MIREILLE
La partition de Mireille contient des pages d'une grande valeur musicale , mais l'œuvre est inégale, et elle ne se prête pas à une action scénique de longue darée. Aussi, l'opéra a~t-il eu plus de succès dans les salons qu'au théâtre. La chanson de Magali a été pour Jl/tVe(7/e ce que le chœur des Soldats avait été pour Fuust. Malheureusement la chanson de Magall n'a pas réussi h sauver la partition tout entière.
Dès le début, l'œuvre fut considérée comme mal agencée pour la scène, et les diveis remaniements apportés au livret et à la musique prouvent que la Critique a eu raison sur ce point. Au lendemain de la première représentation , on faisait d'importantes coupures. Quelques mois après, l'opéra était repris, revn et diminué. En 1874, on donnait Mireille à la salle Favart , avec de nouvelles modiâcations , en dépit de l'auteur qui n'était pas partisan de cette reprise. Gounod s'y opposa d'abord. Puis , par égard pour les hé-
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ritiors de Michel Carré (1), auteur du livret , il finit par y consentir , non sans protestations : — « Les modiâcatiODs apportées à mon ouvrage , disait-il , ouvrage dont le libretto n'est déjà paa bien vigoureux, ne sont ni de mon goût , ni de mon cru. ■ —
Voilà donc un opéra qui, au dire de tous, et selon l'avia même de Gounod, n'a pas été présenté au public sous une forme définitivement arrêtée. Dans ces conditions, tout jugement sur l'ensemble de L'œuvre paraît prématuré, et manque de bi&6. -Mireille attend encore une reprise, après une nouvelle refonte du livret et de la partition. Jusqu'ici, les diverses représentations n'ont été, pour ainfii dire, que des répétitions générales (2).
Michel Carré a tiré son livret du poème de Frédéric Mistral, Mirèio, cette charmante idylle, qui a valu à son auteur une si grande et si juste renommée. Mirèio, écrit en langue provençale, était destiné à montrer toutes les ressources de ce bel idiome, et à peindre les mceurs de ceux qui ont l'habitude de s'en servir. Mistral ne l'avait composé que pour la Provence, que pour les villages des environs d'Arles. Mais le poème s'est étendu au delà des régions méridionales, il
(1) Hiehel Carré, né en 1819 , mort à Argenteuil la 28 Juin 1872.
(2) A.U. moment où ce livre est composé, on annonce une reprise de Mireiilt k l'Opéra-Gomique. Nous parlerons, s'il j a lieu, de la représesUon dans un appendice.
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a passé nos frontières, et l'on ne compte plus anjourd'hui le nombre des traductions en langues étrang'ères, à l'aide desquelles il a pénétré jus- . qu'aux extrémités de l'univers. M. Rig'aud, l'ancien Premier Président de la Cour d'Aix, constate ce succès universel en téie de sa traduction en vers français de Mirèio. — Comprenant parfaitement l'idiome que parle Mireille, dit t'honorabte magistrat, et jaloux de la faire connaître & ceux qui ne le comprennent pas, j'ai pris cette gentille paysanne par la main, je l'ai revêtue du costume exigé pour paraître dans une société plus élevée, je l'ai exercée à balbutier de son mieux la seule langue qui j soit reçue, et, sous ce nouvel appa reil, je la présente daca le monde. —
Mirèio est un poème rustique qui transporte d'abord le lecteur dans lou mas di Valabrego, c'est-à-dire dans la ferme où babite Mireille auprès de son pAre, maître Ramon, et de sa mère, Jeanne-Marie. Les fermiers sontricbes.
Maître Ambroise et son fils Vincent, tons deux pauvres vanniers, so sont attardés dans le désert pierreux de la Cran. Ils demandent l'hospitalité à la ferme. On leur donne à manger et à boire ; on les fait conter et chanter. Entr'autres choses, Vincent décrit le pèlerinage des Saintes et il termine ainsi : (Traduction de M. Rigaud) (1).
Si le sort jaloux, infidèle Vous touchait jamais de son ailti.
