LA NONNE SANGLANTE
Sujet sombre, avec apparitions, spectres, et ruines de vieuï château. Le livret a été tiré par Scribe et Casimir Delavigne d'un roman de Lewis, intitulé : Le Moine, et dont la lecture peu
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attrayante n'est pas & conseiller. On a beanconp critiqué la pièce pour sa couleur lugubre et son manque d'intérêt. Meyerbeer, Haléry et Berlioz avaient refusé de la mettre en musique.
Gounod ne marchanda pas. Pour conquérir sa place au soleil, tous les livrets lui étaient bons. Du reste, ce drame fantastique en cinq actes, avec changements à vue, n'était pas moins scé~ nique que Robert le Diable, et l'intrigue en était plus compréhensible ou moins compliquée.
La scène se passe au XI' siècle, près de Prague. et dans le vieux château de Moldav. Grâce aux conseils de Pierre l'Ermite, deux familles rivales, aussi rivales que les Montaigu et les Capulet, ont rais bas les armes. Le comte de Moldaw et le baron de Luddorf ont fait la paix, et, pour cimenter la réconciliation, lecomteunira sa Ûlle à la famille de son ancien ennemi. Agnès de Moldaw doit, par raison d'Etat, épouser Tbéobald, £ls aîné du baron de Luddorf. Les sentiments d'Agnès se révoltent contre l'union projetée. Elle n'aime pas Théobald. Elle lui préfère son frère Rodolphe. Les deux amants ont résolu de fuir, et Rodolphe assigne, pour minuit, un rendez-vous à sa maîtresse, Agnès. Celle-ci, pour franchir plus facilement l'enceinte du vieux manoii, se déguisera en Nonne sanglante.
La Nonne sanglante est un fantOme, la terreur de tout le pays, qu'on voit errer, la nuit, autour du château. Rodolphe, tout comme Julien d'Avenel, ne croit pas aux apparitions.
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Les doa2e coups de minuit ont sonné. H arrive au rendez-vous. Une nonne se présente. Pour Rodolphe, c'est Agnès, à qui l'imprudent remet son anneau en signe de fiançailles. Horreur I Ce n'est pas Âg:nès déguisée, ce n'est pas la femme aimée à qui il a juré sa foi, c'est la vraie Nonne, toute couverte de sang et armée d'un poignard. Ce fantôme est l'âme d'une jeune fille qui, chaque nuit, vient sur la terre pour chercher celui qui autrefois l'a séduite, et pour se venger. Au milieu du tonnerre , des éclairs , des cris des mourants, le théâtre change. La Nonne conduit Rodolphe dans un superbu décor, dans les ruines d'un château gothique éclairées par les pâles rayons de la lune. On voit des spectres, on assiste à des rites funèbres, pendant lesquels la Nonne promet à Kodolphe la liberté, à condition qu'il tuera celui qui l'a séduite et déshonorée. Le pacte est conclu. Nouveau coup de théâtre I Dans une fête , la Nonne sanglante vient désigner le traître qu'il doit frapper. Ce perfide, ce séducteur est le baron de Luddorf, le père de Rodolphe 1
Tout finit par s'arranger. Rodolphe épouse Agnès et la Nonne sanglante pardonne. Elle emporte le baron de Luddorf au Ciel dans l'apotiiéose du dernier tableau.
L'opéra fut donné le 18 octobre 1854. Il eut plus de succès que la 'première représentation de Sapho. Après le dernier acte, on rappela Gounod sur la scène. L'auteur refusa de paraître.
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Gueymard, dont le rOle était écrasant, fut très ipplaudi.
Yoici la distribution de l'ouvrage : Meriy Lnddorf) — Guignot (Moldaw) — Gueymard Rodolphe) — Be passio (Pierre l'Ermite)— Aymèa Fritz)— M"* Poiosot (Agnès) — M'" Vertheimïerg (La Nonne Sanglante) — M'" Dussj (Ar- ;hur) — et M"* Dameron (Anna).
L'ouvrage est précédé d'une introduction symihonique, où le compositeur a condensé les principaux passages de la partition.
