‹ Charles Gounod, sa vie et ses œuvresChapitre 14 sur 22 · LES DEUX REINES · texte numérisé non relu

LES DEUX REINES

Pendant la lune de miel de Tavistock-Hoase, . Georgina Weldon s'était bercée d'un rêve. Elle croyait avoir accaparé l'esprit de Goanod et son inspiration musicale. Gounod, disait-elle, ne pouvait composer qu'à ses côtés,etsoussoninfluence. L'auteur de Faust ne tarda pas à dissiper cette illusion. Quelque temps après sa rentrée en France, il écrivait pour l'OpéraComique Cinq- Mars, oii se retrouvent toutes les qualités du Maître. Mais, avant Cinq-Mars, nous devons

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nous occuper de deux œuvrea qui avaient été représentées à Paris, pendant le séjour à Londres : Les Deux Reines et Jeanne d'Arc.

La partition des Deux Reines se compose de chœurs, de récitatifs et de morceaux symphouiques intercalés daos le drame en quatre actes et en vers de M. Ernest Legouvé. Cette pièce, qui paraît avoir été conçue en dehors de tonte idée de drame musical, devait être représentée au mois de mars 1865, au Théâtre-Lyrique, avec la Ristori pour principale iuterprèt-e. La Censure prononça l'interdit, parce que le drame touchait h un sujet délicat, la lutte du Pouvoir Pontifical contre Philippe-Auguste, c'est-à-dire contre la Royauté. Bien que l'action des Deux Reines nous reporte auMoyen-Age, laquestion Komaine donnait, en 1865, une sorte d'actualité à l'œuvre de M. Legouvé. Le Gouvernement s'e&aya des allusions. Il craignit que la querelle d*Innocent III avec le Roi de France ne provoquât, au théâtre, des manifestations politiques, et il empêcha la représentation.

En 1865, la possession de Rome par l'Italie était en jeu. Au X[p sièle, le débat entre le Pape et le Roi avait moins de gravité. Philippe Auguste, comme beaucoup de princes de sou temps, était quelque peu bigame. Après avoir perdu sa première femme, il avait épousé logeburge, la sœur de Kanut, roi de Danemark, et il la répudiait le lendemain même de ses noces, pour se consoler avec Agnès de Méranie. Le Pape, au nom de la

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civilisation chrétienne, condamna publiquement ce scandale. II ne put vaincre la résistance opiniâtre du Roi, qu'en mettant la France sous l'interdit religieux. Les églises furent fermées. Cette mesure qui frappait tout le pays, fut plus efficace que l'excommunication. Piiilippe-Auguste céda devant le Pouvoir Pontifical, et, en obéissant au Pape, il reconquit tout son ascendant politique.

C'est sur cette donnée historique, déjà traitée par Ponsard (1), que M. Legouvé a écrit son drame en vers académiques et bien frappés. Il a trouvé, dans un intéressant travail publié en 1840 (Dictionnaire de l'École des Chartes), lelien romanesque de son action. Si le Hoi n'aime pas la princesse de Danemark, s'il lui préfère Agnès, le Comte de Landresse, le légat, est amoureux de la Reine Ingebui^e. Une mèche de cheveux dérobée à la Souveraine, pendant son sommeil i est le prétexte de la répudiation.

M. Legouvé, voyant sa pièce interdite, s'était adressé au Ministre de la maison de l'Empereur et des Beaux-Arts pour démontrer que Les Deux Reines n'avaient rien à faire avec la question Romaine. Sa lettre rappelle "un fait curieux et qu'il est bon do reproduire. Nous citons textuellement ;

... En 1808, mon père écrivit un ouvrage dramatique, intitulé La Mort d'Henri IV. La Censure, les Mînis-

(1} Agnès de Mémnie. Odéon, 18-16,

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trea opposârent un V«to absolu à la représeatatton d« i» pièce. Le brtiit de ce petit conflit arriva jusqu'il l'Empereur, qui se fit rendre oompte de l'affaire. Deux Joam «prâs, le veto était levé. Seulement l'Empereur demanda un changement à l'auteur. Henri IV, dans une scène avec Sully, disait ; j'ai peur! — Monsieur,dit l'Empereur ^ mon père, il faut ûter ce mot-lb 1 — Pourquoi, Sire f les craintes d'Henri IV, )t ce moment, sont historiques. — Soit I Un souverain peut avoir peur, mais il ne doit jamais le dire. — Le mot fut ôté ; ce fut le seul. L'oa-^ vrage, représenté avec le plus grand eucoês, n'excita «ucan désordre. >

En 1865, le veto fut maintenu pour Les Deuof fteines, et l'œuvre, à laquelle s'était associé Gou- Dod, ne fut pas représentée. Le Journal des Débats la publia sous ce titre : Les Deux Reines de France, pour la distinguer des Deux Beine& de Monpou,

Quant â la musique de Gounod, elle resta provisoirement inédite. On l'entendit, il est vrai, dans une ou deux réunions privées, mais la partition, quoique gravée, ne fut pas mise en vente. L'éditeur, M. de Choudens, la gardait en çéserve. Il attendait le jour où l'œuvre pourrait, être donnée au théâtre.

