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tables obstacles, au moment où l’on est sur le point de recueillir quelques fruits de ses peines, on se réveille sans sa chimère !... Qu'est-elle devenue ? Est-elle sortie par la porte, par la fenêtre ou par la cheminée ? On n'en sait rien ; mais ce qu'il y a de certain, c’est qu'elle est disparue, Alors tout ce qui à rapport à ce caprice d'hier, en attendant le caprice de demain, n’est plus tolérable pour un seul instant. Tout ce qui se rattachait de près ou de loin à ce charrie rompu, tout ce qui rappelle par limagination, par la vue, par l’ouïe, par l’odorat, ou n'importe comment, cette illusion dissipée, est ennuyeux, cruel, odieux. L'ami plein de sollicitude, le même qui a voulu d'abord chasser votre chimère, mais qui ensuite l’a prise en pitié et a fini par s’en accommoder, cet ami converti avec tant de peines, si dans ce moment il vient vous parler de votre goût, de votre penchant qu'il croit de bonne foi devoir être éternel, ce pauvre ami est alors d'autant plus maltraité que, n’osant lui avouer ce qui en est, vous êtes forcé de lui chercher une querelle atroce pour donner cours à votre mauvaise humeur.
Quelquefois, à l'instant précis où le désenchantement vous est venu, vous saviez vous-même que vous étiez sur le point de réussir, vous touchiez de la main au succès ; il ne vous restait qu’à faire un effort moindre que tous ceux que vous aviez faits jusqu'alors ; mais c’est impossible, vous êtes frappé d’impuissance, la force mystérieuse qui vous soutenait vous à abandonné : il ne s'agirait que de lever le petit doigt, vous ne le pourriez pas, vous ne le voudriez pas!
Le malaise, l'ennui, le dégoût qui forment cette nouvelle phase de la maladie ne sauraient se peindre. On est mécontent de l’univers et de soi-même. Fort heureusement cela ne dure pas. La crise que l’on éprouve ne tarde pas à enfanter un nouveau caprice qui se termine comme le premier, et ainsi de suice jusqu'à l'épuisement et à l’ineptie.
Ce qu'il y a de plus triste, c’est qu'il ne reste rien de tout cela. Il y a une fatalité qui veut que rien n'arrive à terme et qui porte l’homme capricieux à détruire lui-même son ouvrage. [l semble même ne travailler qu'à la condition expresse qu'il ne restera aucune trace de ses efforts. Du moment que son œuvre menace de devenir utile à lui-même ou à la société, il s'arrête et ne va pas plus loin dans l’hallucination continuelle qu’il éprouve ; il arrange la veille sa journée du lendemain, et si quelque événement imprévu vient y changer quelque chose, se- ‘ait-ce l’occasion de faire sa fortune, il s'estimerait vraiment malheureux ; mais il n’est jamais si exaspéré que lorsqu'il se voit arraché à ses rêves par un devoir qu’il lui faut remplir.
Le devoir est, en effet, l'ennemi juré du caprice. L'un commande et l’autre désobéit. Tandis que l’un prêche avec gravité et avec onction, l’autre ne fait que rire, chanter et se moquer. Tandis que l’un bâtit avec courage des monuments de granit, l’autre élève des chàteaux de cartes. Avec l’un, c’est la jouissance d’abord et le dégoût à la suite ; avec l’autre, c’est le travail d’abord et ensuite la jouissance. Le devoir redoute le caprice, tout en le méprisant, le caprice se rit du devoir et le hait parce qu'il l'estime. Le devoir nous commande rudement pour commencer ; il ne gagne nos bonnes grâces qu'à la longue ; le caprice nous enchante et nous séduit pour se rendre maître ; puis, quand il est maître, il nous tyrannise sans relâche. Le devoir, c’est la prière humble et fervente, c'est le travail modeste et assidu, c’est la raison lucide, c’est la charité héroïque, c’est l’économie discrète et prévoyante ; le caprice, au contraire, c’est l’extase folle et orgueilleuse, l’oisiveté dédaigneuse, la volupté exigeante, l’insoumission railleuse, le sophisme inconséquent, l’égoisme étroit, le luxe corrupteur et ruineux.
Nous avons dit que cette maladie du caprice prenait