Le premier acte comprend l'air de Pierre l'Ermite : Dieu puissant, daigne m' entendre; iin beau cbœur, deux duos, l'un entre Rodolphe et Agnès; et un finale dont l'andante est large- [uent dessiné. Le duo de Rodolphe et d'Agnès, dit Scudo, contient une phrase d'une exquise élég'ance. Il débute ainsi : Dans tes yeux pleins de 'armes.
Au second acte, après un chœur (assex rire et boire), et un air de Rodolphe (voici Uheure), vient le fameux intermède fantastique, suivi de la scène des morts. Le morceau symphonique qui traduit les plaintes des âmes abandonnées fut très remarqué. Chœurs de femmes invisibles, voix (îhantant à bouches fermées, gammes chromatiques, suites de septièmes diminuées, toutes les ressources employées ordinairement pour imiter l'orage, les vents, et les plaintes des mourants, étaient déchaînées ensemble. Les critiques admirèrent beaucoup cette pièce symphonique;
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seulement, ajoutèrent-ils, elle est imitée de Mendelssohn et de Meyerbeer.
Le troisième acte débute par un chœur ( Valsex tons Vombre), suivi des couplets du page Arthur, et de la scène entre Godolphe et le page {au milieu de Vorage). Le duo final de ïtodolphe et de la Nonne est précédé d'une charmante cantitîlène chantée par Rodolphe : Un jour plus pur {Le calme)
f Ceat Ht Berlioz, le chef-d'œuvre de la partition. Les eontoars de la mélodie en sont exqnia, les désinencea heareuses. L'orcbestration ; est constamment d'an coloria rarissant. C'est une page poétique, dont le calma dËlicieax enchante d'autant plus l'auditeur, que le con< traate qu'elle produit avec l'ensemble de l'œuvre est plu fripant. *
Au quatrième acte : couplets de Luddorf (Bons chevaliers) ; une marche nuptiale, le ballet, et le final. Ce dernier morceau produisît un grand effet. D'ailleurs tous les finals de l'opéra furent très applaudifl.Le Ballet se compose d'une valse, d'un pas de trois, et d'une danse bohémienne.
Le cinquième acte fut moins goûté. II comprend un air de Luddorf (mon fils me fuit), un chœur avec la phrase traditionnelle : avançons en silence, un duo entre Rodolphe et Agnès, et le final.
Sapho n'avait eu que six représentations. La , Nonne sanglante fut jouée onze fois. C'était déjà un progrès, mais Gounod ne tenait pas encore la célébrité.
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La Frasée fit l'élofçe de l'œuvre, et consacra le succès d'estime. On trouva que l'opéra renfermait plus d'éminentes beautés que de parties faibles.
> Lea rhjthmes peu nonveanz, dit la GatetUjIuiicaU, sont rachetés par la recherche de toura mélodiques, de modnlationa et de combinaisons harmoniques qoi sortent de la route battae....*
La Revue des Deux-Mondes, comme puur Sapho, se fît remarquer par sa malveillance.
■ L'oeurre, dit Seudo, se distingue bien plus par l'élégance et l'ëlivatioa du stjle que par l'originalité des idées. On 7 sent tour à tour l'influence ds Gluck, de Weber, de Mendelasotm, et même de Berlioz, it qui U. Gouaod a emprunté quelques petits effets de sonorité, les seules choses que l'on puisse extraire des étranges sjmphouiea de ce compositeur drolatique.
Le mot était de Louis Veuillot, et Scudo s'était empressé de le reproduire. On sait que Scudo, pendant toute sa carrière de critique, fut un ennemi acharné de Berlioz. Dans sa pensée. Tien n'était plus désobligeant que de présenter Gounod comme un plagiaire de Berlioz.
La presse a souvent des jugements bizarres.
Un journal, dans son compte rendu, prétendait que l'auteur de Sapho et de la Nonne sanglante manquait absolument de sensibilité.
Tel était l'horoscope du Charivari sur le futur auteur de Faust et de Bornéo et Juliette.
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LES CONCEilTS (DE ItSI A IS$I).- L'ORPHEOR