Vite aux Saintes ! C'est là qu'on guérit de tout mal.
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SA. VIB ET SEB -ŒUVKES Sâ3
Les Saiates- Maries formeat uq petit village, situé dans l'île de Camargue, au bord de la mer, entre les embouchures du Rhône. Une antique tradition y attire te 35 mai de chaque année une grande foule de pèlerins. Les Saintes-Mariés de la Mer sont les patronnes de la Provence.
Mireille, attentive à ces récits, est séduite par la grâce du jeune homme, et sa passion éclate tout à coup-
Nous sommes à l'époque des vers à soie. Mireille est à la feuille, par une belle matinée de printemps. Elle appelle Vincent qui, par hasard, passe au sentier voisin. Le vannier accourt, et monte à l'arbre pour aider la jeune fille à cueillir le mûrier. Les mains se rencontrent et se pressent. Les incidents se succèdent ; puis on découvre un nid de pimparrins, un nid de beaux pinsons bleuâ ! Heureuse trouvaille, car, selon le proverbe, ceux qui trouvent à deux un nid sur un mûrier sont mariés dans l'année.
Gentils oiseaux, que je vous baise 1 Changez de nid, ne vous déplaise,
dit Mireille, en coulant les petits pinsons dans son corsage. Mais les oiseaux se débattent. Elle s'écrie : « Vincent, viens les prendre, s
Et pour remplacer le corsage.
Imuginant une autre cage.
Il présente en riant son bonnet de marin.
Tout ce tableau dépeint par Mistral est des
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plus piqnaDtB et des plos poétiques. L'épisode de la branche rompue est délicieux. Les deux jeunes gem tombent à terre, dans les bras Tan de Tautre, et font le serment de s'épouser. Taren, la sorcière des Baux (ville minée), les a vos, et elle réprimandera Mireille. Quant à maître Ramon, il refuse de donner sa £lle à un pauvre vannier, à un raccommodeuT de corbeilles, alors que des prétendants plus riches se présentent.
Ourias, tou toucado, le toucheur, c'eat-à-dire le dompteur de taureaux, est an de ces prétendants. 11 rencontre Vincent, son rival heureux, et il te provoque. Vincent terrasse son adversaire et lui fait grâce. Mais Ourias suit son rival, et le frappe lâchement de son trident. Il le croit mort et s'enfuit épouvanté vers le Rhône. Il est minuit. Ourias appelle le passeur. Horrible traversée ! C'est la Dult de St-Médard pendant laquelle les ombres des noyés reviennent sur la terre, et forment une longue procession sur les rives du fleuve. Dans ce funèbre cortège, on distingue les ombres des jeunes filles qui se sont noyées par désespoir d'amour. Ourias est englouti.
Vincent n'est que blessé. Mireille apprend les suites du combat. Son amant est eu danger, et elle se rappelle ses paroles :
Se lou malur vous despoutento Courrês,courrès i Santo! Aurés lèu de Soûlas.
La jeune fille quitte la maison paternelle, pour
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courir aux Saintes-Mariés; elle traverse on plein midi le désert de la Crau; la pauvre enfant, frappée par les ardeurs d'un soleil brûlant, de rimplacablo souleiado, expire, dans une extase, auprès de son bien-aîmé.
Telle est, à traits rapides, la donnée du poème, en douze chants, que le poète a enrichi de si jolis détails et de descriptions si attachantes. Le sujet est simple : Une jeune fille riche, un jeune homme pauvre ; un amour contrarié ; mort radieuse de la jeune fille atteinte par un coup de soleil.
Sur cette donnée, Michel Carré a fait un livret en cinq actes, qu'il a été obligé de remplir par des scènes pittoresques, l'action faisant défaut. Le dialogue parlé est en vers. La première représentation eut lieu au Théâtre-Lyrique le 19 mars 1864.
