Scène et chœurs : En vain j'interroge
he jour se lève. Faust salue son dernier matin, et, au moment ou il approche de ses lèvres une coupe remplie de poison, des voix de jeunes filles se font entendre au dehors :
Paresseuses filles (Sopranos).
Faust hésite à se tuer, mais le chœur s'éloigne, l'idée de suicide reparaît, et le Docteur lève de nouveau la coup© fatale. Seconde tentative d'empoisonnement interrompue par un second chœur déjeunes laboureurs :
Atu: champs l'aurore noua rappelle (Ténors) .et les voix de jeunes filles semôlent.dansle lointain, au chœur des voix d'hommes, en chantant : Béni soit Dieu /
Voilà une situation bien scénique. Drame et poésie.
Dieul s'écrie Faust, il ne peut rien pour moi. Il appelle Satan, et Satan, arrive, non pas comme un diable sombre et farouche, à la fagon do Bertram, mais en diable gai, bon enfant, et sautillant comme un Maître, de Danse.
Le duo s'engage. Méphistophélès promet ses services au Docteur. Il lui offre la richesse, la
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153 CRA.HLRS QOUNOD
gloire, la puissance. Non, répond le ténor, je Teuz la Jeunesse !
A moi les plaisirs,
Lea jeunes ŒBltreeses. . .
L'affaire s'arrange aux conditions, et selon les cérémonies d'usage. Il faut conclure un pacte avec l'Enfer, et signer un parchemin. Le Docteur hésite. Alors le fond du théâtre s'ouvre, et Marguerite assise devant son rouet, apparaît derrière un transparent lumineux. merveille I dit Faust, et il signe avec enthousiasme. La houppelande du vieux docteur tombe, et laisse voir un jeune cavalier, élégamment vêtu. Les deux compères reprennent ensemble : A moi les jD^at5iV5... et ils sortent pour revoir Marguerite.
Le dialogue parlé ne figure pas dans ce tableau. On joue aujourd'hui, ce premier acte comme on le jouait en 1859, ou à peu près.
Le second acte commence par la kermesse.
Le théâtre représente une des portes de la ville. Â gauche un cabaret. Au chœur d'étudiants (basses) :
Vin ou bière BiSre ou vin
succède un chœur de soldats (basses) :
Filles ou fortereseea C'est tout un, morbleu 1
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SA VlB BT SES ŒUVRES 153
Un groupe de bourgeois arrive (ténors). C'est le chœur des vieillards :
Aux jours de dimanche et de fête. . .
Autres chœurs :
Jeunes filles (sopranos); Voyes ces hardis compères. — Etudiants (ténors) : Voyes ces jeunes gaillardes. — Matrones (sopranos) : Voyes, après ces donselles... — et toutes ces vois se réunissent dans un ensemble général. C'est un grand et éclatant tutti fort bien agencé. Dans le livret primitif, un mendiant, dont la partie vocale alternait avec les chœurs, circulait nu milieu des groupes. Le mendiant a été supprimé.
Après la kermesse, le dialogue parlé continue l'action. Valentin, le frère do Marguerite part pour la guerre. Il passe à son cou la médaille que sa sœur lui a donnée. Pauvre orpheline! elle restera sans appui. Maïs Siebel promet d'être son protecteur, eu l'absence de Valentin. Faust et Méphistophélès reparaissent, et se mêlent aux groupes. Tout cela se passe sans musique, jusqu'aux strophes de Méphistophélès : Le veau d'or est toujours debout l après lesquelles le dialogue est repris à nouveau.
C'est en parlant que Satan fait, à la ronde, ses prédictions sinistres : Wagner sera tué en montant à l'assaut; Valentin périra en duel; Siebel ne touchera plus à une fleur sans la flétrir.— Estu le diable î s'écrie Valentin. — Les épées sa
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154 CHABLSS QOUNOD
mettent en croix, et Satan recule avec force génuflexions. La musique reparaît avec le chœur :
C'est nue croix, qui de l'enfer Nous garde t
Resté seul aTecFauat,Méphistophélès annonce l'arrivée de Marguerite. Toute cette scène est parlée. Mais la valse se fait entendre, et la musique ne cesse plus qu'avec la chute du rideau. Jeunes filles, étudiants, bourgeois envahissent la scène. Le chœur (sopranos, ténors, basses) marque, en marchant, la mesure de la valse chantée :
Ainsi que la brise légère. . .
La danse, interrompue par l'entrevue de Faust et de Marguerite (Ne permetlres-vous pas, ma belle demoiselle), est reprise ensuite jusqu'à la fin de l'acte.
Au troisième acte, le jardin de Marguerite {jardin charmant, parfumé de myrte et de rose). Au fond, un mur percé d'une petite porte- A gauche, un bosquet; à droite;' un pavillon, dont la fenêtre fait face au public. C'est l'acte de la séduction, l'acte du quatuor et du duo d'amour. Marguerite ne sortira pas chaste de cette épreuve, infligée par Satan.
Siebel, au début de cet acte où le dialogue
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gA VIE ET sua ŒUVRES 155
prend une place importante, veut faire un bouquet pour Marguerite. Les fleura se fanent sous sa main ensorcelée. Il trempe tes doigts dans le bénitier, et le sortilège cesse. La scène du bénitier est une scène parlée. Les deux couplets de Siebel : Faites-lui mes aveux ne sont pas encadrés dans le délicieux récitatif que nous entendons aujourd'hui. La prose, la vile prose, remplace la musique jusqu'à l'arrivée de Marguerite. Ce dialogue, interrompu un moment par la cavatine de Faust ; Salul ! detneure chaste et pure..., recommence, comme pour jeter de l'eau froide sur la partie musicale. Dans le livret primitif, la cavatine n'était pas précédée de la courte introduction : Qud trouble inconnu me pénètre...
Faust et Méphistophélès ont péaétré dans le jardin. La cassette remplie de bijoux a été placée près du bouquet de Siebel. — Nous verrons, ditle Diable,'qui l'emportera do l'écrin ou du bouquet. — Serpent! répond le jeune homme amoureux.
Dans sa soirée d'adieux, à l'Opéra, en juin 1885, M"* Carvalho portait, à l'acte du jardin, le petit coffret qui avait figuré au Théâtre-Lyrique en 1859. L'artiste b'a jamais voulu se séparer de cette cassette qu'elle garde comme un souvenir précieux de son succès.
Satan adeviné. Marguerite préfèrerales bijoui du diable aux fleurs de Siebel. Pauvre garçon !
Faust et son compère se cachent dans le jar-
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din. Marguerite entre par la porte du fond, et descend pensive jusque sur le devant dé la scène. Elle s'asKîed près de sourouet^ et chante lachanson du Roi de Thulê, en s'interrompant et en reprenant son air. C'est l'obsession amoureuse. Elle voit le bouquet, puis les bijoux dont elle se pare :
Àhl je ris de me voir
Si belle, en ce miroir. . .
' Toute la scène de Marguerite est en musique. I^e dialogue parlé reprend après l'air des bijoux pour ne finir qu'au quatuor. Confidences de Marguerite à la vieille Marthe. La duègne ne manque pas d'expérience. A la vue des bijoux, elle dit : — 11 y a quelque amoureux ià-dessous.
Voyons, contez-moi çà... —
Faust et Méphistophélès se présentent. Satan se charge d'éloigner la vieille.
Quatuor ; Prènes mon bras...
Les couples se pronîènent dans le jardin, passent et repassent en devisant d'amour. La lilne se lève, et le jardin s'éclaire peu à peu.
Je néglige une longue scène parlée qui vient ensuite dans le livretprimitlf (l)et qui se passe entre Marthe, Siebel et Méphistophélès. Celui-ci, caché dans le feuillage , se home à faire quelques a parie.
(1) Après le mot serBtleur. Voyei page 134 de U partition (4" êditioD).
Faust est resté seul ^veo la jeune fille. Le dialogue continue : — Il se fait tard, adieu, dit Marguerite. — Faust répond : — Eh! quoi, ne pourrais-je passer une heure avec toi, ô Mar-, guérite l Ne me ravis pas sitôt mon bonheur; laisse ma main s'oublier dans la tienne. — Et le duo commence par ce» mots : Je veux contempler ton visage. Ce duo termine l'acte. On connut le dénouement.Marguerite est entréedans sa chambre. Elle est à sa fenêtre, et la toile tombe au moment où. la jeune ^e, aprèâ an premier baiser, laisse, toute haletante, retomber sa tdte sur l'épaule de Faust qu'elle a elle-môme rappelé. C'en est fait, et Satan ricane.
Le quatrième acte comprend trois tableaux.
Nous sommes d'abord dans la chambre de Marguerite. Elles ne sont plus là, chante la jeune fille en faisant allusion à ses compagnes. Au dehors, on entend un chœur de jeunes fillesc (sopranos) qui s'éloignent en riant aux éclats. Marguerite n'a pas à compter sur l'indulgence de SCS amies. Délaissée après sa faute, elle se met au rouet et file. Air : // ne revient pas. (1)
Entre Siebel. Reprise du dialogue parlé jusqu'à la fin du tableau. Marguerite raconte à Siebel, à son jeune protecteur, le départ de Faust ; — • J'étais agenouillée près du berceau, et .je lui disais : regarde cet ange que Dieunous a donné !
(1) Cet «ir avait été supprimé. Il a été rétabli dana ees derniers temps aux représentations de l'Opéra.
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158 CHARLES OOUNOD
Son compagnon est entré et l'enfant s'est éveillé en poussant des cris. Alors ils sont partis...—
Cette scène comprenait nne romance en deux couplets, de Siebel : Verses vos chagrins dans mon âme. Cette romance a été chantée aux représentations de Faust, en Angleterre, mais je ne crois pas qu'elle ait jamais, en France, fait partie du rôle de Siebel. Bans tous les cas, elle a été coupée avant la première représentation de 1859.
Marthe survient. Elle annonce le retour de Vatentin et de ses compagnons.
Deuxième tableau : Une place publique ; la maison de Marguerite ; au fond, une église. Les soldats arrivent avec Valentin. Chœur : Déposons les armes, suivi du chant devenu populaire :
Gloire immortelle de nos aïeux (Basses, premiers et seconds ténors).
Après le départ des soldats, le dialogue parlé reprend jusqu'à la sérénade. Siebel apprend à Valentin le malheur arrivé à Marguerite. Valentin furieux pénètre chez sa sœur. Méphistophélès et Faust rentrent en scène. Celui-ci a des remords. Il veut revoir sa bien-aimée et se dirige vers la maison. — Laissez-moi vous annoncer , cher Docteur, dit Satan. — Il écarte son manteau, et chante la sérénade, en s'accompagnant d'une guitace : Vous qui faites rendormie...
La fin de ce second tableau, et tout le troisième tableau sont traités en musique. Pas de dialogue. Après la sérénade, le trio du Duel ; Que voule3vous, Messieurs ? suivi de la mort de Valentin ; Par ici mes amis (Marguerite, Siebel, Marthe,
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Valentin, chœur de Bourgeois, sopraaos, ténors et basses).