Les deux Reines de France ftirent représentées, pour la première fois, à la salle Yentadour, le 27 novembre 187i!, après quelques répétitionstrop hâtives pour la partie musicale. Les acteurs de la pièce étaient : Brésil, Berton père, Dupont- Vernon, M""Dica-Petit, Tholer, et pour le chant, Lut? (le joDgleur), Colonesse (le cardinal), deus

barytons. L'exécution chorale fut très médiocre. La faiblesse des ensembles contribua à modérer l'enthousiasme du public pour la partition qui n'obtint pas un grand succès. En TOici les morceaux :

Au premier acte, nous sommes à Amiens, sur une place publique. Au fond, la chapelle Saint- Paul, où la Reine Ingeburge doit venir faire ses prières. C'est le jour de la confirmation du mariage que le Comte de Landresse, le légat, amoureux tout platonique de la princesse Danoise, a déjà signé par procuration. Le lever du rideau est précédé d'un prélude dont le début est écrit en style de choral. — Bénédiction de la

chapelle par le Cardinal : O toi que l'univers

C'est une invocation religieuse. — Ingeburge paraît accompagnée do sa suite. Chœur de jeunes Danoises : Un jour encore à vous servir, suivi du chœur des jeunes filles Françaises : Quevotre amitié nous console. La musique de ces deux chœurs de sopranos n'est remarquable que par son extrême simplicité.

Philippe- Auguste a épousé Agnès, après avoir répudié Ingeburge. Celle-ci est enfermée à Etampes. L'action du second acte (Le palais du Roi à Paris) est interrompue par un long intermède musical, La bataille des vins (le jongleur et le chœur : ténors et basses). Il s'agit de décerner le prix au meilleur cru. Les juges, c'est-àdire les dégustateurs, sont dans une salle voisine, ie chapelain du Roi préside le jury, et le jongleur

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désigne, en chantant, les difféi'ents vins qui défilent, en bouteilles, portés par des pages sur des plateaux. La musique de cet intermède est scéoique. Le chœur chante à plusieurs reprises un refrain humoristique et piquant :

ut les jugea goatsieat, goûtaient.

Ah I les bons juges que c'étaient !

Ce second acte est précédé d'un prélude doot le motif est emprunté à l'intermède.

L'acte suivant ne contient pas de musique.

Ingeburge est prisonnière dans le châteaa i!Etampes. Avant le lever du rideau, rorchestre exécute unentr'acte d'un caractère plaintif et d'un bel effet.

Au quatrième et dernier acte, les morceaux de musique sont plus nombreux. Le théâtre repnîsente le cloître d'une église fermée. Des pèlerins viennent demander en vain la bénédiction dti clergé, avant de partir pour la Terre Sainte. Marche et chœur ; sopranos, ténors, basses. L'orchestre fait le chant, et les parties chorales n'évoluent que sur quelques notes. Ce chœur était suivi de la bénédiction des Besaces, bel ensemble religieux qui fut supprimé à la représentation.— Scène de l'interdit. Une femme du peuple ; Depuis dix jours, je cours de ville en ville, et le chœur (sopranos, ténors, basses), grande scène écrite en style d'église. Le peuple, en prières, demande l'ouverture des édifices religieux. — Le

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mélodrame, avec orgue dans la coulisse, a été supprimé à la représentation. — Grand Final : O mon Roi, du peuple qui i'aima. (Orchestre, orgue, chœur). Le Roi cède aux prières de son peuple, et un chœur d'Eosannah éclate de nouveau au bruit des cloches. L'église va se rouvrir. Cette partition, où Gounod s'est efforcé de faire simple, fut exécutée, sauf quelques coupures et quelc^ues modifications insignifiantesitelle qu'elle avait été écrite en 1865. En s'opposant à la représentation , le Gouvernement Impérial n'avait pas frappé d'interdit une des meilleures compositions du M^tre. Les Deux Reines n'ajoutent rien à la gloire musicale de Gounod , et nous croyons que l'Empereur Napoléon III, à l'exemple de Napoléon I"', aurait pu lever le veto de la Censure. Les colonnes du Temple n'en eussent pas été ébranlées.

JEANNE D'ARC e« 1873 bt bu 1890 Troisième reprise de MIREILLE. Novehbbe 1889.

La partition de Jeanne d'Arc est de beaucoup préférable àla partition des Z>«wx Reines. Jeanne d'Arc fut représentée à la Gaîté, le 8 novembre 1873, sous la direction d'Offenbach. L'auteur A^is, Belle Hélène, l'ancien chef d'orchestre du

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