‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 70 sur 274 · DÉBUTS DE LA LIAISON AVEC LAURENT · texte numérisé non relu

DÉBUTS DE LA LIAISON AVEC LAURENT

Ost ainsi qiio dans sa lettre h son maître Liebig, du 27 juil- i-^ttr© à uobig. let, où il lui fait part de son mariage, il lui annonce entre autres le premier volume de son Pn*cis de chimie organique :

Vous y trouverez beaucoup de choses nouvelles, car je n aurais certes pas entrepris ce travail si je n'avais pas eu du nouveau h dire. Vous verrez, j'y dis beaucoup de mal de vos radicaux, mais c'est de bonne guerre. Puis : J'ai tout fini votre troisième volume, j'y ai mis quelques additions aux choses qui ont paru depuis la publication des deux premiers volumes. Je pense que nous paraîtrons dans un mois. J'appellerai surtout votre attention sur mes séries homologues... Je crois qu'elles seront bien plus utiles que les substitutions, attendu qu'il ne s'y agit non seulement de chlore et de brome, mais de tous les composés possibles et conséquemment de ceux qu'engendrent les plantes et que nous cherchons à produire artifiriellemenl.

Mais celui qui semble pour ainsi dire rappeler avec autorité le jeune adepte au culte de la science, c'est Laurent. En effet, c'est précisément h Tépoque môme du mariage de Gerbarilt que commence entre ces deux hommes une intimité scientifique des plus intenses.

Les toutes premières lettres échangées sont malheureusement perdues, mais il est aisé de deviner que depuis la fameuse lettre au D' Quesne ville, du mois de novembre 18i3, il s'est fait dans Tesprit de chacun de ces savants une lumière nouvelle : ils sentent que leur amour de la VWité est d'une sincérité absolue et ne peut laisser entre eux de trace d'atteinte personnelle; chacun a besoin de l'autre pour discuter ses propres vues, et la conviction existe qu'ils seront toujours loyaux dans l'attribution de priorité d'une idée nouvelle. Et pourtant ces deux hommes ne s'étaient jamais rencontrés encore, et c'était seulement par leur plume, par la manifestation de leur pensée, qui découvrait aussi la franchise de linirs caractères, que débuta leur union.

La publication du premier volume du Précis de chimie organique de Gerhardt fut la cause déterminante qui sc(»lla cette union.

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avec I^urent.

Immédiatement Laurent entre en discussion amicale avec son collègue, et une correspondance suivie s'établit entre eux.

Ils se content mutuellement leurs misères matérielles, Tinsuffisance des moyens, le manque absolu de zèle chez leurs collègues pour lesquels leurs travaux sont langues étrangères : Gerhardt pensait qu'on peut réagir contre Tomnipotence de Paris en créant un organe qui exposera les travaux des diverses Facultés :

Vous voudriez que la province pût lutter contre Paris, lui répondait Laurent*, mais comment faire? Si les Facultés de province se réunissaient pour faire un journal, pourraient-elles fournir assez de matériaux ? 11 y a si peu de travailleurs ! Et puis, faire un journal de physique, de chimie, astronomie, histoire naturelle, etc., ce serait un gâchis. Les chimistes et les physiciens ne suffiraient pas pour l'entretien d'un journal et ils ne voudraient sans doute pas faire partie de cette association.

Mon cher ami *, il faudrait des volumes pour s'écrire, il faudrait plutôt se voir, mais cela ne se peut pas! 11 faut que j'aille à Paris, que je tache d'avoir la Monnaie. Je ne serai content que lorsque nous serons tous les deux à la Monnaie. Est-ce impossible? Je ne sais.

Ainsi c'est dès le début que ces deux hommes sentent le besoin de travailler ensemble. Souvent ils reviendront sur ce désir.

♦ ♦ cJmpilrrelidus ^"^^ attendant, la proposition de créer un journal devient plus dechimte. nette : Gerhardt ramène sa conception première h une collaboration à deux, Laurent et lui, à des comptes rendus mensuels des travaux chimiques.

J'approuve fortemcn* votre projet pour un journal, lui répondait Laurent^. Ici nous vous prenons un abonnement. Je tâcherai de vous en trouver deux ou trois autres...

Je vous enverrai mes mémoires, ce qui obfigera quelques Allemands à s'abonner à votre revue... 11 faut que ce journal soit une critique passionnée ; il faudra se battre avec courtoisie, car nous sommes assez forts pour cela, mais il ne faudra pas ménager les idées en vogue. Il y aurait un joli recensement à faire sur l'affinité qu'on

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