Quand Valontia est mort et emporté, quand la foule a disparu , l'église qui sert de fond au tableau s'ouvre d'elle-môme, et l'œil découvre l'intérieur de l'édifice. Ce truc de féerie eut ua grand succès au Boulevard du Temple. Cest le troisième et dernier tableau du quatrième acte; c'est la grande scène de l'Eglise où l'orchestre répond à l'orgue et l'orgue à l'orchestre, oii le chœur religieux (sopranos, ténors) alterne avec le chœurde démons (basses).L'Bafer a envahi le lieu Saint. Satan, sous les traits de Méphistophélès, caché derrière un pilier, empoche Marguerite de prier Dieu, et la pousse au désespoir : Souvienstoi du passé...
Aujourd'hui, à l'Opéra, la scène de l'Eglise est le second tableau du quatrième acte qui se termine par le chœur des soldats et la mort de Valentin.Quel est l'ordre qu'il convientd'assigner à ces doux tableaux t Sur ce point de mise en scène, la lumière nous est venue, devinez d'oii et ne riez pas ? Elle nous est venue des Iles Baléares ! Consulté à ce sujet par le chef d'orchestre du théâtre de Port-Mahon, Gounod a répondu, par la lettre suivante :
« Monsieur le Maestro,
« L'ordre dramatique observé par Goethe exige
que la scène de la mort de Valentin précède la ScHte de fEglise, et c'est ainsi que moi-même j'ai conçu mon
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160 CHARLES OOUNOD
oaTDige. Cependant, certaines considérations de mise en scène ont ^t intervertir cet ordre, et, anjourdliui, au Orand-Opéra, c'est la mort dt Valentin qui termine Le quntriëme acte. On 7 trouve l'avantage d'une fln d'acte avec des masses musicales, au lieu d'une scène à deux personnages.
< Agréez, etc. Ch. Ooumod. *
Revenons au livret primitif et à la représentation de 18&9 ;
Le cinquième acte, avec ses changements i vue, ne contient plus de dialogue parlé. Nous sommes dans les montagnes du Hartz. C'est la nuit de Walpurgis. Chœur des feuz follets :
Dans les bruyères... (sopranos).
Satan a entraîné Faust dans son empire.Faust, rempli d'effroi, veut fuir. Méphistophélès la rassure. D'un geste, il éclaire le tableau.
Les montagnes s'effondrent et le théâtre représente un superbe palais, au milieu duquel se dresse une table richement servie et entourée des courtisanes de l'Antiquité. Un dessin du journal l'illustration, nijméro du 2 avril 1859,donne une idée de la mise en scène des premières représentations de l'ouvrage.
Chœur : Que les coupes s'emplissent (sopranos), et Faust, pour oublier ses amours, prend place au festin. Il saisit une coupe et chante deux couplets accompagnés du chœur :
Doux nectar en ton ivresse Tiens mon cœur enseveli....
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Bientôt le souvenir de Marguerite lui revient. II l'appelle. La nuit envahit le théâtre, les courtisanes s'enfuient, le palais s'écroule pour faire place à la vallée du Brocken. L'image de Marguerite se montre un instant sur un rocher.
Faust veut revoir sa bien-aimée. Il entraîne Méphistopbétè^ à travers les démons et les monstres qui cherchent à lui barrer le passage. Un groupe de sorcières entre en scène. Danse et chœur des sorcières autour d'une chaudière remplie d'un liquide flamboyant. Le fantastique est à son comble I
Le quatrième changement de décor nous conduit dans la prisdn de Marguerite. L'infortunée jeune fille est couchée sur la paille, à moitié endormie. Faust et Méphistophélès viennent la chercher pour la sauver de l'échafaud.
Le désespoir égara sft raison.
Son pauvre enfant 1 Dieu 1 Tué par elle I
Elle refuse de les suivre. Duo : Oui, c'est toi que faime, suivi du trio final ; Anges purs, anges radieux. Les murs de la prison s'ouvrent pour l'apothéose. Chœur général (basses, ténors, sopranos) : voix célestes ; chant de Pâques : Christ est ressuscité. L'âme do Marguerite monte au ciel, au milieu des fiammes de Bengale, Faust SG prosterne en prières, et Méphistophélès reste à demi renversé sons l'épée vengeresse do l'archange.
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162 CHARLES OOUMOD
Cette analyse du livret primitif et ce compte rendu de la première représeatation on 1859 ont quelque utilité au point de vue rétrospectif. Que le lecteur prenne la dernière édition de Faust ; en se reportant, tableau par tableau, acte par acte, à notre résumé, il verra les modifications apportées à l'œuvre telle qu'elle est représentée aujourd'hui à l'Opéra de Paris. En suivant le livret, scène par scène, nu remarquera que la partition a été augmentée et remaniée avec une grande intelligence du théâtre. C'est ,que Fauttt, œuvre lyrique, ne s'accommodait guère avec la prose. Le dialogue parlé venait trop souvent, et aux meilleurs endroits, interrompre sèchement la partie musicale. Faust n'était pas fait pour être joué en opéra-comique ; le sujet âe s'y prêtait pas. Sans doute, ce mode de représentation s'imposait alors au théâtre du Boulevard du Temple. Toujours est-il que le dialogue nous semble, à nous qui connaissons Touvrage par l'Opéra, un véritable contre-sens.
Le croirait-on? Faust fut accueilli sans enthousiasme. Comme Sapho, le nouvel opéra de Gounod était en avance sur son temps. Il déroutait les habitudes du public, des chanteurs et des critiques. Ce ne fut qu'une sensation, pour nous servir d'une appréciation bien juste, dite par l'auteur lui-même. L'ouvrage aurait même sombré sans le chœur des vieillards et le chœur des soldats. La scène du jardin, qui, à notre sens, est l'œuvre la plus saisissante de toutes les
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SA VIE ET ses ŒUVRKS W3
œuvres de Goiinod, ne fut pas comprise par le public. Le chœur des soldats au contraire produisit un grand effet. Ce fat comme un clou qui sauva l'opéra de l'indifférence générale, et l'éleva au-dessus d'un succès d'estime. —Que c'est beau ! s'écriait-on. Quelle couleur ! Comme c'est bien allemand ! — On ne savait pas que le chœur des soldats n'avait pas été composé pour Faust. Ce chœur n'était pas un chant de guerriers allemands, mais un chant de soldats cosaques, qui faisait partie d'un opéra, écrit sur le livret d'Henri Trianon, et intitulé Yvan de Russie ou Yvan le Terrible.
Gounod avait presqu'entièrement terminé cette partition en octobre 1857. Au mois de novembre suivant, les journaux annonçaient que le compositeur, dont la santé avait donné de graves inquiétudes, était complètement rétabli, et qu'il avait la, ou plutôt chanté, devant A. de Royer, directeur de l'Opéra, ud grand ouvrage : Yvan le Terrible. Telle est l'histoire du chœur des soldats de Faust.
Yvan le Terrible ne fut pas représenté, mais, comme les morceaux en étaient bons, Gounod les utilisa soit dans Faust, soit dans d'autres œuvres.
Voyons maintenant l'opinion de la critique sur Faust, après la première représentation du 19 mars 1859. Les feuilletons sont nombreux et contiennent des opinions bien divergentes. Nous n'en citerons que quelques-uns, parmi les prin-
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CHARLES aODNOD
cîpaux. Commençons par le compte rendu de Berlioz, dans le Journal des Débats. L'article est très favorable à Gounod :
t Voici les nombreuses beautés que je puis signaler dans la partition de Fautl , après l'avoir entendue deux rois.et en commençant par constater le grand et lâgitime succès qu'elle a obtenu. Dans l'introduction instromentale qui remplace l'ouverture, se décèle le savant harmoniste. Le caractère de ce morceau est celui d'une triste rêverie ; il fait vivement saillir la fraîche et joviale villanelle qu'on entend bient&t après. Le solo de Faust, accompagné des instruments de cuivre succède k cette Jolie
cliansou rustique Après l'apparition de Mèphisto»
ptiélès, ce prologue se termine par un duo dont le style ne parait pas assez releva ; il est instrumenté d'ailleurs avec trop de violence, les violons crient trop constamment dans le baut.
« Le premier acte s'ouvre par on chœur populaire plein d'entrain , dont le thème préparé par les ténors, passe ensuite aux soprani et circule dans les diverses parties vocales avec une aisance et un brio remarquables.
( A la acâne de la fontaine de vin , on entend un beau chœur d'hommes d'une rare énergie, et dont te thème revêt avec bonheur et à-propos la forme des chorals. La couleur religieuse de ce chant se trouve parfiùtement justiâêe par l'intention des chanteurs de conjurer le mauvais esprit.
< Bien de plus naturel et de plus gracieux que la phrase de Marguerite si délicieusement dite par M** Carvalho h son entrée : Je ne suis demoiselle, ni belle.
( Je ne puis me rappeler la forme ni l'accent du petit morceau chanté par Siebel cueillant des fleurs dans le jardin de Marguerite.
( L'air suivant de Faust : Salut, demeure ehaatê «t
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pure, m'a, an contraire, beaucoup touché. C'est d'un beau sentimeQt, trSs vrai et tr&s profond. Le violon flolo qui accompagne le chant du ténor nuit peut-Stre plus qu'il ne sert à l'effet de l'ensemble, et je crois que Duprez avait raison, quand il dit un}our, ii propos d'une romance où un instrument aolo l'accompagnait ou plutôt l'importunait dans l'orchestre : < Ce diable d'instrument, avec ses traita et ses variations, me tourmente comme une mouche qui bourdonnerait autour de ma tète et voudrait toujours se poser sur mon nez. d
* Ici pourtant l'instrument solo n'exécute pas précisément des traits et des variations ; il est même employé avec réserve. Quoi qu'il en soit, l'air, je le répète, est délicieux. On l'a applaudi, mais pas assez : il méritait de l'être vingt fois'davantage.
t ... La chanson du roi de Thulé est écrite dans un des tons du plain-chant, ce qui lui donne un tournure gothique bien motivée; elle est interrompue par un court récitatif, et cette interruption ne me semble pas suffisamment motivée : je voudrais entendre la jeune fille chanter tout droit sa vieille chanson.
« .,. Mai^uerite chante un morceau doux et gracieux, après avoir essayé la parure qu'elle a trouvée dans un toSrot, et l'on entend en même temps des coups sourd» de cymbales et de grosse caisse . L'auteur a certainement eu ici une intention, mais je ne la devine pas.
t Tout est bien frais, bien vrai, bien senti, dans le quatuor entre Méphisto, la vieille Marthe, Mai^uerite et Faust. Cette belle scène eût pu être mieux disposée pour la musique par les auteurs du lîbretto; telle qu'elle est, le compositeur l'a supérieurement rendue. Rien de plus dous que l'harmonie vocale, si ce n'est l'orchestration voilée qui l'accompagne .Cette isharmante demi-teinte, ce ■ crépuscule musical caressent l'auditeur, le charment, le fascinent peu h peu, et le remplissent d'une émotion qui va grandissant jusquli la fia. Et cette admîr^le pag«
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160 CHABLES QOUNOD
est couronnée par un monologue de Marguerite k sa fenêtre, où la pasaîoh de la jeune fille éclate à la péroraison en élan de cœur d'uae grande éloquence. C'est li>, je cioia, te chef-d'œuvre de la partition.
