PRES
pas seul.
Sur le rivage, il lui jura de l'aimer toujours et il insista pour qu'elle lui dit : Je te donne mon âme. La jeune fille. qui avait déjà donné son cœur, ne réfléchit pas que son âme n'appartenait qu'à Dieu, et elle répéta la formule amoureuse que son amant lui mit à la bouche.
La journée passée sur la mer fut des plus belles : le
chevalier charmait avee son chant et son luth les poissons
qui suivaient le vaisseau.
Vers le soir, la jeune fille erut tout à coup s'imaginer que son fiancé était plus grand qu'à l'ordinaire. Elle lui en * fit ingénument la remarque. Il ne répondit rien. Effectivement, quelques instants après, elle le vit grandir... grandir, et sa taille dépassa bien vite les limites de la stature humaine. La jeune fille tremblait et elle sentait comme du feu la main brûlante de son gisantesque et silencieux amant appuyée sur son épaule... Il grandissait toujours, et bientôt sa tête s'éleva au-dessus du mât de la h
barque...
Le chevalier, c'était le diable. Il prit sans cérémonie l'âme que la jeune fille lui avait donnée inconsidérément î
és et lresse.
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CHARLES GUERIXN 259
et il livra son corps aux abîmes de l'Océan, qui ne le rendirent jamais au rivage,
Maintenant, ce que dut éprouver la malheureuse, lorsqu'elle vit ainsi grandir et se métamorphoser l'amant qui avait reçu sa foi, devait ressembler beaucoup aux sensations qu'éprouva notre héros, lorsqu'il vit se dérouler et grandir démesurément toutes les circonstances du complot dont il était la victime.
Il essaya cependant, comme font tous les naufragés, à se pendre à quelque chose. Il souleva, comme autant de planches de salut, toutes les suppositions qu'il put imaginer. Malheureusement, sa mère trouvait à toutes ses objections une réponse péremptoire.
— Enfin, dit-il, ce vieil avare de Jean Pierre n'a pas fait cette acquisition uniquement pour plaire à M. Wagnaür, et Je ne vois pas le moyen qu'il y avait de l'en empêcher.
— Ne vois-tu pas que ton bonhomme Jean Pierre n’est pas autre chose qu'un homme de paille, que lui et l'autre s'entendent et que la terre ne sera pas longtemps sans appartenir au Jersais ?
— Eh bien, si c’est le cas, j'irai trouver M. Wagnaër, je lui dirai tout ce je pense de lui. Je le menacerai de dévoiler sa conduite, de le démasquer, de le poursuivre devant tous les tribunaux ; de le dénoncer à toutes les portes d'église, de l'atttaquer dans toutes les gazettes. Je lui parlerai, comme on ne lui a encore jamais parlé.
— Hélas! fit madame Guérin, é’est une bien triste ressource. Ni le bonhomme Jean Pierre est un homme de paille, M. Wagnaër, lui, c’est un homme de fer !
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