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Lettre de Gerhardt à Laur»»nt, du 21 septembre i8i

4. Comptes rendus de VAvadénue des sciences, 1845, 22 septembre.

les uns aux autres, et aujourd'hui les reproches quon m'avait adressés tombent d'eux-mêmes.

Les radicaux organiques ^ comme on le voit, ont fait leur temps ; il est urgent de songer à une théorie plus conforme à la vérité.

Les deux amrs se doutaient bien que cette victoire de leurs idées soulèverait des colères à Giessen. Aussi, ne s'endormani pas sur leurs lauriers, ils continuaient Texamen des corps dont la composition alors admise leur était contraire.

Ils étaient résolus d'ailleurs à faire une exposition nette de leurs doctrines, de façon à imposer à leurs adversaires Tobligation de les réfuter par les moyens scientifiques ou d'en reconnaître le bien fondé, et de cesser des insinuations malveillantes dont Y Annuaire de Millon et Reiset* se faisait le trop complaisant organe, et qui flattaient les désirs secrets de toute une série d'intrigants, avides de places et d'honneurs.

Note de uurent Tel lut le motif de la présentation à l'Inslilut d'une noudu 13 octobre vcllc uotc de Laurent (séance du 13 octobre 1845): Sur le mode de combinaison des corps et sur les acides phtalamique, oenanthique,pimarique^ etc., dans laquelle il expose avec une netteté de vues magistrale les défauts de la théorie des radicaux qui régnait jusqu'alors sans partage sur la chimie*. En terminant sa note, Laurent disait:

Malgré le grand nombre d'analyses que M. Gerhardt et moi nous avons corrigées, on n'en continuera pas moins, peut-être encore pendant longtemps, à admettre la théorie des acides hydratés, à repousser les nouveaux équivalents et la loi des composés azotés. On se laissera

1. Millon Eugène, né à Châlons-sur-Marne, le 24 avril 1812, mort à Saint-Seine (Côte-d'Or), le 14 décembre 1863.

Reiset Jules, né à Kouen, le 6 octobre 1818, mort le 5 février 1896. Correspondant de l'Institut en 1857, puis titulaire en 1884, en remplacement de Paul Thenard.

2. La théorie des radicaux, imaginée par Liebig et adoptée par Berzélius, contre laquelle Laurent et Gerhardt s'élevaient avec tant de force, reposait sur l'existence d'une masse considérable de oorps hypothétiques dont le nombre, compté dans le Traité de Liebig, était de cent onze. Si on ajoutait à ces derniers ceux de Berzélius et des élèves de ces savants, on trouvait bien plus de substances de pure supposition que de corps réellement existants à l'époque. Aussi, dans le début de sa note à l'Académie, Laurent avait-il raison quand il soutenait que le but de la chimie d'alors était d'enseigner l'histoire des corps qui n'existent pas!

COLLABORATION DE LAURENT ET DE GERHARDT i05

arrêter par Thabitude, par une fausse interprétation, par quelques faits douteux, comme par exemple le phosphure d'azote...

Malheureusement, dans ce moment, je ne puis m'occuper de travaux de laboratoire ; sans cela j'aurais examiné ce sujet. Mais j'espère que mon ami, M. Gerhardt, qui est intéressé autant que moi dans la question, s'empressera de nous apprendre ce qu'il faut penser de la formule du prétendu phosphure d'azote.

Si les théories de Lavoisier* et de Davy* sont fausses, faudra-t-il adopter les formules brutes, admettre que, dans les corps composés, il n'y a qu'un seul groupe ? Je suis loin d'avoir une pareille pensée. Je suis au contraire convaincu qu'il existe dans les corps composés divers groupes d'atomes. Si l'on veut apprendre quelque chose sur l'arrangement des atomes, il est indispensable d'abandonner la route que Ton a suivie jusqu'à ce jour.

Une telle exposition de doctrines, qui attaquait résolument les idées ancrées profondément dans tous les esprits, mais qui résultait d'un ensemble de découvertes comme peu de chimistes pouvaient en présenter, eût dû certes attirer l'attention, et méritait nno discussion serrée, tout au profit de la science. Elle fut accueillie par des sarcasmes, et l'auteur morigéné comme un écolier révolté.

11 faut vaincre ou périr, écrivait Laurent à son ami *. Vous avez sans doute sous les yeux la dernière note que j'ai envoyée à l'Institut. M. Arago*, en l'annonçant à l'Académie, a dit qu'elle était très tranchante, et il a lu les premières et dernières phrases, qui ont excité, m'écrit-on, une hilarité ironique. Plusieurs journaux en ont parlé. La démocratie pacifique seule a pris ma défense ; les autres m'ont blâmé. 11 faut absolument que vous veniez à mon secours puisque

t. Lavoisiep (Antoine-L^iurent), né à Paris le 26 août 1743, mort sur Téchafaml révolutionnaire le 8 mai 1194. Créateur de la chimie ; aussi grand par le génie que par le caractère. Voir sa biographie par £. Grimaux, membre de TAcadémic des sciences Félix Alcan, éd., 1896 .

2. Davy (Sir Humphry , né en 1178, à Penzance, Cornoaailles, inoit en 1829 à Genève. Débuta comme étudiant en pharmacie et fut distingué par ses découvertes qui ramenèrent û enseigner la chimie à rinstitulion royale de Loiidn-s, fondée par Rumford. Nommé membre en 1803 de celte Société, il en devint le président en 1820.

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