SA. VIE ET 8B8 ŒCTBEB
Ils ne jutent pas, comme Fbilémon ejfBaacis, le bonheur le plus complet. Ce duo, de l'œàYrç. de Gounod, ce Souvenes-vous en, est l'expréàsi-bn . de la félicité la plus heureuse. Il est d'un senti-' ment exquis. Il se termine par ces mots : d aou- ' riante image..., et il sufSt de citer les paroles pour rappeler immédiatement le souvenir de cette gracieuse mélodie.
Après le duo, les époux se félicitent d'fitrerentrés dans leur modeste demeure,saDS s'être mêlés aux danses de la jeunesse impie ; et l'on eatend an loin, dans la coulisse , ce délicieux chant des Bacchantes :
Filles d'Athos, folles BBcohantes. . .
chœur très original , qui n'avait pas eu le don de plaire à Scudo. Selon Scudo, ce chœur n'a rien de remarquable, si ce n'est la persistance de deux notes du cor, qui vous taquinent les oreilles I
J'en suis fâché pour Scudo. Ce chœur des Bacchantes est d'un effet très pittoresque, grâce à la forme de l'accompagnement et au choix des instruments que l'auteur fait entendre. Le piano •résonne dans la coulisse avec beaucoup d'à-propos. Les accords en staccato s'amalgament si bien avec les autres instruments, que le timbre banal du piano se perd dans l'ensemble. L'oreille est étonnée de cette sonorité étrange , et , tout d'abord, on se demande quel est l'instrument bizarre qui accompagne dans la coulisse. C'est la
n,gti7cdT:G00glc
102 •.'.*■.'- CHABLES aOUNOD
premi^ft i6\8 qae le piano figare ainâi aa théâtre, en^piàjfé* d'une manière ingénieuse.
'*. f Ce chœur est original, dit Berlioz. La mélodie fle >, -déroole tout entièresnr une pSdale de Domin&nte, brodé» par la sixte, d'un accent Joyeux et suave k la Tois. C'est bien là un chant d'Epicurien. — Pardon de l'anachronisme, si je le commets 1 Je ne sais à quelle époqu» vécurent Philémon et Baueis.— Cet effet de Dominante, brodée par la sixte, fut emplojé déjit par Gluck dans le chœur anal i'Heltna » Paride, devenu plus tard eeloi d'Ipkigénie en Tauride. Dans Phitimon, il a un tout autre caractère, beaucoup plus remarquable. *
Les Bacchantes ont passé. Un orage annonce l'arrivée des Dieux.
f Orage symphonique très bien fait, dit la Gazelle muticale. Peu de bruit, et bonne besogne. Ualheureusèment, on a la mauvaise idée d'imiter le vent dans la coulisse par dea moyens matériels. Taisez- vous, macbi" nistes 1 Le vent soufSe à l'orchestre sous l'archet des violons, et il mugit dans le tube allongé desclanuettes ! >
Jupiter arrive incognito. Il demande l'hospitalité aux vieux époux, comme dans le poème de Lb Fontaine ; seulemeot c'est Yulcain et non Mercure qui lui tient compagnie.
Après le trio (Jupiter, Yulcain, Philémon), Etrangers sur ces borda, et surpris par l'orage, nous arrivons aux couplets de Vulcain :
Au bruit des lourds marteaux. . .
n,gti7cdT:G00glc
Vulcain est de mauvaise humear. Ténus lui a fait le sort que vous savez. Et puis cet amoure' infortuné, toujours en butte aux railleries Jupiter, a été mouillé par l'orage. Il regrei d'avoir quitté ses forges de l'Etna. U exhale i plaintes en deux couplets fort expressifs. Il 3 dans le rbythoie, dans les intonations, da l'harmonie, quelque chose d'abrupt, de grossie de maussade qui convient bien au caractère malheureux Vulcain. Les trombones à l'orcht tre jouent piano, et donnent au morceau u couleur sombre et bien en situation.
Ces couplets ne satisfont pas encore Scui qui les trouve plus baroques que comiques. Q lui faut-il donc à Scudo î
La mélancolie de Vulcain aiguillonne les pli sauteries de Jupiter. Ariette: Eh/ quoi, parce q Mercure. . .
Philémon donne à souper à ses hôtes dont ignore la qualité divine, et pour les égzyt Baucis leur chante la fable : le Rat de ville et Rat des champs. Cette mélodie, assez incolo avait été composée avant la partition.