Personnages; Vincent, (ténor) Morini ; — Ourias, (baryton) Ismaël ; — maître Ramon, (Ire basse) Petit ; — Maître Ambroise, (3me basse), et le Passeur, Wartel; — Mireille, (soprano) M" Carvalho ;— La Sorcière Taven, et le pâtre Andreloun, (contralto) M°" Faure-Lefèvre ;— Vinceuette, sœur de Vincent, (Ire dugazon) M'" Reboux;— Clémence, jeune fille d'Arles, (2e dugazon) M'" Albrecht.
Au premier acte, l'enclos des mûriers. C'est l'acte de la cueillette, et du duo entre Mireille et Vincent.
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AU second acte, les arèaes d'Arles. Réunion joyeuse de bourgeois^ de jeunes Arlésiennes, et de paysans de la Provence. - La Farandole.— Mireille et Vincent chantent la chanson de Uagali (o Magali ma tant amado), cette jeune fille qu'on croyait rebelle à l'amour, (e que tombé pamens amouroso à soun tour). (1)— A la fin de l'acte, l'idylle cesse, le drame commence, et maître Ramon refuse d'accorder la main de sa fille à Vincent.
Le troisième acte nous montre d'abord le Val d'Enfer. Ouriaa frappe Vincent de son trident. Second tableau : Le Rhône, scène fantastique. Fuite et mort d'Ourias.
Au quatrième acte, la ferme de maître Ramon.
Repas des moissonneurs. — Mireille apprend que Vincent est blessé ; elle court aux Saintes. — Le théâtre change, et représente la Cran, éclairée par un soleil ardent, — Chanson du pâtre Androloun. Celui-ci supplie Mireille de ne pas travereer la plaine, en affrontant les rayons de midi dont la blessure est mortelle.
Au cinquième acte, l'église des Saintes-Mariés. Mort de Mireille.
Les morceaux sont catalogués de la manière suivante dans la partition (2) (première édition).
(1) On trouve à la fin du volume publié par M. Rigaud l'air populaire provençal de la Chansoa de Magali. (3) Lapartitioa est dédiée à S, M. Georges V, roi de
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Ouverture.
Premier aote : Introduction. — Chœur, Chantes, chantez magnanar elles. — Duo, (Mireille et Vincent) Vinceneite a votre âge...
Deuxième acte : Farandole et chœur. — Chanson de Mag-ali (Mireille et Vincent) La brise est douce et parfumée. — Chanson (Taven), Voicila saisoUj mignonne. — Air de Mireille : Trahir Vincent ! — Couplets d'Ourias ; Si les filles d'Arles sont reines... — Final : Le chef de famille autrefois.
Troisième acte : Scène et chœur, (Ourias) Voici le val et Enfer !-~ Scène et duo (Vincent, Ourias), Us s'éloignent ! — Scène et chœur. Le Rhône ; (Ourias, le Passeur).
Quatrième acte : Chœur, Amis, voici la moisson faite ! — Musette. ■ — Chanson (Andreloun), Le jour se lève. — Cavatine (Mireille), Heureux petit berger. — Duo (Mireille, Taven), Ah! parle encore .'
Cinquième acte : Marche et chœur. Vous qui du haut des deux... — Cavatine (Vincent):
Mon cœur est plein d'un noir souci. — Final : Ah ! la voici ! c'est elle !
La partition contient, en supplément, l'air de Mireille (Voici la vaste plaine) qui fut supprimé à la représentation.
Parmi les comptes rendus qui, au lendemain de la première représentation, firent l'éloge de l'œuvre, nous prendrons, dans le Journal des
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i)^&a^8, le feuilletoa de J. d'Ortigue. Le critique avait habité la Provence. L'opéra do Mireille devait l'intéresser toat particulièrement.
t L'oaverture, dit J. d'Ortigue, est une pastorale. L'introduction n-ius transporte dons un vaste horizon, la plaine de la Cran. Les cors ae répondent dans le lointain ; cela produit un bel effet. Les principaux motifs de l'allégro sont gracieux. Le mouvement maestoso de la fin est large et solennel. Il impressionne vivement.
