‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 71 sur 274 · FÉLICITATIONS DE LIEBIG · texte numérisé non relu

FÉLICITATIONS DE LIEBIG

nous jette à la face à chaque instant. II nous faudrait encore un travailleur. Malaguti serait notre homme, mais il est beaucoup trop circonspect. Ce qui nous manque, c'est un préparateur qui réanalyserait tout ce qui paraîtrait mauvais, pendant que nous courrions après les faits qui doivent appuyer les nouvelles idées... Ilofmann ne pourrait-il pas entrer dans notre ligue? C'est un travailleur élégant, qui pourrait au besoin faire refaire telle analyse h la grande fabrique de Giessen. Il pourrait vous envoyer les mémoires deGiessen avant qu'ils ne soient connus en France. Liebig ne verrait pas cela d'un mauvais œil, car, 1® il ne s'occupe plus de chimie pure, et s'il croit nos idées bonnes, il serait content de voir Ilofmann (qui va épouser sa nièce) se liguer avec nous... Quand commencez-vous?

Ainsi ridée de (îerhardt étant trouvée bonne, il faut agir (îe suite, sans perdre une minute... Et toute celte activité se dépense» au moment où tant d'autres auraient résolument écarté toules les préoccupations et les affaires sérieuses pour se livrer aux douceurs d'une lune de miel! Mais sa nature ardente est trop largement douée pour que ces allain^s nuisent à son bonheur intime.

La nouvelle du mariage de Gerhardt fut accueillie par ses *^^Erdmann* anciens maîtres Erdmann et Liebig avec un vif sentiment etdeLiebig. d'afTeclueux intérêt :

C'est un peu tardivement, lui écrit Erdmann*, mais non certes moins cordialement pour cela que je viens vous offrir mes félicitations et celles de ma femme pour votre transformation en homme complet qui a trouvé sa meilleure moitié. Je n'ai pas voulu vous écrire tout de suite parce que je pensais que pendant la lune de miel vous auriez sans doute mieux à faire que de lire des lettres... Je vous prie maintenant de donner à votre chère épouse, en mon nom et pour mon compte, mille baisers sur la main. Je ne verrais môme pas à redire si pour aller plus vite vous les lui donnez sur les lèvres...

Votre mariage a été ce que vous avez fait de plus sage dans votre vie, lui dit de son côté Liebig*, car pour calmer votre sang fougueux il vous fallait une femme. Je vous félicite sincèrement d'avoir choisi une Anglaise et d'avoir tiré un numéro si enviable à la loterie.

1. Traduction de la lettre d'Erdmann à Gerhardt, du 6 octobre 1844.

2. Traduction de la lettre de Liebig à Gerhardt, du 2 août 1844.

Veuillez présenter mes hommages à votre femme ; je connais sa famille et je crois même que je la connais personnellement.

Vacances de lS4i.

Voyage

en Alsace.

Enfin, rheure des vacances sonne; il prévient son demifrère* :

Je t'écris deux mots, ayant déjà un pied dans la voiture. Aprèsdemain (13 août) nous devons partir pour Paris, et cet événement si prochain nous donne mille petits tracas. Il est inutile de te dire que nous nous aimons toujours comme deux tourtereaux et que la lune de miel sera prolongée indéfiniment... i\ous ne resterons à Paris que quinze jours ou trois semaines, le temps qu'il me faudra pour terminer quelques affaires. Il me tarde de venir en Alsace, ma femme se fait une fête d'aller passer l'automne avec maman à Ilangeubieten...

Ce programme fut poncliiellemenl suivi : les jeunes mariés arrivèrent à Strasbourg dans la première semaine de septembre. L'accueil fut ce qu'il pouvait être souhaité du jcnine homme qui amène dans sa famille Tépousée de son choix parée de ses dix-huit ans, gracieuse, et le cœur ouvert aux tendres alîeclions |)()ur les parents de son mari ; d'autant plus que quatre mois auparavant M""^ veuve Sanders, sa mère, et le reste delà famille avaient passé par Strasbourg, sur leur chemin de retour en Ecosse, et que l'échange des impressions avec la famille de (îerhardt avait excité davantage chez celle-ci le désir et la joie de connaître la jeune femme.

Pendant les deux mois de séjour en Alsace, avant le retour, la science dut encore chômer sérieusement : d'ailleurs aucun laboratoire n'était ouvert, et, d'après la mode longtemps suivie, tous les universitaires et leurs familles avaient pris leur envolée vers les montagnes, et surtout dans la Forêt-Noire. Gerhardt et sa femme firent la visite classique des jeunes mariés aux jolis ombrages de Baden-Baden, alors en pleine vogue de ses tables de jeux.

Il voulut en goûter les émotions : en quelques tours une mise d'un écu ramena 300 francs; mais il éprouva un tel saisissement de l'état nerveux oii le jeu l'avait mis, qu'il fit donner son gain aux pauvres et jura de n'y jamais revenir : il tint parole.

i. Lettre de Gerhardt à Lobslein, du 11 août 184i.

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