< Dans ce morceau où d'ingénieux enlacements enharmoniques amènent de ai beUea modulations, te timbre du cor et des flûtes est emplojé avec le plus grand bonheur. Dans un passage du morceau précédent, au contraire, à ces mots : Pétioité du ciel I l'intervention des trombones me parait moins heureuse.
< Le troisième acte s'ouvre par la romance de Marguerite abandonnée. Elle est assise à son rouet et &le. De quoi s'agit-il? De la douleur profonde de la pauvre enfant, de son amour dédaigné, des angoiaaes de son cœur. Le musicien ne doit là songer à exprimer rien autre chose. Pourquoi donc avoir encore introduit dana l'accompagnement cette espèce de ronron qui veut imiter le bruit du rouet î Schubert fut peut-Stre excusable, dana un morceau de chant non destiné au tbéUre, de vouloir bien faire penser au rouet qu'on ne pouvait voir. (Si tant est que l'idée du rouet ait la moindre importance). Mais dans l'opéra, on le voit, Marguerite file en réalité; l'imitation n'est donc nullement nécessaire.
Le chœur des compagnon de Valentin r Déposons ks armes, eat joli ; le thème de la marche, richement instrumenté d'ailleurs, manque de distinction. La phrase épisodique du milieu est ingénieusement accompagnée d'un dessin d'ophicléide au grave. Le crescendo de rentrée qui ramène le thème devrait être, à mon sens, un peu plus long et faire attendre et désirer davantage l'explosion finale.
1 Cette marche a été redemandée k grands cris, et l'on a peu applaudi l'air exquis de Faust au deuxième acte !!!
» La sérénade de Méphistophélès est peu saillante. On a remarqué pluaieura psaaages d'une excellente intention. dramatique dans l'ensemble de la scène de la mort do
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Valentin. Celui ; Ce qui doit arriver arrive à Fheure dite, est accompagné de siaistres harmonies, puis les trombones jettent de beaux cria d'horreur, et l'enaeinble des cris du peuple tennîne supérieurement ce beau morcea^. C'est grandiose. La scène de l'église, avec l'orgue et les chants religieux mSlês aux imprécations de Méphisto, est supérieurement traitée. >
■ Le cinquième acte est précidé d'an entr'acte instrumental trop long. Ce n'est pas à minuit moins an quart, quand il a encore de si terribles choses à nous dire, que le compositeur doit s'amuser à faire jouer des solos de clarinette.
Cet acte toutefois est fort court. La fameuse scène de Ift prison l'occupe presque seule. La tftcbe du musicien était ici bien difïïcile à remplir ; ce désespoir affreux, cette fille folle couchée sur la paille, ces cris désespérés, les supplications inutiles de Faust, tout cela est trop tendu, trop violemment, trop physiquement douloureux pour la musique. Puis, quand Méphistophélés survient et crie : < Hâtez-vous ! mes chevaux s'impatientent ! ï il faut une rapidité d'interjections, une accentuation brève, impérieuse, sifflante, sî Je puis ainsi parler, qu'on ne sait comment obtenir des chanteurs, surtout en France où ils filent des sons dans les récitatifs pour dire : «oui ! non 1 tu mens ! viens donc ! > Apres quatre heures de musique, on éprouve toujours une grande fatigue. En conséquence, de cet acte, à dire vrai, je n'ai qu'une idée confuse et j'ai besoin de l'entendre k nouveau avant d'en parler. >
Voici maintenant des fragments de l'articlo publié par Scudo, dans la Revue des Deux-Mondes : — Les seules choses remarquables du premier acte, dit ie critique, sont : une petite symphonie pastorale qui annonce l'arrivée du
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jour, un chœur matiual qui se chante derrière la coulisse, et quelques détails d'orchestre pendant la vision de Marguerite. Au second acte, le récitatif de Valeotin, 2iinsi que le chœur qui en forme la conclusion (chœur des épées), est de ce style solennel et court qui rappelle les oratorios d'Ha€ndel. La valse avec chœur est charmante et délicieusement instrumentée. Ce morceau, avec le chœur des vieillards, forme les deux parties saillantes du second acte. —
La cavatine de Faust, au troisième acte, qui avait si profondément ému Berlioz, ne plaît pas à Scudo ;
• L'air daoB lequel Faust s'efforce d'exprimer le ravia- Bementoù l'amisla vuede lajaunefllledont il va briser la destinée, n'a de remarqiiable qu'un accompagnement discret et délicat, où l'on distingue un Tiolon solo qui en suit les contours, mais le dessin de l'idée eât vagae et flotte incessamment entre la mélopée, et la mélodie proprement dite. C'est le défaut constant de U. Gounod. Tel est aussi le défaut qu'on peut reprocher à tout ce que chante Marguerite, lor'sque, rentrée dans sa petite maison, elle trouve la fatale cassette remplie des bijoux précieux dont elle se pare avec tant de bonheur. ■
Le quatuor du jardin lui sug-gère les restrictions suivantes :
• Comment M. Goanod a-t-il traité cette situation unique ? Comment a-t-îl fait parler ces quatre personnages divisés en deux groupes, l'un composé de Marthe et Méphietophélès, exprimant le désabusement et la mo-
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querie ds 1& *ie, l'autre de Marguerite et de Faust, effeuillant la fleur de l'idëal et s'enivrant de ses parrums ? Le musicieu a-t-il trouvé un thâme saillant aur lequel il ait pu jeter toutes les fleura de ea fantaisie, tous les cris de son cœur, sans interrompre lefll du discours commencée A-t-il fait un de ces morceaux savants dont l'unité de conception n'empâche pas la variété des modes, un morceau d'ensemble comme le trio du Pré aux Cltrc», le quatuor de Zampa et tant d'autres que Je pourrais citer ? Non, ce n'eat pas ainsi que procède le musicien, et dans toute la scène dont nous venons de parler on ne remarque guère qu'uoe harmonie fine et choisie, et parfois des bouffées d'aooeuts et d'acuords d'une suavité pénétrante qui rappellent le style de Mozart.
« Les mêmes qualités gracieuses et le mêmedéfautd'unité se retrouyent dans la scène d'amour qui suit entre Faust et Marguerite, qui se retire ^ns sa chambrette. Ce n'est pas uc duo, c'est un dialogue libre et passionné dont l'aceompagnement surtout renferme des harmonies et des sonorités raviasantes. •
La marche, critiquée par Berlioz, est, an contraire, approuvée par Scado.
« Le chceur de Soldats qui accompagnent Valentin et qu'annonce une belle marche militaire, est un chefd'ceuvre du genre. Le chœur est redemandé tous les soirs par le public charmé. Il n'en advient pas autant à la sérénade que Mé phi s top hélés veut ricaner à la porte de Marguerite, car c'est un morceau insignifiant, qui prouve décidément que le diable ne porte pas bonheur \ M. Oouuod.
t Le trio du duel entre Valentin et Faust, aidé sournoisement de Méphistophélds, aurait pu être d'une cou-
170 CHABIES aOUNOD
lear plus franche et plus satanique. Je préfSre la scène où Valentin expirant maudit sa sœur... Ce récitatif haletant de Valentin, avec les murmures du choeur qui en absorbe les éclats, est d'un bel effet sans donte, mais trop écourté et laissant à désirer un développement plus grandiose. A ce tableau pathétique en succède un autre qui en est la contre-partie : je veux parler de l'admirabla Bcàne qui représente Marguerite priant daas l'église, et qui, danslepoftme de Oœthe, est d'une beauté sublime. Il ne nous semble pas que M. Gounod ait tiré tout le parti possible du contraste que lui offrait cotte situation unique dont on a tant abusé depuis. Les reproches amers du mauvais esprit, les sanglots de la pauvre flUe repentante et le chœur invisible qui chante la terrible prose du Dits ira avec l'accompagnement de l'orgne, ne forment pas.dans la composition de U. Oonnod, un ensemble puissant à la hauteur de la conception du poète. Je louerai cependant le cri de ij^sérîcorde que pousse Marguerite éplorée...
« Je ne trouve rien k signaler dans tont le cinquième acte que quelques passages du duo de la prison de Faust et Marguerite, particulièrement la terminaison en trio, lorsque Mêphiatophëlès vient presser le départ des deux amants. ■
Après avoir discuté les tendances du compositeur et son interprétation musicale du personnage de Méphistopbéiès, le critique de la Revue des Deux-Mondes ajoute :
• Ce qu'on ne saurait trop louer dans l'œuvre de M. Gounod, c'est la distinction constante du style, c'est la goût parfait qui éclate dans les moindres détails de cette longue partition, c'est le coloris, l'élégance suprême et la sobriété discrète de l'instrumentation oîi se révèle la main d'un maître qui s'est abreuvé aux sources pures et sacrées. »
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Il conclut ainsi :
' A. dire vrai, M. Gounod a fait une œuvre éminemment distinguée b côté de celte dont il a'est inspiré.iaais te musicien ne s'est point emparé de ta vaste conception du poète aUeraond; il n'a point aeeez râusai à s'approprier ia donnée épique de Oœtlie pour rendre tonte tentative nonvelte impossible ....
■ .... On ne refera Jamais ta musique des Nozt» dt Figaro, ni le Bon Juan de Hozart, pas pIuB que le Frtyichuts et Robert b Diable, On pourra revenir au sujet de Faust, mais en tenant grand compte de la partition de H. Gounod qui renferme des parties exquises. *
On voit, par ces deux comptes rendus, que Berlioz et Scudo avaient sur Faust des appréciations différentes, et que les deux critiques ne sont pas toujours d'accord avec l'opinion publique actuelle. Le cinquième act» reste incompris de l'un et de l'autre.
Dans un article sur la Critique, article écrit par Gounod, et dont nous avons parlé au chapitre précédent, on lit les lignes suivantes ; « Un critique, dî primo cartello, M. Scudo, rendant compte de Faust, fît entr'autres remarques celle-ci : Nous ne dirons rien du cinquième acte, il n'existe pas ! Ce que je cite, on peut le vérifier dans la Revue des Deux-Mondes, journal du haut duquel ce publiciste accrédité rendait alors des sentences avec un* autorité qui^ selon l'espression d'un de mes amis, ne tenait qu'à un fil, le fil de la Vierge, romance dont M. Scudo était l'auteur, et qui avait joui d'une certaine vogue. »
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172 CHAULES aOTINOD
Le feuilleton de Paul de Saint- Victor, dans la Presse, est très élogieux. Nous en extrayons le passaffe suivant, relatif à l'acte du jardin :
< ... Au secoQd acte, si plein, si coloré, si émouvant, je préfère encore le troisième, et sa céltste monotonie. Nous sommes dsna le Jardin de Marguerite. Qui ne le reconnaît, pour s'y être mainte fois promené, en rive, ee jardin sacré?... ■
Plus loin ;
• . . , , A-lors éclate le duo d'une ineffable ferveur. Ce n'est pas une séduction vulgaire qu'il exprime, mais le ravissement de la passion partagée, l'amour pieux comme l'adoration, et prenant à témoin les astres de sa pureté et de son ardeur. A ce beau songe, succède le réveil, la lutte de la vierge qui ee sent perdue, et supplie l'amant de partir. Faust va s'éloigner. Mêphistophélès le retient. Marguerite a regagné sa chambre, mais son cœur est plein, n laut qu'il déborde; elle ouvre sa fenêtre, et chante aux étoiles le Cantique det Cantiques de la partition. L'hymne que contenait la présence du bien-aimé jaillit de son sein avec une entraînante effusion; il s'enfle, il s'exalte, il se grossit de larmes et d'émotions redoublées..., il ferait éclater la poitrine de la jeune enfant, si Faust n'accourait recueillir sa dernière note sur ses lèvres...'