« Toute la scène de U cueillette, au début du premier acte, est charmante . Le chœur : Chantez, chantffx, magnanarelUt, est habilement coupé. Il rappelle le chœur dialogué des Juives et des Sabéennes dans la Aetn« d» Saba. ■ Le chant de la sorcière Tsven, Ecoutez-Us chanter et rire, est d'une phjsionomie tout à fait caractéristique. Ce premier acte, très court, se termine par la reprise du chœur des Uagnanarelles.
( le second acte s'ouvre par la Farandole. C'est très animé, très vivant. Le tambourin et le galoubet sont sur leur estrade, mais pour les yeux seulement. L'oreille ne les entend pas . La timbale ne remplace qu'imparfaitement les coups sourds et cadencés du tambourin, qui, sous les gammes aiguës du galoubet, bourdonnent dans une grande multitude, comme des pulsations de Joie populaire.— La chanson de Magali donne lieu à un duo entre Mireille et Vincent, dont le commencement est d'une grftce et d'une distinction exquises. L'oreille est d'abord un peu déroutée par l'altemation de la mesure neuf-huit et de la mesure aix-hmt ; mais elle s'y fait, et finit par trouver du plaisir k ce rhythme étrange. A mon avis, la chanson devrait se terminer là. Dans la seconde partie de ce duo, M. Gounod a voulu se montrer trop musicien. On a peine à suivre le fll méthodique dans cette série de modulations qui se succèdent. Le sujet même de la chanson imposait plus de simplicité.
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J'aime moins l'unisson qui termine le duo, bien que la réponse du chœar : l'amour myonne dans leur; yeux, soi t d'un effet ravissant. Après la reprise de la Farandole, vient une chanaon de Taven en ut mineur , que M"* Faure-Lefèvre cliante en ré. Le "Dasson 7 produit des accents d'une expression poignante. Cette chanson précède nn air de Mireille dont l'allégro est d'une beauté tonte classique. Cet air se termine par une progression trds dramatique de septiime&, sur ces paroles : A toi mon dm», je gtUs ta femme, Les couplets d'Ourias sont excellents et bien rhjthmés. Le Oual est traité de main de mattn. Les effets en sont nobles, touchants, énergiques .
• L'introduction instrumentale du troisiâme acte, le récit d'Ourias qui suit, sont d'une belle couleur, d'une couleur sombre et fantastique. L'air que chante Ourias, après avoir assassiné son rival. Ah ! qu'ai je fait ? j'ai peur... est expressif et richement orchestré. Il ; a un grand nombre d'inspirations pittoresques et poétiques dans la scène des nojés et des filles d'amour, icspirations d'an genre plus sjmphonique que dramatique.
« Un chœur de moissonneurs ouvre le quatrième acte. Il est d'une allure très franche. Les ténors y montent jusqu'au la, avec une justesse parfeite. Ce morceau est coupé par un charmant chœur de jeunes garçons. Après un récit où maître Ramon exhale son courroux, on entend Mireille fredonner dons sa chambre la chanson de Magali sans accompagnement, et réduite au thème primitif.— J'aimerais à insister sur le caractère virginal et tendre du duo de Mireille et de Vincenette ; sur l'air de Musette du Berger Andrelonn, air champêtre, charmant, fort bien trouvé, mais qui n'est pas plus provençal qu'autre chose; sur la chanson fort jolie du même berger. Quant k l'air de Mireille : Heureux petit Berger, on l'a fort applaudi, et avec raison, bien qu'il ne soit pas exempt de quelque prétention. Ce défaut se rencontre aussi dans la visioude Mireille. Hais le compositeur
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s'élâve k uue grande hauteur dans les dernières mesurea qui expriment l'extase de la pauvre victime.
