RÉEL À
basse classe, et enfin tout le monde, (Ca serait l'œuvre de cinquante années tout au plus.
— Et en attendant, que deviendrait la basse classe sans la protection de la classe instruite ? Quel lien aurait celle-ci à celle-là, et pour quelle raison voudriez-vous que nos gens instruits, une fois anglifiés, ne s'alliassent point avec les nouveaux venus, pour exploiter le pauvre penple ? Pensez-vous qu'il y aurait beaucoup de sympathie entre l'homme de profession anglifié, et nos habitants ?
—Bravo, mon cher Guérin, bravissimo ! C’est précisément cela, C’est ce qui est arrivé à notre noblesse d’autrefois : aussi est-elle tombée, et dans l'opinion des gouvernants, pour qui elle n'avait de valeur qu'en autant qu'elle représentait une nationalité, et dans l'opinion du peuple qui, la voyant, elle, fière et opulente envers lui, ramper aux pieds du pouvoir, dans l'ignorance et les excès, l'a énergiquement flétrie du nom de roblaille, tout comme il aurait dit raletaille. Il + a une nouvelle noblesse, la nobles professionnelle, née du peuple, qui x succédé à la noblesse titrée. Qu'elle ÿ prenne garde : si elle oublie son origine, si elle suit le même chemin... le même sort l'attend!
—Oh ! mais, c’est bien différent cela! La noblesse, ou la noblaille, comme vous voudrez, est anglifiée pour se rendre encore plus aristocratique : ce n’est pas ainsi que je l’entends. L'anglification, gagnant peu à peu la masse du peuple, le préparerait à se fondre bien vite dans le vaste océan démocratique, qui....
—Halte-là! Je n'aime pas les grandes phrases, et je n'aime pas qu'on me fonde! La politique d’anglification en vient toujours là. Avec cela, il faut toujours être fondu. C’est une idée qui m'ennuie considérablement. Qu'en dis-tu, Guérin ?
—À présent, c’est l’américanisation que M. Voisin veut nous prêcher. Je t’assure que ça m’est bien égal. Mordu
For esg
d’un chien ou d’une chienne.,,,Je ne suis pas pour Îles fusions. Les peuples comme les métaux ne se fondent pas à froid : il faut pour cela de grandes secousses, une grande fermentation.
—Que voulez-vous y faire ? On ne vous demande pas si cela vous fera du mal où du bien, On ne s'inquiète pas le moins du monde de vos sensations, si ça vous brûlera. ou si ça vous gèlera. On vous pose un fait : un fait, diable, que voulez-vous encore une fois? On ne répond pas aux faits, on ne répond pas aux chiffres. Voyons, nous somines serrés entre l’émigration d'Angleterre et la population des États-Unis. Il nv a pas à regimber. Ni vous ne voulez pas être Anglais, soyez Yankees; si vous ne voulez pas être Yankees, soyez Anglais. Choisissez! Vous n'êtes pas un demi-million: pensez-vous être quelque chose ? La France ne songe pas à vous: elle à bien de là peine à conquérir sa propre liberté...
—0Oh! elle la glorieusement conquise ! Cette année mil huit cent trente, qui vient de finir, est une grande année pour le monde ! C'est l'ère de la liberté! La France libre et puissante dans l’ancien monde, pourquoi n'aideruaitelle pas, ne protégerait-elle pas une nouvelle France dans le nouveau monde ?
—Voilà bien de lenthousiasme ; mais, pour cela, il faudrait d’abord que la France nous connût.
—Nous nous ferons connaître ! Le premier réveil de son ancienne colonie, le premier cri de guerre, le premier coup de fusil d’une révolution attirsra iei des centaines et des milliers de Français. Ne les ü-t-on pas vus partout où il y à du danger et de la gloire ? Pourquoi ne feraient-ils pas nour la Nouvelle-France ce qu'ils ont fait pour la Nouvelle-Angleterre ?
—Pourquoi ? Mon Dieu, je vous le répète : ils ne nous
(1) Ces idées étaient généralement celles de la jeunesse canadienne avant 1837. L'événement à donné raison aux prédictions d'Henri Voisin,