Nous remarquons encore ce passage, à la fin du feuilleton :
* La mélodie de M. Oounod ne se détache pas encore en saillie; elle reste engagée dans les vapeurs subtiles dont l'orchestration l'enveloppe, mais ce voile flottant
lui sied à ravir. Elle apparaît plus touchante, au fond de ce clair obscur.... >
Et là journal la Presse, par la plume de Paul de Saint-Victor, désigruait l'auteur de Faust comme un des chefs de la jeune école. — (Presse, 27 mars 1859.)
C'était aussi l'avis de B. Jouvin : ■— Félicien David et Gounod, écrivait-il dans le Figaro, sont deux grands symphonistes ; Herculanum et Faust sont deux tentatives de rénovation musicale, d'une égale importance toutes deux. — Voici quelques extraits de l'article de B. Jouvin (mars 1859) dans le Figaro, alors journal non. politique et bi-hebdomadaire :
«. . . Nous voici dans le laboratoire du docteur Faust. La ritournelle instrumentale qui nous j introduit m'a semblé prendre bien des détours pour arriver jusque lit. Le musicien a attaqué son opéra, comme s'il eut eu & traiter une symphonie ; ce qui est toujours un tort. li'auditeur d'une symphonie est fait pour attendre. Le spectateur d'un opéra ne le sait pas, et ne le veut point. A l'exemple du public, qui a foi dans le grand talent deM.Oousod, je fais crédit au musicien jusqu'au second acte....
• Ce second acte est superbe. M.Gounod a payé ce qu'il devait d'arrérages au public, et ce qu'il se devait à luimême. L'acte débute par trois chœurs d'une égale beauté s'enchaînant, se complétant tous les trois, mais se faisant contraste par le rhjthme,par la couleEr,par la situation, etc . . .
« Ce n'est pas sans un peu d'hésitation que j'aborde le troisième acte. Je reconnais, sans me faire prier, que le
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174 CHARLEB OOUNOD
compositeur a fait dea efforts prodig^ieux pour se mftiatenir à la hauteur de la poésie de Qœthe. En étudiant Bs musique eu détail »t de près, il aembls qu'il y ait réussi. La ballade du roî de Thulé est d'un ton suave et d'un charma cxquia. L.a mélodie m'en a oemblé on pen vague, un peu Indécise; tranchons le mot, cherchée plutôt que trouva... Ce manque de souffle mélodique est spnsible surtout dans l'air que dit la jeune fille en admirant les diamants, vraî cadeau du diable...
( Ce troisième a«te a paru monocorde et un p«u long. L'unit6 de couleur j est, si tous voulez, scrupuleuse' ment observée, maia il n'est pas de qualité qui, en s'exagérant, n« devienne us défaut. .. . ■
B. Jouvin n'aime pas la scène du jardin. Il lui préfère le deuxième et le quatrième actes. — Selon lui, le deuxième acte tout entier, et le quatrième acte, dans ses principales parties, «ont de nature à impressionner le public quel qu'il soit. Le reste de l'ouTrage est écrit dans une gamme plus tempérée. Pour bien le comprendre, pour en apprécier les qualités, il . faut que l'auditeur ait une initiation préalable.—
La Gasette musicale a plus d'enthousiasme que B. Jouvin pour le troisième acte :
«... Le quatuor de la promenade est coupa d'une manière très originale, ninai que la situation l'exigeait. Il s'; trouve des phrases très distinguées, et un ensembls vocal très court, mais très habilement dessiné. U est suivi d'un morceau de symphonie vivement coloré, où les violons, les harpes, les instrumenta à vent marient leurs sonorités diverses de la Taçon la plus pittoresque et
la plus cbarmante. Puis vient le duo d'amour : taUstmo*. ... et on peu plus loin : nuit d'amour. . . Il ; ti là d'admirables Guntilènes, tendres, pleines de cette terrible ivresse de l'imagination et des sens qui fait taire la raison et encbalae la volonté. Ce beau morceau ne laisserait rien Jr désirer si les rhjtluncs en étaient plus variés, ai Vandante n'y tenait- pas une aussi grande place. Alors, il produirait plus d'effet, maia, tel qu'il est, il en produit beaucoup. Ce troisième acte a un trds grand mérite. Il est bien- regrettable que l'auteur ne se soit pas tenu, dans les deux derniers, li ce niveau. Cependant on trouve encore au quatrième acte un beau chœur de soldats .... Après ce cbœur, la sérénade noaa a parti mldiocre. Le trio qui suit ne vaut guère mieux. Le morceau d'ensemble oii Valentin- expire, après avoir maudit si longuement sa sœur, est physiquement invraisemblable, t
La Hcêne de l'église ne plaît point au critiqua de la Gaiette Musicale, L. Durocher :
t Tout ce que Uéphietophélès dit, dons cette scène, nous a paru, musicalement parlant, commua et déclamatoire, et le plain-^hant du tHcs tr» ne fait point d'efFet.
t On nous permettra de ne signaler dans le Sabbat du
Brocken que la chanson b boire de Faust Il ; a un
moment ob de petits monstres hideux viennent gambader à quatre pattes sur la scène, . en poussant des hurlements qui ne répondent k aucune intonation. Ce n'est plus de lamusique. Quant au Irio ilaal, nous l'avons écouté, mais nous ne l'avons pas entendu. C'est ce qui arrive souvent au bout de ces opéras en cinq actes si erueffement.' bourrés de musique. »
Le journal V Illustration ne s'était pas contenté
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176 CHÀBLBI aOOKOD
de publier un graud dessiu représentant la décoration de MM. Cambon et Thierry (deuxième tableau du cinquième acte); il inséra un loog compte rendu signé G. Héquet :
( Le duo du troisiâme acte, dit G. Uéqnet, est trds vivement coloré, plein de passion et d'enivrement. Il est divisé en plusieurs parties, qui toutes ont pour thime □ne cantUéne élégante, expressive et largement développée ; et cependant il manque, — à mon avis, que je ne donne que pour ce qu'il vaut, — il iKanque k ce duo quelque chose. Et quoi? de la variété, des contrastes et l'animation que les mouvements rapides communiquent aux compositions musicales. Un andante k trois temps succède ou Tait place, je ne sais plus lequel, à un andanta à quatre tempe. Tous deux sont beaux ; mais l'un nuit à l'autre. Malgré le mérite qu'os ne peut contester aux différentes parties dont ce morceau est composé, l'ensemble ne me paraît pas irréprochable; on j voudrait un plan mieux arrêté, plus clair, plus facile k saisir
c Ce troisième acte est évidemment le meilleur des cinq. II n^ a guâre à remarquer, dans le premier, qu'un petit air, dit par le hautbois, dans l'introduction qui tient lieu d'ouverture.,. L'évocation de Satan me paraît manquêe. Le duo de Faust avec Méphistophélàs n'est qu'un tissu de cris brutalement accompagnés. Il ne faut pas oublier pourtant la petite sj^phonie que l'orchestre exécute pend a ut l'apparition fantastique de Uarguerite...
« ... Au second acte, Faust se mêle aux ébats d'une kermesse, accompagné de Méphistophélès qui s'empare du rôle principal, chante une chanson comique, offre aux buveurs du vin qui se change en feu, etc. Des soldats qui se trouvent là veulent punir le diable de ses mauvais tours, et leurs épées se brisent dansleurs mains. Ile les retournent alors.et en présentent les poignées en lorme de croix, en entonnant un chant religieux, un
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SA TIB GT SBS ŒUVRES 177
cAora{,qui a beaucoup de o&rftctère et fait un grand effet. Le diable parti, le bal champStre commence. Il y a là une fort jolie valse, accompagnée par les voix, — un p«u trop fort, malheureusement.
( Les deux derniers actes sont bien plus faibles que les trois premiers. Marguerite, abandonnée, s'est remise à son rouet, et chante, en filant, un air lamentable qui ennuie les auditeurs au lieu de les apitoyer sur son sort . Quand les soldats ont exécuté, au bruit des fanfares, le beau chœur dont j'ai parlé, Méphistophêlôs, qui a son projet, parait avec Faust, et chante, sous lesfeaêtres de la belle délaissée, une sérénade pire encore que sa chanson du second acte. Valentin, le frère de Marguerite, qui est outré de sou déshonneur, car sa faute a eu toutes les conséquences que vous pouvez imaginer, sort l'épéa à la main, provoque Faust et tombe bientôt la poitrine percée de part en part. En cet état il se met à vociférer un grand air con coro où il accable sa sœur d'invectives, et lui lègue sa malédiction, trois ou quatre fois répétée. Cette scène est beaucoup trop prolongée, tant au point de vue dramatique qu'au point de vue musical. La situation est pénible, Marguerite n'y sait quelle contenance tenir, et l'air manque d'intérêt mélodique.
< La scène de l'église n'a pas mieux inspiré le compositeur... etc. >
Ëtj après d'autres critiques, le rédacteur musical de V Illustration trouve que M°" Carvalho est peu à sa place dans le rôle de Marguerite t
Le Journal amusant du 16 avril 1859, tout comme V Illustration, publia un dessin sur Faust. C'est un dessin de Nadar, au bas duquel on lit cette légende : — Après avoir paru avec succès
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sur toutes les scènes, Faust, s'aperçoit qu'il a oublié les bravos sur la scèae du Théâtre-Lyrique. En avant la musique I —
Le Diable à Paria, 21 mars 1859 :
■ Nous RTOns eu beaucoup de Faust, dans ces derniers temps. Le nom de Gœthe a voltigé sur toutes les lèvres. Méphistophélàs est devenu à la mode ! Le Qnnd diable Allemand aemblait avoir chaussé les BoUet à BattUn (chanson que l'on chantait partout sur l'air des LascîerB), tant son succès a été grand. Les dames de Bréda Street, elles-rnSmea, au lieu de ee tirer les cartes, effeuillaient des marguerites, *
Bans la Causerie du 26 mars 1859, Victor Cochinat reprochait à M. Carvalho les queues formidables qu'il ameutait chaque jour devant son théâtre ; ce qui gânait la promenade des rentiers.
Dans l'Enir'acte, Albéric Second appelait le Théâtre-Lyrique : Le grand opéra du boulevard du Temple.
Jules Noriac écrivait dans le Figaro-Programme du 21 mars 18âd :
f Les morceaux les plus remarqués dans Fauil sont : Le choeur des Soldats et celui des Bourgeois ; l'entrevue de Faust et de Marguerite qui revient au dernier acte ; la romance du Roi de Thulé ; enfin le grand air chanté par M" Carvalho, et deux ou trois morceaux chantés par Balanqué. En somme, tout serait i louer dans l'ouvrage, si l'auteur avait le courage de
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recommencer le chœur des Sorcières et la sérénade de Mépbistophâlôs . Le chœur des Sorcières est une nullité. La sérénade, cette fille des Espagnee, est pastichée des auteurs germainH, si bien qu'on croirait volontiers «lu'il y a de la choucroute dans la mandoline du Diable... >
Le Tintamarre (27 mare), lui aussi, voulait douner son avia sur Faust. Il consacre un article à l'opéra de Gounod pour célébrer le chœur des Soldats et la scène du portail.