* La toile se lave, au cinquième acte, sur une belle et pompeuse marche religieuse. C'est le seul cliant populaire provençal qui ait trouvé grâce devant H. Goonod. Le motif de cette marche est en effet l'air du cantique de saint Gen, que le compositeur s'est approprié, en l'arrangeant pour la vois et pour l'orchestre. — Je citerai rapidement le touchant dialogue qui s'établit entre Mireille et Ramon, quand celui-ci pardonne; et le beau chceur : SainU ienste. — Quant au chant de Lauda Sion, j'avoue que j'ai peine k comprendre la r^son qui a déterminé le chois de cette Prose. Par cela même que tout le monde catholique la chante, elle ne caractérise, en aucune manière, une cérémonie toute locale. Evidemment, M. Gounod ne s'est point montré soucieux de faire usage d'une foole d'airs provençaux, ceux du roi René, d'autres airs populaires, de cantiques, et surtout des noëls de Saboli, publiés il 7 a quelques années à Avignon.... ■
J. d'Ortigue insiste sur ce point ; L'auteur n'a pas donné à la musique de Mireille le cachet méridional, et la physionomie provençale.
■ C'est un reproche, dit-il, que je fais & la musique, comme au libretto, comme à la mise en scène, aux dé- . cors, aux costumes.... Mais la musique considérée en elle-même, est très belle. C'est toujours de la vraie musique, alors même que l'inspiration n'est pas celle de la situation, alors même que l'on peut bl&mer une instrumentation trop chargée, une certaine nuance de recherche. Hais que ne puis-je insister, comme je voudrais, sur toutes les beautés de l'ouvrage, sur l'élévation du style, tant de choses délicates, poétiques, senties, sur une orchestration toujours habile, toujours intéressante, et sur les effets d'ensemble d'un grandiose et d'une plénltnde admirables. ..
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Le compte rendu de la Gaseite musicale, tout en étant élogieux, fait quelques réserres : — Au premier acte, le duo des amoureux tient à 3)eine sa place ; mais le chœur des Mag:nanarelles est ravissant. La mélodie est une des plus heu-r renses que Gounod ait trouvées pour un ensemble féminin, et l'on sait que Gouuod est doué d'un talent tout particulier pour les morceaux de ce genre. Le second acte est le plus robuste et le plus attachant de l'ouvrage. Le troisième et le quatrième ne sont, en quelque sorte, que deux solos, deux monologues. Tout le cinquième acte est uneadmirable reproduction du Pèlerinage des Saintes. Il y a là, comme aux deux actes précédents, un magnifique déploiement d'art pittoresque. Le critique P. Smith ajoute :
■ M. Gounod nous semble aToir profité de la leçon que U fle)'R« dt Saba lui a donnte . Dans MirtilU, il a fnit moins de cette musique imptrionnelU que l'école de l'avenir voudrait substituer a U tradition des Gluck, Mozart et de leurs héritiers. Cependant, il ne s'est pas encore assez défendu contre la fatale tendance à peindre des grisailles, au lieu de dessiner, de colorer des physionomies vivantes... Pour varier cette monotonie, M. Gounod a un procédé dont il se sert avec une habileté rare, c'est le chœur de femmes, ou bien le chœur dans la coulisse accompagné comme le chant des pifferari, ou bien encore la chanson du pâtre. ..'
Le feuilleton de la Gazette musicale fait remarquer, en terminant, que le dialogue, dans Mireille, est en vers et que beaucoup de gens seraient capables de ne pas B'en douter.
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S32 CH&BLBS OOUNOD
A c6té des comptes rendus élogieux, signalons, parmi les critiques mécouteuts et griachenx, Azevedo, rédacteur musical à VOpinion nationale. Dans le chapitre précédent, nous faisions allosion aux détracteurs de la musique de Cionnod, et nous rangions dans ce nombre les admirateurs de la musique de Wagner. A. Azevedo n'était pas wagnérien. Rossini était son Dieu, et le culte est bien avouable. Mais le critique s'était donné la t&che d'attaquer toujours et quand mfime les œuvres de Gounod. Après la première représentation de Mireille, il publia un compte rendu aussi malveillant que sévère.
