‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 53 sur 274 · SÉANCE DU 5 SEPTEMBRE 1842 A L'INSTITUT · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 5 SEPTEMBRE 1842 A L'INSTITUT

Que vous dirai-je de plus, écrivait-il à Cahours parti à la campagne •, il est impossible qu'on dise plus de mal d'un brigand ou d'un assassin qu'on n'en dit aujourd'hui de moi. C'est trop pour qu'on le croie.

Il allait bien voir de lui-même Teffet produit sur Tun d'eux, Thenard, auquel il eut la pensée de porter un exemplaire do son mémoire :

Après avoir fait faction pendant une heure pour attendre son retour de la campagne, je fus enfin introduit chez l'illustre collaborateur de Gay-Lussac*. Je lui offre un exemplaire de mon travail; il me répond avec le ton grognon que vous lui connaissez : Je ne suis pas du tout content de votre mémoire. Moi de m'étonner et de lui en demander timidement la raison. Thenard élève la voix. Je croyais un moment qu'il allait me manger. Il crie à qui veut l'entendre que la rédaction de mon travail n'est pas académique, que le plus illustre des chimistes, Lavoisier même, n'oserait écrire : telle ou telle chose est fausse, que ce n'est pas français, qu'un homme qui a reçu de l'éducation n'écrit pas ainsi. Par malheur, répondis-je à Thenard, j<? ne suis pas courtisan; lorsque f ai une conviction, je i exprime sans détour, mais,,. Thenard ne me laisse pas achever ; il réplique : Je naime pas les courtisans, mais je vous dis que cinq ou six membres de V Institut ont absolument la même opinion sur votre mémoire que moi,., êtes-vous convaincu ? Moi, entendant mal cette dernière phrase, ou comprenant probablement tout autre chose, je dis : Non, Voilà que Thenard se lève furibond : Adieu, monsieur! Adieu, monsieur! qu'il me répète au moins dix fois, sans me laisser formuler ma pensée ; et il me met h la porte (c'est à la lettre) en présence de son domestique. Je m'attendais à recevoir un coup de pied dans le d ; je m'étonne vraiment qu'il ne me l'ait point appliqué. Voilà qui est français, suivant M. le baron Thenard, voilà comment l'Université traite ses membres. Cet affront faillit au premier moment me couper la respiration, je suffoquais. Quelques instants de réfiexion suffirent pour me remettre. Je ne perdrai pas courage, j'aime trop la science pour cela; mais tout Paris saura cette belle conduite de Thenard, et l'on ne s'étonnera plus que désormais je ne mette plus les pieds chez lui. Croyez-moi, je suis calme, j'ai la satisfaction intime d'avoir rempli mes devoirs, et si le bon Dieu m'est en aide, je poursuivrai ma tâche, malgré tous les revers qu'elle me promet pour l'avenir.

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