‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 72 sur 274 · VOYAGE EN ALSACE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN ALSACE

De Baden, le couple revint en Alsace, à la vieille campagne d'Hangenbieten, où Fusine de céruse réveillait les souvenirs d'enfance, sans amertume cette fois, car le fils aimait profondément son père, et la résistance qu'il avait apportée h ses volontés était de celles qu'une vocation supérieure justifie et que le succès absout.

Le site de cette campagne, adossée à Tune de ces premières collines des Vosges dont la croupe allongée borde la plaine, était du reste admirablement choisi : devant elle, h perte de vue, la vallée d'Alsace déploie ses riches pâtures, ses masses variées de feuillages aux teintes d'automne où serpente la Bruche, et où se détachent de-ci de-là des clochers aigus et les pignons blancs de grosses fermes; puis, surgissant comme un joyau d'un écrin d'émeraude sur le fond bleu sombre des montagnes de la Forôt-^îoire, la cathédrale de Strasbourg droit en face flamboie aux rayons du soleil prêt h se coucher sur la Franc i\

(îerhardl, extrêmement sensible aux beautés de la nature, dont rharmonie raisonnait dans son âme comme la musique, son autre passion, goûta auprès de ses parents pendant environ un mois le seul repos qu'on lui connaisse dans sa carrière si courte et si remplie.

Ce repos ne fut pas bien long, ^ItaJ^ihëM

Au moment de son départ de Montpellier, Gerhardt avait été P^^^e raafu^o^^ avisé de l'imminence de la retraite du recteur Gergonne, vive- ^roctobro^îsîi ment désirée par tout le corps enseignant de Montpellier, et toutes les espérances étaient tournées vers la nomination h ce poste de Bérard, le savant professeur de toxicologie à la Faculté de médecine. Ce dernier avait laissé h entendre qu'il abandonnerait la chaire de chimie à l'École de pharmacie, qu'il occupait depuis 1817, c'est-à-dire depuis vingt-sept ans, et que si Gerhardt prenait ses grades en pharmacie, il pousserait sa candidature à cette chaire.

Aussi, dès son arrivée h Strasbourg, Gerhardt avait-il fait au ministre sa demande en autorisation de subir ses examens à l'Ecole de pharmacie de cette ville.

A peine recevait-il cette autorisation au commencement

d'octobre, que Gerhardt apprenait à la fois la mise à la retraite de Gergonne et la nomination comme recteur de M. Thérj^, proviseur du lycée de Versailles, et par suite le maintien de Bérard dans sa chaire de l'École de pharmacie. Il hésita s'il devait poursuivre un but qui lui échappait. Cependant, sur la promesse de Dumas que la première place à TÉcole de pharmacie de Paris qui deviendrait vacante lui serait attribuée, il se décida à se présenter aux examens dont la session s'ouvrait dans la seconde quinzaine d'octobre.

Les 17, 19 et 22, devant un jury* présidé par Persoz, directeur de rÉcole de pharmacie, Gerhardt subit les épreuves, en ayant pris pour sujet de sa thèse : Sttr la génpvation de ïêther^ où les deux théories de Berzélius et de Liebig étaient fortement battues en brèche.

Persoz, dont le caractère était très entier et autoritaire, entama sur ce sujet une discussion fort vive avec Gerhardt, qui certes ne fut pas en arrière pour répondre avec toute la virulence et toute la fougue de son caractère. Persoz, furieux, ne parla rien moins que du refus de l'admettre : il fallut la pressante sollicitation des membres du jury, notamment du professeur Oppermann, pour qu'un tel scandale fût évité. Dans cette thèse, Gerhardt repoussait les opinions reçues sur la constitution de l'éther, et émettait des idées dont la justesse a été reconnue sept ans plus tard, en 1851, par les remarquables travaux de Willianisoij.

1. Les membres du jury étaient : MM. Fhrmann et Rigaud, professeurs, commissaires de la Faculté de médecine; MM. Persoz, directeur, Nestler, Kirschleger, professeurs, Oppermann, Oberlin, professeurs adjoints, Hecht, SchœufFelé, agrégée, de l'Ecole de pharmacie.

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