(Opinion nationale des 22 et 30 mars 1864) :
— Le livret, dit-il, n'est pas une pièce. Dans la partition, quelques hors'd'œnvre assez agréables ne rachètent pas l'emphase des mélopées mises dans la bouche de simples paysans. Azevedo énumère les hors-d'œuvre, c'est-à-dire la Cueillette au premier acte ; la Farandole et les couplets d'Ourias au second acte ; la Procession des cadavres au troisième acte ; le chœur des Moisson* neura , la description musicale de la Crau, et la Chanson du pâtre au quatrième acte ; en6n, la Procession du cinquième acte. En tout, huit horsd'œuvre, et il ajoute :
« Dani Mireille, l'&ctioo est presque toujoura éludée. On pourrait comparer le livret h ce que les chucutiers somment un assortiment. Le hurs-d'œuvre plaît i M. Gounod. Il lui garde une profonde reconnaissance
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ilepuia la Valse de Fatist, le cLœur des Vieillards, le chœur des Soldats, auxquels Faust doit, après Oœthe, le meilleur de son grand succès. . . >
En résumé, Azevedo trouve que le sens dramatique manque à la musique de Mireille dans la plupart des situations capitales :
< Le premier chceur : Chantez, chantez Uagnanarellet, est frais, pimpant et agréable, sinon nouveau. Mais qu'y a-t-il de rustique et de provençal? On pourrait le faire chanter aussi bien et mieux il des couturières parisiennes, en partie de campagne dans la forêt de Saint- Germain qu% des Magnanarelles du fond de la Provence. Le duo entre Uireille et Vincent devrait être un morceau capital, puisque l'amour de ces deux enfants est la base de la pièce. On n'y trouve que des mélodies prétentieuses et plates >
— Le second acte, dit le critique, est le plus mouvementé de la pièce. La Farandole trouve grâce devant Azevedo. Elle est bien rhythmée. La chanson à deux voix (Magali) débute assez bien.... Les couplets de la Sorcière Taven n'ont rien de nouveau et rappellent plusieurs airs de vaudeville. —
Et tout le reste du compté rendu est écrit dans le même sens, conçu dans le môme esprit de dénigrement : — Dans le final du deuxième acte, dit encore Azevedo, M. Gounod fait chanter maître Ramon en style de prophète d'Oratorio. Ce final se termine par un vacarme à la Verdi, etc. Les trois derniers actes seraient vides de scènes saisissantes. Dans la symphonie Le Rhône, Azevedo ne remarque qu'un joli solo de
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cor et quelques bons eflfets d'orchestre... La ravatine an quatrième acte, heureux petit berger est bien tourmentée... Quant au cinquième acte, il est rempli par la marche de la procession qui est d'un bon caractère, par des ritournelles d'orgue, et par des cantiques. —
Le critique de /'Opmion NationaleuQ montra pas plus de mesure, lors de la reprise de Mireille, au Théâtre-Lyrique, le 15 décembre 1864. Ses appréciations étaient empreintes de la même amertume.
A cette reprise, l'opéra était donné, non plus en cinq actes, mais en trois actes. Lps réductions étaient importantes. Le premier et le second acte sont maintenus comme à la création, sauf un air de bravoure à trois temps ajouté au rôle de M"' Carvalho. Le troisième acte est retranché en entier. Il ne reste du quatrième acte ancien que la chanson du pâtre et les couplets de Mireille Heureux petit berger. La jeune fille ne chante plus ce joli morceau en plein soleil. Elle le dit à rombre,80us le toit paternel. C'est plus commode. Le dénouement est. changé. Mireille a donné rendez-vous à Vincent. C'est à l'église des Saintes qu'ils se retrouvent. Là, plus de coup de soleil meurtrier. Maître Ramon n'a qu'à dire à sa fille ; épouse Vincent ! et, n'en déplaise à Mistral, la jeune fille est remise immédiatement sur pied. Tout est bien qui finit bien.
Au dernier acte (troisième acte nouveau), on ajouta un duo qui avait été composé pour les représentations de Londres.
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Les rôles étaient un peu modifiés. Michot remplissait celui de Vincent. M"' Faure-Lefèvre conservait celui de Taven, et M"* Ugalùe prenait' le rôle épisodique du pâtre Andrelonn.