Le Charivari (28 mars) publie un long feuilleton, sous forme humoristique. II y a trois opinions sur Faust, dit le rédacteur musical qui signe Paul Girard :
* La première consiste à prononcer Faousi. Le parti Faouit se compose des admirateurs frénétiques . La seconde opinion : Fott. Le parti se compose des détracteurs. Le troisième parti dit : Faust. C'est le plus nombreux ; c'est le parti des gens impartiaui. . . *
Et le rédacteur fait dialoguer séparément ces trois partis entr'eux, après chaque entr'acte, sur le boulevard. Dialogua entre Fostistes :
< C'est une sjmphonie. — Un oratorio. — La pièce se joue dans l'orchestre. — Toujours la même note ! — Rien que des andantcs. — Un allegro I Mon royaume pour un allegro!.... »
Impressions d'un faoïisHsto sur le chœur des Soldats :
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180 CHABLB3 GOUNOD
c II 7 a U un ehœui et une marche qui lont des chered'<BUTre 1 C'est bien là l'entrain guerrier de l'Allemagne et du mojen-age !... Comme ce Faoast est beau..., etc. ■
Terminons là nos emprunts. Nous n'en finirions pas, ei noue reproduisions, par fragments, les comptes rendus des autres journaux, petits ou grands. En résumé, le succès de l'ouvrage fut douteux et contesté. La guerre d'Italie arriva, et les recettes tombèrent à 1,800 francs.
Au mois de septembre 185d, Faust fut repris au Boulevard du Temple, pour la rentrée de M"" Carvalho et les débuts du ténor Guardi.
Cette reprise ne fît pas grande sensation. Les journaux vanlèrent encore le chœur des Vieillards et le chœur des Soldats. — Ces morceaux, et quelques autres, disait la Gaseite musicale, sont d'uQe mélodie plus facile. Ils servent à détendre un peu l'attention, et l'on s'y repose agréablement, comme les Arabes dans leurs oasis. —
Le ténor Guardi, le même qui avait dû jouer Faust à la création, tomba de nouveau malade. Cet artiste, fort bien de sa personne, n'avait pas une grande habitude du théâtre. Sa voix était assez étendue. On lui reprochait de la forcer, ce qui la rendait chevrottante .
On voit que Guardi ne portait pas bonheur à Gounod. Cette indisposition interrompit encore une fois les représentations de Faust. Un mois après, on annons^a une seconde reprise avec le ténor Michot. Gounod avait composé tout exprès
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une nouvelle symphonie, au commencement du cinquième acte, pendant les fêtes de la nuit du Waipurgis.
Eu 1860, M. Carralho quittait momentanément la direction duThéâtre-LjTique,et était remplacé par son secrétaire, M. Réty. Il faut croire qu'une reprise de Faust n'inspirait pas g'rande confiance au nouveau directeur, car, pendant les deux années de son exploitation, l'opéra de Gounod ne figiira pas sur l'afBche.
Ea 1862, Is 30 octobre, ent lieu l'inaugruration du nouveau Théâtre-Lyrique de la place du Châtelet. Le spectacle commença par un Hymne à la Musique, composé par Gounod , pour la circonstance, et chanté par tout le personnel du théâtre. M"" Visrdot et M"' Carvalho figuraient au milieu des chœurs :. De beaux effets d'orchestre, disait-on, de nobles harmonies, mais aucune mélodie saillante.
M. Carvalho rentrait comme directeur. Faust reparut avec lui. Monjauze remplissait le rôle du ténor.
L'opéra revenait en quelque sorte de l'étranger. Faust, traduit eu plusieurs langues, avait été joué avec succès dans plusieurs villes d'Allemagne, et même en Italie. L'Italie, alors si rebelle à l'influence de l'art français, et si inhospitalière pour notre musique, avait acclamé, à Milan, l'œuvre de Gounod avec un réel élan d'admiration.
C'est de cette reprise au Théâtre-Lyrique (place
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188 CHARLES OOUNOD
du CliÂtclet), en décembre 18C2 , que date véittablement, à Paria, le succès de Faust. L'ouvrage fut représenté 70 fois pendant l'hiver, et resta toujours au répertoire. Le Lyrique ayant cessé d'exister, Faust émigra à l'Opéra.
La mise en scène au nouveau tîtéâtre , avait subi quelques changements. On purgea le Walpurgis de bon nombre d'horrenrs. Le fameux truc, par lequel l'église s'ouvrait d'elle-même , fut supprimé, à cause de l'exiguïté de la scène.
Et que disaient les journaux, à l'occasion de cette reprise t Pas grand'chose de nouveau : On pensait cependant que Faust aurait plus de succès qu'à la création, bien. que l'opéra, pris dans son ensemble, ne fut pas l'œuvre d'un mélodiste ! — Les deux années qui viennent de s'éconler depuis la première représentation de Faust, ne lui ont pas été favorables, écrit Scudo, dans la Revue des Deux-Mondes. Il ajoute : on peut louer au 2"' acte le chœur des Vieillards, et la la Valse... Au quatrième acte, on remarque le chœur des Soldats, et surtout le récit de Vatentin mourant, etc.... —
Scudo donnait depuis longtemps des signes d'aliénation mentale. Â cette époque, il approchait de cette crise aiguë de folie furieuse qui devait l'emporter en 1864. Henri Blaze de Bary (fils), lui succéda à la Bévue des DeuX'Mondes, etGounod ne trouva pas dans cet écrivaio.fîls de traducteur, traducteur lui-mdme, un critique plus impartial que Scudo. Gounod tombait de Charybde en Scylla !
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— Pourquoi, écrivait Blaze de Bury, cette reprise de Faust (septembre 1864, avec Michot), après l'échec de l'an passé ¥ {La Reine de Saba). C'est un siug^ulier succ&s qui court l'Europe, à la faveur de certaines circonstances extra-'musicales.... —
Après cela, croyez donc à l'infaillibilité de la critique !
Au mois de mars 1868, M. Carralho réunit à son exploitation la salle Ventadour. Le Théâtre- Italien lui était livré à de certains jours. C'est ainsi que Faust fut représenté comme spectacle d'inauguration pour l'exploitation nouvelle. Aux Italiens , M"" Carvalho remplissait le rôle do Marguerite ; Massy, celui de Faust ; Troy, Méphistophélès ; Barré, Valentin.
A la fin de cette année 1868, les journaux annoncèrent que Tcetivre de Gounod entrerait prochainement en répétition au Grand-Opéra. On disait encore que l'auteur était à Rome, mais qu'avant son départ, il avait remis au Directeur, M. Perrin, la musique d'un grand ballet destiné à être intercalé au cinquième acte, ainsi que la musique d'un nouveau morceau pour le rôle de Méphistophélès.
La première représentation eut lieu à la salle de la rue Le Peletier, le 3 mars 1869. Les interprètes étaient : Colin (Faust) ; Faure (Méphistophélès) ; Devoyod (Valentin) ; Gaspard (Wagner) ; M"' Nilsson (Marguerite) ; M'" Mauduit (Siebel) ; M°" Besbordes (Marthe).
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ISi CHARLES GOUNOD
Splendide mise en scène I Les décors étaieat de Despléchin et Lavastre, Cambon, Rubé et Chaperon. Le divertissement avait été réglé par Juatamant.
< Â l'Opéra, les auteurs supprimèrent naturellement le dialogue parlé. Le musicien le remplaça par des récitatifs, qui d'ailleurs avaient été écrits en partie pour la traduction italienne. D'autres remaniements furent opérés.
C'était la première fois que l'œuvre d'un compositeur français, déjà jouée SUT un théâtre de musique, était admise k l'Opéra. Aussi, cette innovation avait-elle piqué la curiosité des artistes et du public. On se demandait si la partition, écrite pour le Théâtre-Lyrique, s'accommoderait du vaste cadre de l'Opéra. On craignait surtout que le rôle de Marguerite, tout rempli do fines ciselures et de charmants détails, ne se trouvât diminué, et en quelque sorte étouffé sous la coupole de- cette salle spacieuse. Les doutes furent vite dissipés. Les pages les plus intimes de l'œuvre ne perdirent rien de leur charme, et les parties dramatiques prirent des proportions tout à fait inattendues. C'est ainsi que la Valse, la scène de l'Eglise, la mort de Valentin (morceau bien chanté par Devoyod), et le trio final révélèrent des effets tout nouveaux. Par contre, quelques morceaux qui, chaque soir, au Théâtre-Lyrique, enlevaient les applaudissements de toute la salle, furent beaucoup moins remarqués. Le chœur des Vieillards ne fut pas
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SA VIB ET ËES ŒUVBRS 185
bissé, et le chœur des Soldats ne remporta pas une grande yictoiro. Le nombre dos choristesguerriers fut augmenté dans de telles propor-> tioDs, que les vociférations de ces robnstes soldats, jointes aux accompagnements des instrumenta de Saz, produisirent un assourdissant tapage. Gounod pouvait se croire encore à l'Orphéon.
Un grand intérêt s'attachait à la nouvelle interprétation de l'ouvrage. M'" Nilsson jouait Marguerite. Pour la première fois, h Paris, on entendait une autre Marguerite que M°°* Carvalho. Les admirateurs de M"' NiUson ne durent pas être très satisfaits, car le succès qu'obtint ï'éminente cantatrice ne répondit pas à leur attente. L'accent étranger, dont elle n'avait pu encore se défaire, était pour elle un véritable obstacle. M"* Nilsson ne fit pas oublier M"* Carvalho qui reprit le rôle à la fin du mois d'avril suivant.
Les premiers interprètes de Faust avalent été, à Paris, Barbot, Guardi, Michot, Massy, Monjauze et Colin.
Colin est un des plus charmants ténors, que notre génération ait entendus. Doué d'une voix fraîche et sympathique, ce n'était pas un ténor de force, cOmme on dit en Province.
Colin ne trouva pas dans la masse du public tout le succès qu'il aurait mérité. Mais il était très apprécié des gens de goût et des professeurs. Auber notamment avait pour lui des bravos presqu' enthousiastes.
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186 CHABLB8 GOUNOD
Les trois premières artistes qui, â Paris, rem' plirent le rôle de Marguerite, furent M"" Carvaltio, KilssOQ et Hisson. (M'" Hisson en octobre 1869). Mais M"" Carvaiho s'est montrée de beaucoup supérieure & toutes les Marguerite qui lui ont succédé, ou qui oat chanté le. rôle soit en Province, soit à l'Etranger.
Au Grand-Opéra, les honneurs de la soirée reviennent à Faure. Jamais le rôle de Méphistophélès ne fut ni mieux joué, ni mieux chanté. Jamais Satan ne fut plus élégant. On le voit encore arrivant au premier acte , suivi par les reflets de lumière rouge, et disant :
Me voici 1 d'où vient ta surprise Ne suis-je pas mis & ta guise ?