■ Il j a beaucoup plus k louer, dit Berlioz, dans second air de Jupiter et dana le duo des époux qu'acci pagnent les tenues de violona divisés, et quelques ne da harpe donuant à l'hannoiiie un caractère tout h poétique. ■
La fin du premier acte parut inférieure
n,gti7cdT:G00glc
104 CHARLES aODNOD
commeticetnent. Jupiter veut récompenser FhilémoQ et Baucis de leurs vertus. II les épargrnera du châtiment céleste qu'il va infliger à toute la contrée impie. Il étend la main sur les deux vieillards, et il les endort. Quelques critiques prétendirent que l'air où le Dieu de l'Olympe ordonne aux époux de s'endormir, avait des qualités soporifiques auxquelles les spectateurs eux-mêmes ne pouvaient résister. II faut bien faire un peu d'esprit.
Dans la partition conforme à la seconde version, la seconde moitié du premier acte est ainsi indiquée :
Ariette : Eh ! quoi parce que Mercure. — Mélodrame. — Romance : Ak ! si je redevenais belle (Baucis). — Quartettino : Prenez place à la table. — Final : Allons ! triste buveur.
Le second acte so passe dans le temple de Jupiter, où, par défi, les compatriotes de Philémon se sont réunis pour célébrer leurs orgies. On boit, on chante, on danse, on blasphème jusque chez le Roi des Dieux. (Chœurde l'ivresse : Dans l'ombre de la nuit. — Strophes de la Bacchante — Chœur des Bacchantes : Filles d'Athos, folles Bacchantes). — Vulcain intervient pour faire de la morale; il prêche la tempérance. Il est éconduit. (Scène et chœur: Arrêtes/ — Chœur des Blasphèmes : Nous chantons aux lueurs). — ■ Jupiter paraît, et, d'un geste, il foudroie tous ces impies qui tombent morts. (Final : O Jupiter 1)
n,gti7cdT:G00glc
SA VIE ET SKS ŒCVtlEf; lOï
Voici quelques appréciatioas sur ce second note :
( On ÛT de danse, destiné à sccoiupngner la acine de l'orgie, écrit Berlioi, oecupe l'entr'acte. Ce morceau d'orchestre est magistralement traité, les développements Q'eu sont pas excessifs, et les modulations s'j enchaînent avec autant dV-propos que de bonheur. Ici encore se trouve l'emploi d'une pédiile obstinée, très piquante, pâdale double, formée par le martellement continu de la tonique et de la dominante, établissant une sorte de eariUoD.Ualheareuaement, le thème de ce brillant allagro rappelle trop un air de danse du Déwrt, de Félicien David.
* Les strophes avec chœur chantées dans le temple par une de ces femmes impies, ont paru manquer de caractère, malgré l'effet dn chœur qui en reprend la thème dans un grand ensemble de voix à l'octave. Le final : £«f dieux s'en vont, est beaucoup mieux. Il est écrit en général un peu haut pour les voix supérieures. *
La G asetie Musicale se livre à quelques plaiaanteries au sujet de l'air de ballet :
« Le second acte est précédé d'un air de ballet qne l'oD entendra bientôt dans la bacchanale qui va suivre. Il roule presque, entière ment sur une phrase tTèscoarte,qni est répétée une cinquantaine de fois dans divers tons et par divers instruments. L'habileté d'arrangement a tant de chances de succès aux premières représentations, que l'auditoire a crié bu à l'unanimité. On a donc entendu cent fois de suite le petit motif ; ceci soit dîtsans déprécier le morceau, qui est fort bien Tait, ingénieusement conduit, habilement instrumenté comme morceau d'entr'acte. Seulement, il n'est pas assez sonore.
n,g -ccT'GoOgIc
lOri CHARLES GOUTfOD
comme air de ballet. Le pied des danaeoaeB y couvre la Toix discrète de l'orchestre. Le ctvBur qni fait tant d'effet au premier acte, en produit moins an second, lorsqu'on le chante à pleine voix. Le chœur ; la Dieux «'«n vont que l'on chante après l'expulsion de Vulcain, et qni exprime le paroxysme de l'orgie, a beaucoup de sonorité. Ls plupart des auditeurs n'en demandant pas davantage.»