Voici, selon la seconde édition de la partition, le catalogue des morceaux ;
Ouverture. — Premier acte : Introduction.
Chœur : Chantes, chantes, magnanaretles; — Ariette (Mireille) O légère hirondelle!— Duo : Vincenei^e a votre âge...
Second acte, comme dans la première édition.
Troisième scte : Musette. — Chanson (Andreloun) Le jour se lève. — Cavatine (Mireille) Heureux petit berger. — I)uo (Mireille, Taven) Ah ! parle encore ! — Marche et chœur : Vous, qui, du haut des deux. — Cavatine (Vincent) Mon cœur est plein d'un noir souci. — I)uo (Mireille et Vincent) Ah ! la voici, c'est elle ! — Final : Grand Dieu ! quelle pâleur ! — La partition contient, en outre, comme supplément, les morceaux du troisième acte (première édition), et l'air de Mireille : Voici la vaste plaine.
L'Opéra-Comique reprit Mireille, le 10 novembre 1874. On suivit la première version en cinq actes, sauf les modifications suivantes :
Les deux tableaux du troisième acte, supprimés lors de la première reprise, furent rétablis, et l'on ajouta, au Val d'Enfer, un duo (entre Vincent et Oarias) qui avait été coupé avant la première représentation du 19 mars 1864. Dans e second tableau, le Rhône, on ne se contenta
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plus de faire flotter des corps sur le fleuve. Oa porsa le fantastique, en faisant défller des spectres sur les rives.
Au quatrième acte, le chœur des Moissonneurs fut abandonné. On y substitua le grand air de Mireille du second acte : Trahir Vincent!
An dernier acte, Mireille ne meurt pas. Elle épouse Vincent, et les Saintes-Mariés président à cette union, qui n'a rien de commun avec le dénouement du poème provençal. •
A rOpéra-Comique, les rôles étaient ainsi distribués ; Vincent, Duchesne. — Ourias, Melchissédec. — Ramon, Ismaël.— Ambroise, et le Passeur, Dufriche. — Mireille, M°" Carvalho. — La sorcière Taven, et le Pâtre Andreloun, M"" Galli Marié. — Vincenette, M"" Chevalier.— Clémence, M"* Nadaud.
L'opéra fut représenté pour la première fois à l'étranger, en juillet 1864, au théâtre de Sa Majesté, à Londres. D'après les journaux anglais, l'œuvre fut accueillie froidement (1). Parmi les
(1) Nous traduisons le passage suivant dans l'article Gounod du dictionnaire anglais de Grove : Le auccès de Uireille h Paris en 1864 eut pour cause la teinte de l'oeuvre et surtout la splendide exécution de la part de M"" Carvalho, dont le rôle contient un des airs les plus remarquables des temps modernes (Mon cœur. . .) M" Faure-Lefevre et les autres artistes contribuèrent k former un excellent ensemble. La partition est plus descriptive et plus lyrique que dramatique. L'indrodution en est admirable. C'est un des morceaux favoris des concerts de chambre en Angleterre.
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autres représentations de Mireille à l'étranger, mentionnons celles qui ont été données en 1874 à St-Pétersbourg, et en 1876 à Bruxelles.
£t ne quittons pas l'ouvrage de Gounod sans relever une appréciation étrange du critique do la Revue des Deux-Mondes, Blaze de Bury. — Dans Mireille, dit-il, l'auteur a essayé de rompre avec la tradition de Meyerbeer, pour se rallier aux théories de Wagner '. — Serait-ce à cauee de la mesure à cinq temps dans la chanson de Magali t A l'époque où Mireille fut représentée au Lyrique, le spectre de Wagner hantait l'esprit de la plupart des critiques. Nous avons beau chercher, nous ne trouvons aucun point de rapport entre les amours de Mireille et les amours de Brunehilde et d'Yseult. D'un autre côté, les poèmes subiraient diFficilement une comparaison quelconque;