : créer à Paris des Annales étrangères de chimie et de physiologie destinées à la propagation des idées de Liebig.

Comme je voudrais par cette publication * me créer une position à Paris, je la ferais sous mon nom; seulement, pour réussir, il me faudrait encore le vôtre, et vous me permettriez de le joindre au mien. Votre nom seul me dispenserait du patronage de tout l'Institut, et, vraiment, il vous faut votre journal à Paris, car ces messieurs de rinstitut sont parfois par trop insolents... Car, enfin, Toxygène de Tair consommant peu à peu tout notre charbon, il faut le restituer par des aliments. Votre collaboration m'est d'autant plus nécessaire qu'elle excusera, aux yeux de tout le monde, ma démission de mes fonctions universitaires. Autrement, on me qualifierait d'homme inconstant et de sauteur, épithètes que je ne crois pas mériter.

Doit-on se réjouir du conseil que Liebig donna à son élève de ne pas se lancer ainsi dans Tinconnu?

Mon cher ami*, il m'a fait de la peine d'apprendre que votre position actuelle n'offre pas les avantages que vous espériez, qu'au contraire elle paraît nuire à votre libre développement et à la reconnaissance de vos mérites. Je n'en pense pas moins que vous ne devez pas, pour le moment, abandonner votre position... Si ma physiologie animale, qui réforme la science existante, venait à s'imposer, je vous conseillerais de retourner à Paris et d'ouvrir un cours sur la théorie de l'agriculture et sur la physiologie animale (processus vital chimique de la plante et de l'animal) ; les auditeurs subviendraient largement h votre subsistance, et si alors nous appelons le journal à la rescousse, votre position gagnera forcément en influence. Mais, pour le moment, je ne vous conseillerais pas d'abandonner votre place pour quelque chose de très incertain, d'autant plus que vous ne pouvez pas, en ce moment, consacrer exclusivement votre temps au journal.

Vous pouvez avoir la ferme conviction que je vous seconderai dans vos visées autant qu'il sera en mon pouvoir.

Je prévois une guerre avec les directeurs des Annales de chimie et de physique^ dans laquelle je ne succomberai pas. Les notes de M. Regnault sont aussi injustes que blessantes, je ne pourrai plus

Page 1