‹ Charles Gounod, sa vie et ses œuvresChapitre 8 sur 22 · LA COLOMBE · texte numérisé non relu

LA COLOMBE

Ce petit ouvrage devait être représenté à Bade en 1859. La guerre d'Italie fit ajourner la représentation, qui n'eut lieu qu'à la saison suivante, à Bade, le 3 août 1860.

7,a Colombe est uue opérette de salon , un ouvrage sans grande importance , d'une couleur générale un peu temo. On y remarque cependant quelques pages d'ane exquise délicatesse. Orchestration discrète : le quatuor, deuz bassons, deux cors, deux clarinettes, deux hautbois, deux Aûtes et les timbales. Point de chœurs. La pièce est à quatre* personnages : deux sopranos, un ténor et une basse.

A Bade, les rôles furent créés par M~'CarvaIho (Sylvie) ; M'" Faivre ( le petit Mazet ) ; Eoger (Horace)et Balanqué(maître Jean,le majordomej.

Le sujet est tiré d'un conte de La Fontaine, le Faucon, le seul conte du charmant fabuliste, dont la mère puisse permettre la lecture à sa fille. Les auteurs, MM. Barbier et Carré, n'ont pris à La Fontaine que l'idée de son poème. Bs ont démoli pièce à pièce le conte, et ils ont métamorphosé l'oiseau de proie, le Faucon, en une blanche colombe. Celle-ci appartient au jeune seigneur Florentin Horace qui l'a baptisée du nom de Sylvie en souvenir d'une femme aimée.

La colombe est d'autant plus chère à Horace, qu'un jour la comtesse Sylvie a posé ses lèvres roses sur le blanc plumage de l'oiseau. La comtesse, par un caprice de femme, veut posséder la colombe. Elle envoie son majordome, m^tre Jean, pour acheter, à n'importe quel prix, l'objet de ses désirs. Impossible ! Maître Jean, s'abouche avec le petit Mazet, le valet d'Horace. Rien ne peut réussir. La comtesse se décide alors à em-

ployer le grand moyen de séduction. Elle se rend chez Horace, et, sans lai faire connaître le bat de sa visite, elle lui demande à dîner. Hélas ! Le jeune seigneur est pauvre, presque ruiné. Les fournisseurs refusent de lui faire crédit. Comment faire pour recevoir dignement, à sa table, la femme qu'il adore? Le moyen est trouvé. Oa cuira la colombe I Ce sera, avec les fruits du jardin, le plat de résistance, le rôti. On dîne, et vous jugez de la déception du seigneur, quand, au dessert, la belle Sylvie se démasque, quand elle lui apprend que la colombe, la colombe qu'on vient de manger, est l'objet dont elle souhaite ardemment la possession I

Tout s'arrange à merveille pour le dénouement. Le cœur de la comtesse est touché. Elle offre sa main, et la blanche colombe est retrouvée ; elle n'est pas cuite, elle est bien vivante, et en plumes. Le cuisinier intelligent a immolé à sa place un perroquet.

Ce petit opéra-comique est en deux actes. Il fut repris, à la salle Favart, lo 7 juin 1868, ayant pour interprètes ; M"' Cieo, M'" Girard, Capoul et Bataille.

Une introduction sert d'ouverture. (Solo de violoncelle et solo de cor).

Au lever du rideau, le petit Mazet donne à manger à la colombe, à Sylvie, prisonnière dans une cage d'osier :

Apaisez, blanche colombe Votre faim.

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Cette cantilène, publiée dans le troÎFiième recueil de mélodies, est bien connue.

Mentionnons, sans nous y arrêter, les morceaux suivants :

Trio : Qu'il garde son argent (Horace, Mazet, Jean) où se trouve intercalée la romance en fa, d'Horace : J'aimais Jadis une cruelle.

L'air de Jean, le majordome :

Les t Quand U s'agit de plaire.

Le grand air de la comtesse : Je veux interroger ce jeune homme.

Les couplets d'un jet si franc et si spirituel, en fa mineur, de Mazet : Ah f les femmes !, écrits pour M"* Girard. Ils ne figuraient pas dans la partition primitive, exécutée à Bade.

Le premier acte se termine par le terzetto : O vision enchanteresse ! etpavle quatuor: O douce joie, à la fin duquel revient le précédent motif de Mazet : Ah ! les hommes !

Le rideau reste levé, le décor ne change pas et le second acte n'est séparé du premier;que par un morceau d'orchestre. C'est l'entr'acte de.'I-o Colombe, véritable chef-d'œuvre de mélodie gracieuse. Le motif, exposé uue première fois, reparaît bientôt sur un accompagnement original. C'est élégant, délicat, expressif ; c'est du Gounod de la bonne époque. Cette petite page, embaume la partition. Elle suffirait à donner à l'ouvrage

une notoriété toute artistique. L'entr'acte de La Colombe^ avec les violons en sourdine, est exécuté souvent dans les concerts. 11 a été ajouté à la nouvelle partition.

Au second acte ;

Air du majordome : Le grand art de cuisine.

Duo, en deux mouvements, entre Horace et Mazet, entre le maître et le valet : Il faut d'abord dresser la table. On remarque dans ce duo le morceau en mineur ; O pauvreté funeste !

Romance de Sylvie, précédée d'un solo de violon : Que de rêves charmants !

Gounod avait ajouté, au premier acte, des couplets pour M"' Girard. 11 ne pouvait faire moins pour Capoul. Le madrigal chanté par Horace : Ces attraits que chacun admire, a été composé pour les représentations de la salle Favart.

Quatuor : Déjà son cœur semble souscnre ; puis le duo : Combien je vous rends grâce.

Et comme la colombe a été retrouvée, les auteurs, ont, pour la reprise, à l'Opéra-Comique, adapté en final, l'air du début :

Apaisez, blanche colombe Votre faim.

La Colombe est la première oeuvre de Gounod qui fut représentée à la salle Favart. Elle fut encore reprise, au mois de novembre 1879, dans une salle plus modeste, au petit théâtre de la rue

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Taitbout. M"" Péchard y remplissait le rôle de Sylvie.

L'immeuble de la rue Taitbout, situé en regard de la salle Herz, où Gounod avait fait exécuter ses premières œuvres, avait d'abord servi de siège social à une société financière. La société sombra, et donna lieu, devant la Cour d'appel, à un procès retentissant. Le local fut transformé en élégant théâtre. On y joua l'opérette, on y installa des bals masqués, on y fit du bruit aux premières représentations, on y vit quelques pièces à succès, comme La a'uche cassée, on y applaudit aussi des danseuses espagnoles, qui se déhanchaient, selon la tradition orientale.

Quand La Colombe vint se poser, pour un instant, sur cette petite scène, le théâtre avait pris le nom quelque peu ambitieux de Nouveau Lyrique. On donnait l'œuvre de Gounod comme pièce principale. La représentation commençait par des morceaux symphoniques et se terminait par une opérette de Delibes : L'Ecossais de Chntou. Le spectacle était varié.

Le théâtre Taitbout n'existe plus. L'immeuble a repris son ancienne destination. Plus de Colombe. C'est le siège social d'une Compagnie d'assurances.

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