SERRES TRE MATE DEA
branches du sapin descendaient jusqu’à terre en s’éloignant du tronc. La jeune fille avait de longs cheveux châtains qui tombaient en boucles épaisses sur son cou ; son teint était animé de vives couleurs, et quoiqu’elle ne fût pas bien brune, on voyait que sa peau avait été plus d’une fois caressée par les rayons du soleil. Sa respiration haletante révélait un sommeil agité. Un large chapeau de paille et un beau livre relié en maroquin rouge, avaient été oubliés sur une des roches voisines.”
L'indiscret qui se serait permis de feuilleter le livre, aurait trouvé que c'était un Album converti en journal intime, et si, après cette découverte, il eût poussé l’indéliatesse plus loin, il aurait pu lire ce qui suit.
28 mars.
Quel usage puis-je faire de cet Album, qui me soit plus agréable que d’y inscrire jour par jour les ennuis de l’absence ? Quel plaisir nous aurons tous deux à relire ces pages !,....[1 n’est parti que d’hier et quel vide!.... Quelle longue journée! Je n'ai pas travaillé: j'ai passé comme une folle une grande partie du jour à regarder à la fenêtre, dans la direction qu’ils ont prise....comime si je pouvais le voir, à présent qu’il est si loin ! Comme je regardais, il est venu s’abattre sur le chemin, tout un volier de ces petits oiseaux blancs qu’on appelle des oiseaux de misère. Je voudrais bien de leur misère et être l’un d’eux! Comme je l'aurais suivi en sautillant sur la neige...,Où est-il à présent ? Il pense à moi... on n'oublie pas si vite ; mais’ y pensera-t-il longtemps ?, ... Ah! oui, ce mot qui m’est échappé comme il partait: Ne m'oubliez pas, retentira longtemps dans son cœur. Je ne sais pas comment j'ai fait pour oser lui dire cela en présence de mon père !
Je ne vis que de souvenirs; les plus petites choses sont
sans cesse présentes à mon esprit.
J'ai remarqué un demi cercle tracé très fortement sur le plancher près d’une fenêtre. Il se mettait là souvent, un genou appuyé sur une chaise qu'il faisait tourner sur elle-mème....Cette petite trace sur le plancher, ce n’est rien sans doute; eh bien! je suis allée déjà la regarder plus de dix fois.
3 avril.
Je ne serai maintenant pas plus de deux jours sans avoir de ses nouvelles. Mon père m'apportera-t-il une lettre de lui? Je ne le pense pas; il n’osera pus la lui confier.
Cette semaine d’ennui me rappelle celle que j’ai passée, il y a quelque temps, lors du premier voyage de mon père. Mais c’est effrayant cembien je m'ennuie davantage. Alors, au moins, je travaillais, je pouvais voir au ménage, lire, coudre, broder. ....,
6 avril.
Mon père et une lettre ! Comme j'ai repassé souvent dans ma tête ces quelques lignes ! Comme j'ai été fière de découvrir ce billet que mon père m'a remis sans le savoir ! Quelque chose me disait qu'il devait y avoir mieux que des ognons de tulipes dans ce petit paquet.
Cela m'a porté bonheur, j'ai été tout autre aujourd’hui que les jours précédents. J'ai fait plus d'ouvrage que dans toute une semaine.
Mais peut-être ai-je mal fait de lire cette lettre ? Comment ! après l'avoir attendue si impatiemment, j'aurais été forcée de la déchirer ou de la jeter au feu! Le bon Dieu exige-t-il tant de perfection de nous autres pauvres jeunes filles ?
15 avril.
Me voici retombée dans mon ennui et le dégoût de tout ce qui m'environne. Cette lettre m'avait pourtant consolée, du moins pour quelques jours.
A présent, j'ai beau la lire et la relire, il me semble qu’elle ne me dit plus ce qu’elle me disait. Je suis dans un état étrange. Tout est pour moi sujet de crainte ou d'espérance. La moindre chose, un mot, un bruit, un regard me trouble et m'effraie......
21 avril.
J'ai lu des vers qu'il me faut enpier ici. Je ne pourrais jamais si bien exprimer ce que je sens.