‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 88 sur 274 · ARTICLE ÉLOGIEUX DE DUMAS · texte numérisé non relu

ARTICLE ÉLOGIEUX DE DUMAS

périmentation qui avait servi à M. Berzélius pour la détermination du poids atomique du chlore, que M. Gerhardt, par une décomposition mieux dirigée du chlorate de potasse, a pu déduire, pour le poids atomique du chlore, un nouveau nombre plus rapproché de la vérité, et qui, se confondant presque avec un multiple du poids atomique de Thydrogène, vient ainsi donner un appui de plus à des vues théoriques remarquables qui ont été agitées dans la science pendant ces derniers temps.

M. Gerhardt, à qui les chimistes français sont redevables depuis longtemps de pouvoir lire, dans leur propre langue, les travaux les plus importants qui se publient en Allemagne, et qui, par un choix judicieux de résumés clairs et choisis, les tient au courant du mouvement de la chimie qui a lieu chez nos voisins, a publié récemmenun Traité de chimie organique rempli d'idées neuves et de rapprochet ments piquants; hàtons-nous d'ajouter qu'il a eu le bon esprit de les appuyer sur des recherches originales, nombreuses et pleines d'intérêt. Aussi l'Académie a-t-elle plus d'une fois donné son approbation aux travaux de ce savant qui, chargé bien jeune encore d'un haut enseignement dans une des premières Facultés du Midi, a su justifier la confiance qu'il avait inspirée de bonne heure k l'Université. On peut dire qu'en menant à la fois de front, avec toute l'ardeur de son âge, les travaux de la chaire, du cabinet et du laboratoire, M. (ierhardt a parfaitement compris la véritable mission que l'Université donne à ses jeunes professeurs, qu'elle envoie dans les provinces pour y entretenir, pour y ranimer parfois la vie scientifique.

Son exemple prouve pleinement qu'il n'est pas nécessaire, comme beaucoup se le figurent, d'être à Paris pour contribuer à imprimer à la science une impulsion féconde en progrès. C'est là, du reste, ce que la section de chimie a voulu reconnaître, lorsque, dans une circonstance récente, elle a inscrit le nom de M. Gerhardt sur la liste des chimistes qu'elle a présentés à l'Académie pour le choix d'un correspondant.

L'intérêt avec lequel a été écoutée la nouvelle communication de M. Gerhardt prenait, dans les circonstances actuelles, un caractère tout particulier. L'Académie semblait en quelque sorte vouloir le dédommager, par un témoignage non douteux de bienveillance, de quelques désagréments dont peu de professeurs sont exempts dans leur carrière universitaire et qui viennent d'atteindre la plupart des professeurs de la Faculté de Montpellier, les plus jeunes et les plus ardents, comme les plus respectables par leur âge, leurs longs succès dans l'enseignement et leur haute position scientifique. Qui aurait le droit d'être étonné, lors même que M. Gerhardt, recevant à

vingt-neuf ans celte espèce de baptême du feu, n'y eût pas porté tout le calme, toute la modération que Tàge et Texpérience des choses donnent presque seuls?

A rheure qu'il est, du reste, l'effervescence de ces jeunes têtes méridionales est calmée, et M. Gerhardt va retrouver autour de sa chaire cet auditoire avide d'une instruction solide, qu'il a su y retenir depuis cinq ans.

Il est à présumer que les éloges de Dumas, ainsi que la lettre du doyen Dunal, eurent une influence plutôt favorable sur Tesprit du ministre.

Mais de Salvandy n'était pas de nature à donner tort au recteur; il se borna simplement à faire savoir au professeur de Montpellier, qu'étant absorbé par la réorganisation du Conseil royal, il regrettait de ne pouvoir lui accorder audience.

Les choses restèrent donc dans le statu qtio; Gerhardt reprit, le 16 décembre, la route de Montpellier, où il fut appelé à comparaître devant le Conseil académique. Ses ennemis eurent la jouissance de le condamner à une réprimande du ministre pour avoir abandonné son poste sans autorisation, avec privation de traitement pendant les vingt et un jours d absence (221 fr. 70), ni plus ni moins qu'un simple employé en rupture de bureau pris en faute.

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