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—Quant à cela, Voisin à raison. Il y a longtemps, pour la France, que nous sommes morts et enterrés. Nous ressusciterions qu'elle n’y croirait pas ; elle ne saurait pas ce que cela voudrait dire. Il n’y a pas de peuple qui soit plus dans l'ignorance de ce qui se passe hors de chez lui que le peuple français. Un de mes amis, qui a fait ses cours à Paris, prétend qu'on n'à jamais voulu le prendre pour un Canadien, parce qu'il n'avait pas le visage tatoué, Lorsqu'il est parti,on à voulu le charger d’une lettre pour Tampico, parce que c'était sur son chemin ! Et puis les peuples qui comptent sur l'étranger pour secouer le joug, comptent toujours sans leur bôte.,,,
—Sur quoi compces-tu, mon pauvre Guilbault ? car tu es un révolutionnaire.
—Moi, jamais ; pour une révolution, il faut un autre état de choses que le nôtre ; je t'ai parlé d'indépendance quelquefois ; c’est bien naturel. L'indépendance, surtout quand où est garçon et qu'on n'a que vingt ans... ca flatte toujours d'y penser.
—Penses-y bien, mon vieux, tu n'en jouiras peut-être pas longtemps. T’imagines-tu que ta femme te permettra de t’habiller en é#offe du pays de la tête aux pieds. Il n'y a pas de demoiselle comme il faut qui ne s'évanouirait rien qu'à te voir fait comme tu es Jà. Ma mère et ma sœur, qui vivent à la campagne, ont pleuré toute une nuit, parce que je voulais me faire faire un gilet et des pantalons d’une étoffe qu’elles avaient faite elles-mêmes.
—C’'est que je ine moquerai joliment de ‘1a femme, quand il s'agira de mon pays!
—Oui-dà ! Je voudrais bien t'y voir. Je crois que M. Guérin a trouvé l’écueil où ton patriotisme fera naufrage.
—Je ferai mes conditions.
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— Il n'y «à rien de plus juste; on dira comme toi, on sera patriote tant que tu voudras. Quatre chaises de bois faites dans le pays, avec du bois du pays et de la paille du pays, on n’en demandera pus plus. Une chaumière et son cœur! Comme c’est touchant ! Cependant, il faudra bien un piano, ne fût-ce que pour s'accompagner en chantant À la claire fontaine. Voilà déjà un meuble qui court bien des risques de n'être pas du pays.
—Oh ! pour cela, je n’y ai pas d’objection. J'excepte tout ce qui tient aux beaux-arts.
— Bon ! voilà une fameuse brèche de faite. Les beauxarts, ça mène loin, n'est-ce pas, M. Guérin ?
—Sans doute. IT faudra bien permettre à madame de faire quelques tapisseries en laine.
—C'est cela, un tabouret pour le piano.
—Oui,et il n'y aura pas moyen de ne pas faire monter cela en acajou.
—Justement, c'est si économique : les laines, le velours, l’'acajou, le salaire de l’ouvrier, ne coûtent que sept ou huit fois le prix d’un tabouret en crin, que l’on achèterait tout bonnement dans la boutique d’un ébéniste.
Mais, vous n’y pensez pas non plus; quel progrès pour les beaux-arts !
Deux fauteuils en laine, montés en acajou, ce serait encore une grande économie et un grand progrès. Il ne faudra pas dire par exemple que les laines sont importées d'Allemagne tout assorties, et que l’acajou ne croît pas dans ce pays-ci.
—Ah! voici où je vous prends ; mes fauteuils seront montés en érable piqué.
—De l'érable piqué ! Fi donc! ça tuerait tout l’effet des dessins. [1 faut quelque chose qui fasse paraître les couleurs avec plus d'avantage. Quand on veut se mêler de beaux-arts, il faut du goût, et le goût n’admet pas de compromis. Tes fauteuils seront brodés sur velours avec
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