‹ Charles Gerhardt; sa vieChapitre 93 sur 274 · Letlre de Malagufi à Gerhardt, du 6 juin · texte numérisé non relu

Letlre de Malagufi à Gerhardt, du 6 juin

2. Numéro du l" avri! 1846. — Variétés scientifiques, article intitulé : « M. Liebig et MM. Laurent et Gerliardt. »

ma conduite envers Liebig laissait à dt^sirer. Demandez donc à Polouze que pour ce dernier fait il vous cite quelque chose de positif!

Que voulez-vous que je réponde à Liebig pour sa nouvelle sortie? Je crois qu'il faut le laisser se démener jusqu'à ce qu'il ait avalé notre mémoire sur le mellon, l'éther nilreux et les phosphamides. Il devra bondir de rage.

Il y a longtemps que je me méfie de Dumas. Il m'a mis dedans pour Taflaire des étudiants : on ma dindonné proprement, on avait peur que je ne voulusse rester. Je n'écris plus h Dumas. J'avais cru un moment qu'il m'était vraiment dévoué, et je lui ai même écrit des lettres très chaudes de reconnaissance! Mais j'en ai plein le dos maintenant.

Ah ça! voilà MM. Favre et Silbermann qui ne se gênent pas d'appeler Dumas l'auteur des homologues^ auxquels je me serais borné à donner un nom heureux! Je me rappelle à ce propos qu'il y a deux ans ou dix-huit mois, je causais avec Dumas dans son cabinet, de mes idées et des homologues : je lui demandai son avis. Dumas m'insinua qu'il y a longtemps qu'il avait ses idées et me rappelait le tableau qu'il avait donné lui-même. Je devinai tout de suite de quelles séries il voulait parler, mais je lui laissai prendre le numéro des Annales pour qu'il me les montrât lui-même. Vous savez que c'est celui qu'il a donné avec Stas, type acide^ Ujpe aldéhyde^ type alcool^ etc. Or, quand il eut ouvert le numéro (t. LXXIII, p. 166), je lui fis voir que dans toutes ces séries il n'y avait pas la moindre ressemblance avec les miennes. Alors il ne dit plus rien.

Si MM. Fabre et Silbermann ont voulu faire l'offrande à Dumas de ce qui ne lui appartenait pas, simplement dans le but de se faire bien voir, je dis gare! Si c'est une erreur involontaire, elle est pardonnable et je me bornerai à la rectifier poliment.

Ah î on ne me veut pas beaucoup de bien à Paris? Je m'en doutais bien. Voyez-vous, il m'arrive maintenant ce qui vous est arrivé à vousmême il y a quatre ou cinq années. On vous avait en horreur; vous savez aussi qu'avant de vous connaître, moi-même je vous ai mal jugé. On me fait une réputation d\5 mauvais coucheur, que certes je ne mérite pas. On vous l'avait bien faite à vous. Pourquoi m'en plaindrais-je?

Savez-vous que Chancel * a du courage à se mettre avec nous. C'est

1. Chancel (Guslave-Charles-Bonavenlure), né le 18 janvier 1822, à Loriol (Drôme), mort à Montpellier le 5 août 1890. Elève à l'Ecole cenirale en 1840, aide au laboratoire de Pelonze en 18i3, à l'Ecole des mines en 1846, est nommé docteur es sciences en 1848 et suppléant de Gerhardt, qu'il remplace en 1851 à Montpellier. Doyen de la Faculté des sciences le 29 juin 1863, il devient recleur le 1 août 1S10, pull membre correspondant de Tlnstitut en 1880.

certainement un bon garçon, car enfin, je ne crois pas que cela lui fasse une bonne note aux yeux de Dumas, Chevreul et C*. Mais cela ne fait rien, les vieux ne seront pas toujours au pinacle. Je considère Chancel comme une excellente acquisition pour nous.

Pensez-vous que je fasse bien de demander mon congé par écrit avant les vacances, ou ne vaudrait-il pas mieux le demander moimême au mois d'août? Il est convenu que je mettrai en avant les motifs de famille, voyage en Ecosse, etc. Je suis fermement résolu à quitter la boutique ici. Jamais je ne me suis autant ennuyé que cette année, parce que je vous sais à Paris

C'est peut-être Moigno qui a fait l'article de \ Epoque.

Article de Pelouzo sur Gcrhardt dans le journal C Epoque du 1" avril 1846.

L'allusion qui est faite dans cette lettre à un article du journal rEpoque^ attribué k Pelouze, nous permet de constater quelle était à ce moment l'opinion des sommités de la chimie à Paris sur cette lutte. Ce n>st pas une des physionomies les moins curieuses de Tétat des esprits d'alors, que cette sorte d'impassibilité des savants de haute marque de notre pays, dans une affaire qui, en somme, mettait en jeu l'honneur scientifique de deux Français vis-à-vis d'un savant allemand. On reste confondu de constater que les champions français, jeunes et profondément convaincus, n'avaient pas de soutiens officiels de leur nationalité, alors que ces mômes soutiens semblaient timidement pencher en faveur de leurs doctrines, séduisantes par la clarté, la limpidité, et ce je ne sais quoi d'élégant, qui plait toujours à l'esprit généralisateur de notre pays. Pourquoi n'employaient-ils pas ce moyen bien simple pour eux, de s'assurer par eux-mêmes de la valeur des idées, par des expériences de laboratoire ou des analyses?

Pelouze, précisément, mieux que d'autres était en mesure de répondre puisqu'il possédait les moyens matériels et les jeunes gens capables de reprendre les assertions opposées au chimiste de Giessen, pour les vérifier et apporter dans le débat le poids de leurs propres observations.

Si, en matière si délicate, on pouvait craindre un jugement appuyé sur des analyses de jeunes gens opposées aux recherches des puissants et habiles collaborateurs de l'illustre Liebig, ne pouvait-on pas former une commission où des Cahours, des

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