‹ Charles Guérin [microforme]Chapitre 38 sur 94 · J EU · texte numérisé non relu

J EU

ESS En passant

et près des peu-

=. pliers du jardin,

Charles aperçut

son ami Voisin

qui s'était adossé

à un de ces arbres et paraissait chercher dans la contem-

plation de ia voûte étoilée, une compensation à sa solitude

et à son ennui. Il eut pitié de lui et, l’indiquant à Clo-

rinde qui ne put s'empêcher de sourire, il prit congé d’elle et alla le rejoindre.

Comme pour remercier son ami, Henri ne tarit pas en éloges sur Louise et sur Clorinde. Il le félicita d'avoir dans une de ces charmantes personnes, une sœur chérie, et dans l’autre....bientôt, peut-être, plus qu'une sœur.

Ii est juste de dire qu'il y avait encore plus de vérité que de flatterie dans ces paroles. Mlle Wagnaër et Mile Guérin étaient bien certainement les deux reines du bal.

quoique belles ‘" scune à sa manière. Clorinde, un peu brune, avait ur. äe ces teints animés et transparents qui ont le velouté de la pêche. Elle avait de grands yeux noirs tempérés dans leur éclat par la mélancolie que pro- Jetaient sur leu:- regards les longs cils qui les recouvraient, un profil grec assez correct, des lèvres un peu plus épaisses qu'un peintre ne l’aurait désiré, mais pleines de fraîcheur et de volupté dansleurs contours. Son expression un peu sévère devenait gracieuse lorsqu'elle causait ; elle avait quelque chose de compliqué qui manquait à la blonde et naïve figure de Louise,

Les charmes de cette jeune fille, son amour qu'elle ne lui dissimulait guères, les magnificences de la soirée et, pour tout dire, quelques verres d’un vin généreux que Charles s'était versé au buffet en compagnie de son ami, tout cela lui avait monté la tête à un degré difficile à décrire. « [lse livrait à une splendide improvisation dans laquelle il construisait des châteaux et organisait des fêtes dignes des Mille et une nuits, lorsqu'un domestique vint annoncer aux deux jeunes gens, que M. Wagnaër désirait les entretenir un moment. Ils le suivirent et trouvèrent leur hôte qui les attendait dans une petite chambre voisine de

x . . . *A son magasin, dans la seule partie de la maison qui ne fût

pas envahie par la foule des invités. Il avait avec lui Guillot son commis et un jeune homme inconnu.

—Je vous demande mille pardons, dit-il, de vous avoir enlevés à vos amusements, surtout pour: vous parler d'affaires. Je vous tiendrai iei le moins longtemps possible, et comme je n’y vais point par quatre chemins, ce sera bientôt fait. Monsieur Jean Bernard, que je vous présente, est le fils d’un de mes amis. [Il se propose de fonder un établissement de commerce dans le district de Gaspé. Il y a beaucoup à faire dans ces endroits, et je crois qu'avec un peu d'encouragement il réussira. J'aime à favoriser les jeunes gens, et surtout les jeunes Canadiens.

Après cela, vous me direz que c'est bien juste, puisque J'ai fait ma fortune ici....1l faudrait à M. Bernard deux mille louis pour faire partir ses affaires. Hum! deux mille louis, par le temps qui court, M. Bernard, savez-vous bien que ça ne se trouve point dans le pas d’un cheval! Mais, comme je vous le disais, il y a un instant, je crois que nous en viendrons à bout. Sept cent cinquante louis que Monsieur a par lui-même, et sept cent cinquante louis que je viens de lui prêter, cela fuit bien quinze cents louis. Ilest vrai qu'après cela je me trouve épuisé, mais il reste mon crédit, qui est bon, Dieu merci. En partant avec M. Bernard demain matin pour Québec, je trouverai là des amis qui nous endosseront des billets et j'aurai aisément quelques cents louis aux banques, La seule objection, c’est qu'un voyage à Québec dans ce moment-ci me contrarieruit beaucoup. Je suis au plus fort de mes affaires ....J'étais très embarrassé, lorsque Guillot, qui a de bonnes idées, m'a fait penser à vous, Messieurs. Vos noms sont assez connus. Placés avec le mien, pour la forme, sur le dos d’un billet, ils feraient l'affaire sans aucune difficulté. J'ai pensé que vous aimeriez à vous joindre à une bonne action, et à rendre service à un jeune compatriote. J'ai préparé deux billets de cent cinquante louis chacun. Vous n'avez qu'à dire si cela vous convient. Ni ça vous gênait le moins du monde, nous n’en serions pas pires amis.

Après quelques observations, Henri Voisin, sans trop hésiter, endossa l’un des billets, fait à son ordre par Jean Bernard. Charles Guérin suivit son exemple et mit son nom sur l’autre billet.

M. Wagnaër écrivit le sien au-dessous.

Et l’on rentra dans la salle du bal, et le bal dura jusqu'au jour.

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