L'épée BU cdté, la plume au chapeau, L'escarcelle pleine
Et comme il était railleur, lorsque, dans l'acte du jardin, il donnait le bras à la vieille Marthe, et s'écriait, en se tournant vers le public :
La voisine est un peu mûre !
Au cinquième acte, c'est Faure qui donnait le signal du nouveau ballet, composé par Gounod pour cette reprise.
Sur un geste de Méphistophélès, les rochers du Broeken s'effondrent et découvrent les ruines
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SA. ViB ET SES ŒUVRES 187
d'un palais gigaûtesque, et le ballet commencd après le chœur :
Que les coupes s'emplisseat (1).
Les courtisane» invitent Faust et Méphistophélès à prendre part au festin. Elles entourent Faust de leur séduction. Survient Phryné entièrement voilée. Feu à peu, les voiles tombent, et Fhryné apparat dans tout l'éclat de sa beauté, de cette beauté qui séduisait, l'Aréopage. Son triomphe excite la jalousie des courtisanes. La fôte dégénère en bacchanale effrénée. Les danseuses se réfugient sur leurs coussins, et Faust subjugué tend sa coupe àPhryné.
Le ballet comprend sept mouvements : Allegro, mouvement de valse. — Adagio. — Allegro. — Moderato Maestoso. — Moderato con moto. — Allegretto. -Allegretto vivo; entrée de Phryné. . Ce divertissement était réglé avec le plus grand soin et monté avec le plus grand luxe.
L'électricité avait déjà commencé à se montrer dans les théâtres. Ce soir-là, elle était de la partie. Les effets de lumière, ainsi que la richesse des costumes, éblouissaient la scène. Devant tant de séductions, . comment le Docteur Faust n'oubliaft-il pas complètement la pauvre Mar-
(l) Le b&llet: s'intercale suivant l'indication de la page 235 de la partition (4* édition). Il a été publié chei ChoudenB, en supplément.
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guérite ? M"" Fioretti et Laure Fonta étaient les étoiles de ce ballet, qui, au début, ne produisit pas tout le charme qu'il aurait dû produire. La critique, toujours sévère, fie fut pas unanime dans ses éloges. Cependant les airs de ce délicieux ballet sont ravissants, pleins d'inspiration, et bien adaptés au genre chorégraphique. Le temps a rendu justice à l'auteur, et le divertissement de Fau5^ le meilleur ballet que le compositeur ait écrit, s'est imposé à l'admiration publique.
Avant 1869, Faust avait déjà conquis une éclatante renommée. Le grand Opéra raviva le succès et plaça Gounod à t'apogée ds sa fortune musicale. L'auteur de Faust fut comme transporté sur un sommet dont les hauteurs ne pouvaient plus être dépassées. Sa gloire était montée jusqu'au faîte.
Faust avait été donné près de 350 fois aux théâtres du Boulevard du Temple, du Châtelet, et à la salle Ventadour. À l'Opéra, le nombre des représentations s'accrut rapidement. Depuis 1869, Faust est l'œuvre qui compte le plus grand nombre d'inâcriptions sur l'affiche*
Le 4 novembre 1887, on célébrait en grande pompe la BOO"' représentation de l'ouvrage, à l'Opéra. La fête est complète. La salle est brillamment garnie. H. Jean de Reské, célèbre aujourd'hui par sa création de Roméo, remplit le rôle de Faust. Gounod occupe le pupitre du chef d'orchestre. A son entrée, le public se lève et
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racclame. C'est une avalanche d'applaudissements qui dure plusieurs minutes; c'est uneapothéose t Lorgnez bien partout dans la salle, et vous verrez, à l'amphithéâtre, M"* Georgina Weldon, qui, elle aussi, ne' ménage pas ses applaudissements. M°" Wèidon a gagné un procès à Londres contre Gounod , mais elle u!en admire pas moins l'œuvre musicale de son adversaire en justice.
La veille, à la répétition générale, la Direction avait offert au compositeur un bâton d'ivoire, monté sur un manche d'or rouge massif, un manche tout en or ciselé, comme la coupe da Roi de Thulé. Un des auteurs du livret avait voulu apporter son offrande. Il avait composé, à l'occasion de cette solennité, une pièce de vers qui devait être lue, sans musique, avant l'introduction instrumentale. Elle se compose de six strophes, et commence ainsi :
L'art, dernier flls de l'homme, dpouaala nature.
Beau mariage 1
Gounod recula devant un pareil éloge. Il écrivit une lettre à M. Jules Barbier, le priant de lui épargner cet hommage : — Malgré toute la discrétion de ton cœur et de ton esprit, lui disaitil, cette pièce de beaux vers écrite à mon intention , et récitée en public , devant moi, me donnerait une attitude et un semblant de complicité qu'on n'eût pas manqué de porter à mon passif. —
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190 CHABLES aOITNOD
Faust, à l'Opéra, cootlonera longi^mps encore le cours de son succès. Retournons maintenant en arrière. Voyons le sort que la proTÎnce et l'étranger avaient réservé au chef-d'oeuTre de Gonnod.
L'acquéreur de la partition de Faust fut M. de Cboudens père. C'est lui qui lança Tourrage en province et & l'étranger. Gonnod a rendu justice au zèle infatigable de son éditeur, qui voulait faire la fortune de son opéra. Voici comment, dans un article déjà cité (1), l'auteur fait l'éloge de l'intelligence et des capacités commerciales de M. de Cboudens :
> Nous Ornes avec M. de Choudens le meilleur des ménageB. Capacitâ commeTCiale de premier ordre, canetère aimable et facile, beaucoup d'esprit naturel, infiniméat de bon e^ns, activité infatigable, adresse prodigieuse avec tous lea dehors de la bonhomie pour vanter, pousser, lancer samarchandise; attentions... paternelles it venir voir dans mon cebinet s'il n'y hvait pas quelqne manuscrit (romance, duo, chœur, etc.), sur lequel il pût me donner une nouvelle preuve de son zèle et de son dévouement à mes œuvres ; tel fut l'ensemble de qualités et de vertus, dont la bienfaisante influence me parut devoir s'étendre sur le sort de mes œuvres et de mes intérêts... >
Cependant, M. de Cboudens ue s'était pas rendu acquéreur de Fausi sans bésitation. En 1859, Gounod n'avait pas, sous le rapport artistique, le puissant crédit qu'il a obtenu depuis. II
(t) La itrnpriité artistique.
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avait frappé vainement à plusieurs portes, et les éditeurs de musique n'avaient pas montré d'empressement. Heugel père voulait bien traiter avec l'auteur. — La valse seule, disait-il, fera les frais. — Son associé craignit de tenter l'aventure ; — 11 est tout à fait inutile d'éditer des fours, répondait-il aux instances d'Heugel,— et celuici refusa, non sans regret, les propositions de Gounod.
Gounod se désolait ! Sept représentations avaient été données au Théâtre-Lyrique; aucun acquéreur ne se présentait. C'est alors que, par l'intermédiaire d'un ami (Prosper Pascal), un éditeur obscur, M. de Choudens, se mit en avant, et consentit à entrer en pourparlers avec les auteurs de l'opéra.
Prosper Pascal dut insister beaucoup pour décider M. de Choudens, qui était pauvre. Son éta blissement bien modeste était loin de présenter, en 1859, l'aspect luxueux de la maison actuelle du boulevard des Capucines. Et puis, faut-il le dire, M. de Choudens n'aimait pas Faust. Quand ses enfants n'étaient passages, la pénitence dont il les menaçait était de les conduire au Théâtre- Lyrique pour voir l'opéra de Gounod. Ces dispositions changèrent tout de suite, après la signature du contrat. L'éditeur devint fanatique de l'ceuvre, il s'y attacha comme à une planche d& salut, et résolut de la porter, sous son bras, aux quatre coins de l'Europe. Le prix de la vente de Faust fut très modique, sans proportion avec la
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valeur de l'œuvre, valeur que le temps a consacrée; mais il ne faut pas oublier que lea premières représentations avaient été données sans succès.
La convention, dont voici le résumé, fut signée le 8 avril : M. de Cboudens devenait propriétaire de la pari;ition pour là France et la Belgique. La vente comprenait le droit de publier les morceaux de chant séparés avec accompa^ement de piano, la partition piano et chant, la partition avec parties séparées à grand orchestre.Sùbrogê dans tous les droits des auteurs, M. de Choudens s'était en outre réservé la faculté de'publier tout arrangement de l'ouvrage pour quelqu'instrument que ce fût.
Cette vente était consentie moyennant 3,000 francs payés comptant,— 1,000 francs payables le 30 mai 1859, — 1,000 francs payables en différents termes à partir de la 50' représentation au Théâtre-Lyrique, — et cinq primes de 400 francs chacune, exigibles après cinq premières représentations dans cinq villes de France ou de Belgique. En tout 10,000 francs, sur lesquels la part revenant à l'auteur de la musique , était de 6,666 ft-ancs 66 cent, '^elle est la somme pour laquelle Gouuod aliénait, en 1859, la propriété de sa partition pour la France et la Belgique.
Ce contrat fit surtout la fortune de l'éditeur. Mais il faut reconnaître que M. de Choudens, par son activité, par son entregent, par toutes ses iofluences, contribua personnellement à répandre Faust en France et dans les pays voisins.
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Il se met en campagne. Les voyages commencent, et l'auteur accompagne partout son éditeur, à Marseille, à Bordeaux, à Rouen, & Lyon, Milan, Darmstadt, Hambourg, Berlin, Londres, Bruxelles, Gand, Hanovre, etc., etc.
( M. de Choudena, dit Gounod (1), me promenait, me ' montrait et m'exposait Je jouais simplement et naïvement, entre sbs mains, le rOle d'une affiche ou d'une grosse-caisse avec laquelle l'éditeur allait tambourinant sa marchandise à l'étranger. Je dirigeais des représentations, je faisais répéter mes ouvrages, je ne toQChais pas un sou de bénéfices, et, pendant ce temps-là, mon éditeur vendait ma musique et ma personne
t Mon mariage commercial avec M. de Choudena dura ainsi jusqu'en 1871, c'est ii-dire douze ans, apris lesquels je dus dÎTorcer »
Nous ne citons l'article de Gounod que par fragments. Nous ne voulons ni reproduire ses plaintes ou ses griefs contre son éditeur-propriétaire pour la France et la Belgique, ni approfondir cette question purement commerciale qui n'intéresse pas le public. — Je trouve, disait Gounod, en ISTi, à M. de Choudens, que j'ai fait votre fortune et vos affaires, bien plus que vous n'avez fait les miennes ; je trouve quo mon nom existait avant le vôtre, et que le vôtre s'est fait
parle mien — 11 y a là, dans les services
réciproquement rendus, une proportion a établir. Cela ne nous regarde pas. Faust, il est vrai, a
(1) De la PropriHé artistique.
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fondé la maison Choudens. L'éditeur, de son côté, a travaillé utUement à la propagation de l'œuvre, et, par conséquent, à la renommée de son auteur.
