MARIAGE DE GERHARDT
tomiste et physiologiste, était venu restaurer dans le climat de Montpellier sa constitution fortement compromise par les fatigues professionnelles.
Voyageant à petites journées avec sa famille, composée de sa femme, de deux jeunes filles et de deux fils, il fit sur le bateau de Lyon à Beaucaire la connaissance de MM. Baille et Figuier*, qui fort obligeamment lui fournirent toutes les indications nécessaires pour son installation h Montpellier.
Non seulement ils lui présentèrent leurs familles, mais encore ils le mirent en relation avec un ancien officier anglais, M. John Richard Gordon', qui leur rendit d'inappréciables services.
M. Gordon, qui avait débuté en Espagne sous Wellington, avait été grièvement blessé puis fait prisonnier dans les guerres d'Espagne, et s'était fixé h demeure à Montpellier à la suite d'un duel où il avait eu le malheur de tuer le frère de sa fiancée.
Devenu l'un des grands propriétaires des côtes de Saint- Georges, il élait extrêmement apprécié par son caractère ouvert autant que jovial, sa parfaite bonté autant que ses manières distinguées, qui l'avaient fait admettre dans tous les salons.
Il installa ses nouveaux amis dans la maison des bains du Peyrou, et par ses soins miss Margaret et miss Jane ne manquèrent pas des distractions de leur âge que pouvaient leur procurer ses relations.
La mort du D' Sanders, survenue le li août I8i3, décida sa veuve h retourner en Ecosse. Celle-ci toutefois attendit la session de novembre, à laquelle son plus jeune fils William devait passer son baccalauréat es lettres.
Elle avait compté sans Tâge de ce fils qui, n'ayant pas seize ans, fut renvoyé h la session d'avril, ce qui l'obligea de dillérer encore son retour en Angleterre.
Dans ces conditions, et en raison de leur deuil, les jolies écossaises ne pouvant se distraire ni en soirées ni au théâtre, eurent recours aux séances de la Faculté des lettres, où les dames étaient admises.
1. Frère de Louis Figuier, le célèbre vulgarisateur scienUfique,
2. John Richard Gordou, né à Londres le 28 juin 1798, mort à Montpellier le 11 mars 1863.
CHARLES OERHAHDT. 6
Mariage Lg résultat bien inattendu de ces cours de littérature fut une
^le Qerharat.
^^*^ïii?/sseu/^ double demande en mariage présentée à M*"^ veuve Sanders ^^raaMsw ^^ ^^^ ^^^ ^^^'^ jeunes professeurs pour miss Margaret et miss Jane, par Tentremise de l'ami Gordon.
Miss Margaret étant déjà fiancée en Angleterre, la demande n'eut naturellement aucune suite, et quant à miss Jane, elle accepta de donner sa main au professeur Gerhardt.
Quelques semaines après, le 22 mai 1844, Theureux jeune homme écrivait le petit billet suivant à sa mère :
Mercredi soir à 5 heures.
Ma bonne petite mère, Nous sortons de l'église — nous voilà donc mariés *. — Ma femme vous embrasse. — Hier matin ma nomination de titulaire est arrivée. — Deux bonheurs à la fois.
Mille baisers de moi et de Jenny.
Cdarles.
Puis quelques jours plus tard h son demi-frère* :
Depuis près de deux mois la science repose et je ne pense pas reprendre mes travaux avant la rentrée. Nous avons loué un charmant petit pavillon * dans le quartier le plus aristocratique de la ville, et en ce moment nous nous occupons de le meubler. Quels affreux détails de ménage pour moi qui ne m'étais jamais intéressé à ces sortes de choses!
La science ne pouvait pas reposer longtemps, et, si épris que fût le jeune mari, si heureux qu'il fût de présenter dans toutes les familles amies sa jeune et jolie compagne, la science venait le réclamer, soit qu'il eût h répondre à ses nombreux correspondants, soit qu'il annonçât le grand événement de sa vie à ses amis ou ses anciens maîtres, et ne pût s'empêcher de discuter de quelques nouvelles scientifiques avec eux.
1. Les témoins étaient : Richard Gordon et Saint-René Taillandier pour la naariée et le Di*. Lallemand et le doyen Dunal pour Gerhardt.