Lettre de Dumas à Gerhardt, du 3 juin
jeune femme, à laquelle la société de Montpellier avait laidement ouvert ses portes, et où ils trouvèrr'nt bientôt Tun et Fautre des amitiés profondes qui ne se sont jamais démenties. Si Gerhardt a pu avec raison se plaindre de son installation de laboratoire, dont Tabsence de ressources matérielles portait un grave préjudice à ses travaux de recherches, et de son isolement scientifique, il n'eut jamais que des paroles d'éloges pour l'accueil véritablement cordial qu'il reçut dans les familles Dunal, Bérard et Mares, Laurens, Planchon, etc., où les traditions de goût dans les arts, de distinction dans les manières aussi bien que dans Tesprit, ne pouvaient que le reposer agréablement de ses luttes intellectuelles. Les samedis soir le salon Mares, les mardis le salon Bérard, réunissaient Télite de Montpellier, et c'était avec joie qu'on le voyait paraître avec sa jeune femme, tant l'animation de sa personne, la vivacité et l'universalité de son intelligence excitaient l'intérêt et donnaient en quelque sorte la vie autour de lui.
Un heureux événement de famille vint aussi faire diversion à ses pensées ; la joie qu'il ressentit h la naissance de son fils fut profonde ; elle éclate dans sa correspondance intime à sa mère avec la môme vivacité qui caractérisait tous les mouvements de son âme.
Ce lutteur énergique de la science, aux prises avec les injustices des hommes, vient se reposer à côté de ce berceau, et sa tendresse déborde :
Mon bien cher ami, écrit-il à Cahoiirs*. Décidément les chimistes sont des êtres privilégiés : j'ai voulu avoir un garçon et, comme madame Cahours, ma femme s'est empressée de répondre au désir de son mari. Inutile de vous dire combien cet événement me rend heureux, vous le savez vous-même... Bien souvent je plante là les analyses et les formules, pour m'égayer avec ce petit être... Je songe bien souvent à vous et je regrette d'être si loin. Que les jours nous passaient vite au Jardin (des plantes), quand nous allions de découverte en découverte, c'était vraiment pour nous une succession de fêtes! Tout cela est changé maintenant; souvent le laboratoire me. dégoûte, je rentre découragé, ennuyé, je voudrais briser tout et jeter au diable ! — Mais, heureusement, je trouve à la maison deux cœurs à chérir, et cela me fait oublier bien vite tous ces déboires.