Dès 1860, l'opéra circula en France et à l'Etranger. En France, i! se répand par la vente de la partition piano et chant. Le cboaur des poldats résonne partout en province, à Marseille,au mois de septembre 1859, à la distribution des prix du Conservatoire (I), et dans d'autres villes. Les sociétés chorales s'en emparent. Les représentations de l'œuvre se succèdent dans les départements, notamment à Strasbourg, en mars 1860, & Rouen, au mois d'avril de la même année. Au théâtre des Arts de Rouen, l'auteur, après la chute du rideau, est rappelé sur la scène. On rappelle ensuite le directeur, qui était alors M. Halanzier.
A l'étranger, Faust est applaudi avec enthousiasme. L'étranger, comme cela s'est vu plus tard pour Carmen, inaugure le succès, et impose, en quelque sorte, la reprise de Faust an nouveau
(1) Bénêdict, profeeaeur de chant au Conservatoire de HaTseille eu 1863, et critique musical au joumBl 1a Sémaphore, a publié dans un de ses feuilletons, à propos des représentations données sur le théâtre de Marseille par M" Carvalho, d'intéressants renseignements sur les commencements de l'éminente cantatrice. Ces rensei' gnementa ont été reproduits dans Je dictionnaire da M. Pougin (supplément au dictionnaire de Fétis). Nous y renvoyons nos lecteurs.
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Théâtre-Lyrique de la place du Châtelet. Nous sommes en 1862, et c'est h cette époque seulement que l'ouvragée de Gounod attire l'attention du public parisien.
Bruxelles ouvre en 1861 sa nouvelle salle du Conservatoire, avec des fragments de Faust, en présence de l'auteur, vivement acclamé. A la même époque, l'opéra est représenté à Barmstadt avec un très g^tand succès ; à Yienne,pendant la saison 1861-1862 ; à Stuttgard.en 1861 ; à Milan, en novembre 1862. Faust, traduit dans toutes les langues, est joué partout. Â Berlin, les représentations se succèdent rapidement, et atteignent, en quelques années, la centième, en novembre 1867. Centième à Dresde, en avril 1885, etc., etc.
A l'occasion de la reprise de Faust au Grand- Opéra de Paris, M. Reyer, dans le Journal des Débats, écrivait les liftes suivantes, au sujet des représentations de Faust en Allemagne. Le feuilleton est du 16 mars 1869. La date est à retenir :
f Fautt, cet écria d'esquises mélodies, Faust l'œuvr» par ezcellBnce, Faust dont le succès s'est promené tranquillement à travers les plus grandes et les plus petites capitales de l'Europe cÎTilisée, Faust qui a fait la ïortimo d'un fditenr, et qui eut suffi ^ la gloire d'un musicien, Fatuf, l'on des poèmes les plus întËressants, l'une des partitions les plus populaires de notre époque, Fauslqul charme à la fois les délicats et les profanes, Fautt dont les éditions sans cesse renouvelées sont épuisées sans
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cesse, Faust qui est sur tous les pi&nos et dans toutes lea ' bibliothèques, mais qu'une volonté intelligente a heureusement préservé de la profanation des orgues de Barbarie, Faust que tous lea peuples ont applaudi et que tous les souverains ont récompensé (erceptë. Je crois, le roi de Bavière...).
t En AJlemagne, on s'étonna d'abord, ou plutôt on ne s'étonna pas du tout de la témérité de ces deux auteurs français, qui venaient de tailler un libretto d'opéra dans le poème de Gœthe. Quant au musicien, on lui eut volontiers demandé aï, avant d'écrire sa partition, il avait seulement songé au Faust de Schumann, et à celui de Spohr. À Francfort principalement, il y eut beaucoup d'agitation panni les Docteurs.... Darmstadt est la première ville d'Allemagne qui tenta l'épreuve de la représentation. Cette épreuve fut on éclatant succès, aussi bien pour la partition que pour le poème. Le grand Duc, chaussé de ses bottes h l'écujère, arait donné le signal dea applaudi asem enta. Les Francfortois venus li Darmstadt arec des sentiments sinon hostiles, du moins peu bienveillants, s'en retournèrent surpris et charmés. Bientôt, dans le monde de ces petita Duchés Allemands, ou alors il y avait plua d'artistea que de aoldata, tandis que c'est le contraire aujourd'hui, le Maître de Chapelle recevait de son Souverain l'ordre de mettre à l'étude Faust de M. Oounod. Et il en était ainsi dans les grandes capitales, il Vienne comme à Berlin. C'est à Berlin surtout que j'ai vu représenter Fausfavec un très grand luxe de mise en scène, et avec une rare perfection »
t— Un fait certain, c'est que le succès de Faust en Allemagne a puissamment aidé au succès de Faust i> Paris. Ces bons Allemands sont bien le peuple le plus hospitalier de l'Univers, et le plus sympathique aux talents de toute catégorie et de tous paja. Demandez à M. Crounod comment il a été regu en Allemagne, chaque fois qu'il j est allé diriger l'exécution d'une de ses œuvres «
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A Hambourg (la seconde ville de l'Empire), le succès est des plus significatifs. Un dilettante, qui,ea 1862, assistait aux représentations de Faust au Stadt-Théater, noas a raconté le fait suivant : L'enthousiasme produit par l'œuvre de Goanod fut indescriptible. L'auteur dirigeait l'or" chestre, et, à chaque instant, il était obligé de se lever et de répondre aux acclamations répétées du public. Après la représentation, on criait : Vive Gounod ! on criait aussi : Vive la France ! Le directeur, pour entretenir et fortifier le succès de Faust, fit installer à la façade de son théâtre un grand transparent lumineux, oiî l'on voyait, chaque soir, la France et l'Allemagne symbolisées par deux femmes, drapées à l'antique, et qui se donnaient la main.
Les temps sont bien changés ! On représente encore Faust à Hambourg et dans les grandes villes de l'Allemagne^ mais ne cherchez plus le transparent lumineux où la France et l'Allemagne fraternisent en se donnant la main.
Et maintenant, savez-vous pour quelle somme Gounod a vendu la propriété de sa partition en Allemagne? II demandait 3,000 francs à la maison Bote et Boock de Berlin. Ce chiffre était bien modeste. Eh! bien, les éditeurs marchandèrent. Finalement, ils payèrent 1,000 francs, laquelle somme devait être partagée entre Gounod et ses deux librettistes.
L'Angleterre fut un peu plus généreuse. M. de Choudens patronna Gounodauprès cfeMM.Chap-
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pell, éditeurs à Londres, et ceux-ci coDaeutirect à acheter, moyennant 3,000 francs ; la partition pour l'Angleterre et les colonies.Gounod trouvait cela superbe!
Une afEaire compliquée, c'est la question des droits d'auteur de Faust, en Angleterre. Nous n'en finirions pas, si nous voulions initier le lecteur à tous ces détails. Il nous suffira de dire que par suite d'un retard de trois jours dans l'accomplissement d'une simple formalité , Faust est tombé dans le domaine public. Faust, en Angleterre, n'appartient pas à son auteur. Gounod a été dépossédé dès 1859.
En effet, la convention internationale sur la propriété artistique entre la France et l'Angleterre prescrivait à l'auteur ou à son représentant,d'enregistrer et de déposer un exemplair» de l'ouvrage dans chacun des deux pays. Ces deux formalités, enregistrement et dépôt, inséparables l'une de l'autre , devaient être remplies dans un délai de trois mois, à partir du jour de la première publication dans l'un ou l'autre pays, sinon l'auteur perdait tout droit à revendiquer la propriété de son œuvre.
La convention ajoute que la date de première représentation ou d'exécution publique d'une œuvre musicale , est considérée comme date de première publication , et par conséquent comme point de départ du délai rigoureux de trois mois.
Faus^ ayant été représenté le 19 mars 1859, l'auteur, ou son représentant, avait jusqu'au 19
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juin suivant pour enregistrer et déposer. Le 8 avril, M. deChoudens devient propriétaire de la partition pour la France et la Belgique. Le 13 juin, la partition piano et chant est prête, et, le même jour, l'éditeur écrit à M. Chappell, de Lon> dres, la lettre suivante :
( J'ai l'avuitage de tous «.dresser ci-joint les deux actes signés par M. Gounod. La partition de Fatuï sera enregistrée demain au Ministère de l'Intérieur, k Paris. Vous pouvez donc déposer immédiatement et, à cet effet, je vous envoie, soua bande, deux exemplaires de ladite partition.
« De Choddens. ■
Hélas ! M. Chappell ne se pressa . pas. Au lieu d'effectuer immédiatement, c'est-à-dire le 19juin, terme de rigueur, le dépôt et l'enregistrement de la partition, l'éditeur anglais attendit jusqu'au 22 juin. Par ce retard de trois jours, Gounod perdait, à tout jamais, ses droits d'auteur sur Faust, en Angleterre ! Ainsi le voulait la Convention internationale, conclue pour protéger la propriété artistique dans les deux pays.
Cette inexactitude prouve encore une fois que les artistes ne sont pas toujours des hommes pratiques en affaires. Au lieu de s'en rapporter à autrui, Gounod aurait mieux fait de surveiller, par lui-môme, l'accomplissement des formalités légales et de sauvegarder ses intérêts. Mais, dit-il, il ne connaissait pas la loi, la Loi que nul
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u'eet ceusé ignorer, et il raconte (1) les tribulations, les difïïcaltéa, les ennuis qu'il eut à supporter dans ses relations avec M. Mapleson, directeur du théâtre de Sa Majesté, M. Gye, directeur do Covent-Gardeu, M. Gambart, un fondé de pouvoir spticial, les éditeurs, etc., etc.
Chose singulière 1 Gonnod ne sachant pas que son œuvre était tombée dans le domaine public, avait, en 1863, vendu & M. Gye le privilège de jouer Faust pendant une période de 28 ans, moyennant une indemnité de 7,500 francs, pour sa part de compositeur. En 1873, il apprit qu'il avait vendu ce qui ne lui appartenait pas, et il restitua aussitôt au Directeur les 7,500 francs reçus. Avant cette restitution, M. Gye n'était pas content. Il s'imaginait, bien à tort, que Gounod l'avait trompé, et il disait ; — Si l'auteur de Faust n'est pas en prison, il le doit à ma charité!
Le public de Londroo ne s'occupait guère de tous ces démêlés entre directeurs, auteur, éditeurs et agents internationaux pour la propriété de l'art. Il lit toujours un excellent accueil à l'œuvre de Gonnod.
Faust fut joué pour la première fois à Londres, pendant la saison de 1863, au théâtre de Sa Majesté. Quelque temps après, au mois de juillet de lamfime année.Coveut Garden le donnait à
(<) Voyez l'article de Gounod sur la propriété arlisliqae. Voyez aussi les brochures anglaises publiées par M" WeldoD, notamment Les Affaires, pages 69 et suivnntes.
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son tour, SOUS le titre de Fausi et Marguerite, avec un grand luxe de décors et de mise en scène. Les principaux interprètes étaient Faure, Tatnberlicît, Graziani, Tagliafîco, M"" Carvalho-, M"" Nantier-Didié qui, dans le rôle de Siebel, chanta, au quatrième acte, la romance : Verser fos chagrins dans mon âme.