Scuclo écrit dans la Revue des Deux-Mondes:
t Le second acte transporte la scène chez le peuple voluptueux destiné h périr bientôt par la colère des Dieux. Il est précédé d'une introduction ou entr'acte aymphonique très piqnaut et délicatement instrumenté. Cet entr'acte sera entendu de nouveau comme air de danse dans l'orgie qui va suivre, et dont le tableau est la reproduction presque exacte de celui de M. Couture, Im Bomairtt de la décadenc». Nous dirons, sans détour, que la musique de tout le second acte, qui heureusement n'est pas long, est d'une grande faiblesse, et que nous n'y avons remarqué que le second chœur qui forme le final de cette fiasque peinture de voluptés morbides, dont les théfttres abusent, et dont ils fatiguent le public... >
Au troisième acte, Fhilémoa et Baucis se réveillent dans un palais. Ils sont redevenus jeunes, et ils ont quelque peine à se reconnaître. Baucis, à moitié endormie, chante :
Philémon m'aimerait encore! s encore Philémon !
Philémon se réveille à son tour. Les deux
n,gti7cdT:G00glc
époux chantent alors l'agréable duo, à la fia duquel leurs voix reprennent ensemble ;
O baiser de feu !
Brûlante caresse...
La vie leur est rendue avec tous ses plaisirs et toutes ses espérances.
Jupiter reparaît. Cette fois il est vêtu d'un brillant costume de dieu, et il ne se présente plus incognito, comme au premier acte. Il revoit Baucis qu'il a rajeunie par sa toute puissance, et Baucis est si jolie, qu'il eu devient amoureux. Le maître de l'Olympe célèbre, en deux couplets, son ouvrage :
Vénus mSme a'est pas plus belle !
et, enflammé parla passion, il redevient le mauvais sujet qui a séduit Léda, et tant d'autres. Il charge Vulcain d'éloigner le mari. Un de plus ! se dit Vulcaiu, en se frottant les mains, tout enchanté qu'il est de voir en Philémon un nouveau confrère,
Jupiter aborde Baucis, pendant qu'elle dit cet air charmant, écrit pour M"" Carvalho :
riante naturs...
Puis le duo s'engage : Releves-vous, Jeune
lus CHAKLËS OOUTfOD
mortelle I On y remarque notamment la jolie phrase mélodique sur ces paroles :
Philëmon, ne crains pas que j'oublie Le doax serment qui pour jamais nous lie.
Ce qui n'empêche pas Baucis de se laisser embrasser par Jupiter. Pouvait-elle refuser un baiser au m^tre des Dieux I
Suit le trio entre Philémon, Baucis et Vulcain. C'est le trio de la jalousie et des reproches. Enfin, Baucis touchée du désespoir de son mari, demande à^ieillir. {Romance et final).
Rendez-moi mes rides, Rendez-moi mes cheveux Uancs
dit-elle à Jupiter. Mais Philémon et Baucis resteront jeunes. Ils ne seront pas changés, l'un en tilleul, l'autre en chêne, comme dans le poème de La Fontaine.
Consacrons une autre vie A de nouvelles a
chante Baucis, et Jupiter reprend le chemin de i'Olympe, pour ne plus découcher, sauf dans Amphyirion.
Les feuilletons critiquèrent ce final comme n'étant pas à la hauteur de la situation. On reprochait aussi au compositeur de chercher ses effets dans l'orchestre, plutôt que dans les rôles confiés aux voix.
Les acteurs, à l'origine, furent MM. Froment (Philémon)— Bataille (Jupiter) — Balanqué (Vul-
n,gti7cdT:G00glc
SA VIE ET SBS ŒUVRBS 109
cain) — M"* Carvalho (BaucU), et M'" Sax (La Bacchante, 2- acte).
Après une douzaine de représentations, Philémon et Baucis disparut de l'affîche par suite du deuil de M"* Carvalho, qui perdit sa mère. L'ouvrage ne fut repris que 16 ans après, à rOpéra-Comique, le 16 mai 1876, avec MM. Nicot, Bouhy, Giraudet et M'" Chapuis. On supprima tout le second acte, ainsi que la fable des Deux fats chantée, à l'origine, au premier acte. Au dernier acte, on eut l'heureuse idée de faire revenir pour le dénouement la jolie mélodie du début :
soariante image. ..
En 1882, Philémon et Baucis fut de nouveau repris à la salle Favart. Quoique représentée & de rares intervalles, cette oeuvre, qui aie don de plaire aux femmes, est restée jusqu'ici au répertoire de l'Opéra-Comique, dont elle est un des plus gracieux ornements.