TOGO AO MEET TEMPS CA
64 CHARLES GUEÉRIN
Deux longues lisières, à peine habitées, à peine cultivées, de chaque côté d’un fleuve, avec une ville à chaque bout : de petites villes, du milieu desquelles on voit la forêt qui se termine au pôle !
—0h oui, Voisin est comme cela, il ne croit pas à notre nationalité : il dit qu'il faut s’anglilier.
—Ah! si M. Voisin est un anglomane,tu as eu tort, mon cher Guilbault, de me le présenter comme un patriote, La politique, à mes veux, n’est qu’un accessoire, un instrument qui sert à conserver notre nationalité. Que m'importe à moi que mes petits-enfants (dans la supposition que j'aurai des enfants pour commencer) vivent sous un gouvernement absolu, constitutionnel où républicain, s'ils doivent parler une autre langue, suivre une autre religion que la mienne, s'ils ne doivent plus être mes en-
fants ?
Tâchons d'être une nation d’abord, ensuite nous verrons comment nous gouverner,
—Ce que vous dites 14, M. Guérin, est bien vrai. Cependant ce n'est que du sentimentalisme., Que nous importe ce que seront nos petits-enfants, après tout? L’essentiel, c'est le bien-être matériel de la génération présente, Croyez-vous que nous v gagnions beauconp à nous isoler, et que si nous étions anglifiés, complètement anglifiés, nous serions maltraités comme nous le sommes ? Voyons....là....de bonne foi....pourquoi les Anglais nous maltraiteraient-ils, si nous étions des Anglais comme eux ?
—Mon cher monsieur, je viens vous interroger à mon tour. Est-ce que vous pensez que nos habitants s'anglifie-
raient à volonté ? Pensez-vous qu'il n’y aurait qu’à dire :
anglifiez-vous, et que demain, ils parleraient anglais, cultiveraient à l'anglaise, voyageraient à l'anglaise ?
—Non, c’est bien certain, mais cela viendrait petit à petit. Il faudrait commencer par la haute classe, et puis la classe instruite, et puis la classe moyenne, et puis la
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