Faust est resté au répertoire des théâtres anglais, et les plus grands artistes s'y sont fait applaudir, notamment Mario et la Patti. (1) Plus tard, le chef-d'œuvre de Gounod traversa l'Atlantique, et partout, en Amérique comme en Europe, il a excité l'enthousiasme. Partout il s'est imposé sur les grandes scènes lyriques, et il jette ainsi, dans les deux mondes, le plus grand éclat sur l'art français.
Ua pareil succès est bien dû à une œuvre qui, en dépit du temps, en dépit de la critique, et malgré des interprétations parfois bien médiocres, n'en conserve pas moins, une grande valeur musicale.
Noos avons résumé plus haut les comptes rendus publiés, en 1859, après la première représentation. Depuis cette époque, laCritique Musicale a continué à donner, sur l'oeuvre de Gounod, de nombreuses appréciations. Comme au début, les avis sont partagés :
(t) La Patti a cbikuté ose foisit Paris le rOle de Uar- Caecite.
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- Fétis, dans son dictionnaire des Musiciens, (Edition 1862), dit qae le rôle de Marguerite est d'une beauté achevée, et il ajoute :
t Quelques parties du premier ncte, presque tout le second, et surtout te troisiëme, sont l'œuvre d'un talent de premier ordre... Malheureosement l'inspiration ne se soutient pas aprës la marche dn i" acte, et U, où cornmencela partie sombre dn drame, elle abandonne le compositeur. Lorsqu'il cherche la force, il ne trouve que le bruit. »
Nouâ lisons dans le grand dictionnaire de musique et des Musiciens de Grove, dictionnaire anglais terminé récemment et paru à Londres ;
« La partie fantastique de Faust n'est peut-3tre pas complètement satisfaisante. Les plus fortes situations dram&tiquea sont peut-être traitées avec moins d'art que celles qui touchent au genre élâgiaquo ou pittoresque, mais en dépit de ces objections, l'œnvre doit Stre classSe parmi celles qui font le plus grand honneur k l'Ecole Française. >
M. Arthur Pougin, dans le journal VAri , du 8 avril 1877 (Etude sur Gounod), fait l'éloge de Faust :
. ( Jamais le mosicîen ne fat mieux inspira. L'acte do la Kermesse est nn tableau plein de lumière et de cha^ leur, d'une couleur blonde et resplendissante. L'acte du Jardin est d'une poésie vaporeuse et enchanteresse, et la passion j fait entendre des accents tour & tour pleins d'une molle langueur ou d'une énergie intense... »
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M. Camille Bellaigue a pris à tâche de renier ses devanciers à la Revue des Deux- Mondes, et de Tengpp Gounod de leurs amères critiques.Toutes les fois qu'il parle de Faust et de l'acte du Jardin, c'est en termes émus et pleins d'une juste admiration.
Lisez l'étude de M. Claretie, sur Gounod :
« Oounod, c'est le musicien de l'amour, alangui, mourant, et dont l'immense soupir s'en va se perdre dans l'infliii. .. C'est le poète amoureux d'an temps qui ne croit gudre k la poésie, et qui ne croit à l'amour qu'en musique.,. 1
Lisez encore les feuilletons et les publications de M. Oscar Comettant, l'ami du maître. Ce n'est plus de l'admiration, ce n'est plus de l'enthousiasme, c'est du délire, c'est du fanatisme, et un fanatisme raisonné qui encense, avec conviction, toutes les productions de l'auteur de Faust.
Mais cette large médaille, couverte, d'un cdté, d'inscriptions élogieiises, a aussi son revers.
Les premiers coups , en debors de la Presse , paraissent avoir été portés par Léon Escudîer. Eu 1863 , le succès de Faust était établi. Les éditeurs quin'avaient pas voulu acheter la partition» et la maison E^cudier était de ce nombre, ne dis simulaient pas leurs regrets. On avait laissé prendre à M. de Choudens une place enviée. Dans un opuscule publié à cette époque (Mes Souvenirs, 1863), Léon Escudier essaye de plaisanter les
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Toyages de M. Gdunod accompagné de son éditeur, eu de son Bamam :
• Que demain Po&toiae, ou Landerneau, veuillent sa passer le caprice de faire jouer Faust aur leurs ecdnea ; an premier coup de Bifflet, ils sont sûrs de voir apparaître U. Gounod et son Ealeb, fidua Achatet, l'un muni du bftton de directeur d'orchestre, l'autre portant la partition..., etc.*
Les frères Bscudier auraient bien vontu, comme M. de Choudens, porter la partition «t encaisser les bénéfices 1 L'auteur de la brochure s'en prend ensuite à l'œuvre de Gounod :
« Ses opEras ont la gravité pompense des morceaus académiques, le sombre 7 tient U place du grandiose, la travail celle de l'inspiration. Les ciselures de l'orcbeatre cachent l'absence des mélodies, etc....»
Plus loin :
« M. Oonnod n'est pas un compositeur dramatique. Il «et avant tout un symphoniste d'un vrai mfirite. Ses qtélodies, quand i! j en a, sont écourtées et manquent de proportions. Il n'a pas la Sbre des passions. Veut-il être grand, il n'est qu'emphatique. Veut-il Stre instruit, il n'est que pédant , etc. >
Plus loin encore :
t Cet artiste manque essentiellement de ce qui constitue le vrai musicien, dans la plus grande acception du mot. n manque de nobles et puissantes inspirations. Il les remplace par le travail, par des idées préconçues, par des afféteries, par des ciselures intéressantes qui sont plutôt des arrangements que des idées
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Et dire que si la maison Escudier avait édité Faust, Léon Escudier aurait présenté l'auteur comme le plus grand génie musical de ces derniers temps I
Parmiles détracteurs delà musique de Gounod, il faut citer uq graud nombre de Wagnériens, sinon tous. Wagner a écrit des volumes pour essayer de prouver que la musique italienne est sans valeur, que la musique française est ridicule dans Gounod, grotesque dans Âuber, etc. Il a dit que l'auteur de Faust avait fait de Mai^uorite une grisette amourachée, et qu'il avait amoindri ou manqué les principales situations du drame de Gœthe.
H. Blaze de Bury (de la Revue des Deux- Mondes) apprécie Faust dans les termes suivants :
■ J'étonnenda pent-^tre fort M. Gounod, ai je
lui diaais que, tout en s'imaginaat composer d'une façon plua ou moina défluitivo la musique du poème de Ooettie,
il dérivait un opéra italien de la meilleure école J'ù
vu à peu près partout l'ouvrage de M. Oounod repréaenté k Iltalienne, et, chose triale )t dire, U magique, à ce travestissement de l'idée de Oœtlie, la musique gagnait plutôt qu'elle ne perdait... *
Faust une œuvre italienne ! Voilà une assertion d'autant plus étrange que d'autres critiques considèrent la partition comme étant inspirée de la musique allemande. Qui croire? N'a-t-on pas dit qu'en maints endroits de l'ouvrage, notam-
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ment au premier et au troisième acte, Gonnod avait intercalé, adapté, copié des fragments empruntés à Mendelssofan et à Schumann. Cette opinion est mieux fondée, plus réfléchie que celle de Blaze de Bury, préoccupé de l'interprétation à l'Etranger plutôt que de la musique en elle-même. L'œuvre penche beaucoup plus du côté Allemand que du côté Italien. Ecoutez, par exemple, la fin du troisième acte, quand Marguerite chante à sa fenêtre et baille aux étoiles. Ce passage n'est-il pas imité de Schumann T Cela saute aux yeux, ou plutôt aux oreilles. Imitation heureuse, qu'il n'est pas donné à tout musicien de réussir avec autant d'à-propos et autant d'inspiration !
Gounod, comme nous l'avous fait remarquer dans notre premier chapitre, avait mis à profit son voyage de Lauréat de l'Institut. A l'Etranger, il s'était imprégné des belles compositions de Mendelssohn, alors presqu'iuconnues àParis. A la petite église des Missions Etrangères, te modeste maître de chapelle, qui touchait mille francs d'appointements par aunée, avait continué l'étude des maîtres allemands. Pourquoi, en écrivant un sujet comme celui de Faust, n'aurait-il pas tiré parti de sa science, et de l'avantage incontestable qu'il avait sur beaucoup de musiciens français, à une époque où la Cavatine fleurissait, et oii le public voulait des airs, rien que des airs, toujours des airs. Si Gounod a voulu imiter Mendelssohn et Schumaun, il a bien fait,
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et, dans tous les cas, il a sa franciser la musiqae allemande, il l'a mise & la portée des dilettaati de 1859. Cette sorte de compromis révèle un art profond^im savoir-faire spécial, un accommodement discret, qui, d'autre part, ne permet pas de nier l'inspiration personnelle du musicien:
L'acte du Jardin est une pag^e admirable, et pourtant on l'a critiqué. Le quatuor a été consi: déré comme manqué, comme trop court. Pourquoi ce blâme injuste, qui, parti inconsidérément des journaux publiés en 1859, se reproduit aujourd'hui, comme par tradition ? Est-ce que l'intérêt scénique et musical ne porte pas avant tout sur le groupe de Faust et Marguerite ? Le Diable et la vieille Marthe, en complétant le quatuor, ne servent qu'à préparer le duo, et ils disparaissent au plus vite. Le quatuor est ce qu'il doit être.
L'acte du Jardin dure longtemps. U se passe en flirtage, en séductions, en duo; l'action dramatique n'est soutenue par aucun mouvement ; c'est de l'extase pendant plus d'une heure 1 Et cependant l'œuvre musicale, sans aucun autre secours que l'inspiration du maître, attache, émeut et captive profondément l'auditeur. Il y a là une progression toujours croissante qui aboutit merveilleusement au morceau final.
Que n'a-t-on pas dît encore sur la musique de Faust ? C'est de la musique des sens... C'est un mélange de mysticisme et d'érotisme... C'est
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une œuvra ralis^ieuse composée sur uu buffet d'orgue... C'est la musique d'un talent subalterne surun livret de lorette, a écrit Wagner... etc.
Môme dans l'orchestre, dit M. Camille Bellaigue {Figaro du 1" décembre 1888), on sent l'amour, et M. Bellaigue ajoute :
• Je connids, tttadis que Hai^uerite chante à sa fenStre, on contre-chant de flAte si doux, ai enveloppant, gull jostifle la brusque question du Haltre, on soir que nous écoutions Fouit ensemble, et qu'en entendant soupirer cette fl&te, il s'écria : Sens-tu des cbaveoz de femme autour de ton cou? >
Aujourd'hui, si l'œuvre de Gounod est encore contestée par quelques-uns, elle est connue de tous, et chacun l'apprécie suivant ses goûts et ses tendances. Nous n'avons pas besoin d'ajouter par nos inutiles éloges à la juste admiration qu'a excitée partout cette belle partition.
En terminant ce chapitre, constatons que Faust n'a pas épuisé sou grand succès, que l'ouvrage est resté debout en France et en Allemagne, malgré l'influence irrésistible des Brames Lyriques de Wagner.
Faust, à notre sens, est le chef-d'œuvre de Gounod. Le maître produira encore de remar- quables compositions, mais ces compositions n'égaleront pas la valeur musicale de l'œuvre à laquelle il doit sa renommée.
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ŒUVRES DRUHATIOUES DE ISfiO I 1870
La Reine de Sabei.— Uireille.— Roimâo et JultettQ