‹ Charles Guérin [microforme]Chapitre 63 sur 94 · CHARLES GUERIN VII 1 JEAN GUILBAULT · texte numérisé non relu

CHARLES GUERIN VII 1 JEAN GUILBAULT

EPUIS sa liaison intime avec M. Voisin, et particulièrement depuis qu'il était devenu amoureux de Mile Wa- | wnaëür, Charles avait considérablement négligé son ami Guilbault.

Celui-ci, heureusement, n’é- ‘ tit pas d'humeur à s'en offen- | ser. Comme il n'y avait pas

trace d'égoisme dans sun ca-

T2 ractère, il était aussi peu exi- #1. geunt envers ses amis, que

rempli de dévouement pour eux dans toutes les circonstances.

En vovant Charles se lancer dans le grand monde, et adopter un genre de vie pour lequel il avait, lui, une

antipathie si prononcée, il lui dit nettement et carrément, et une fois pour toutes, ce qu'ilen pensait ; mais il n’en continua pas moins à l'aimer et à l'estimer. Il ne s’étonna point

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de ce qu'il préférait à sa compagnie celle de Henri Voisin, qui l'accompagnait partout dans le monde, et il se dit : à

quelque bon matin, Charles se fatiguera de toutes ces fo-

lies : il sera temps alors de lui parler de choses sérieuses,

L'étudiant en médecine suivait sa profession avec

ardeur. I n'épargnauit ni l'étude, ni l’assiduité chez le

patron, et sa passion pour l'anatomie était si grande, qu’il

était ordinairement le héros et le chef des expéditions

nocturnes, quelque peu périlleuses, auxquelles ses con- ;

frères étudiants étaient obligés d’avoir recours pour se

procurer des sujets.

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Son patron était un des médecins les plus distingués de la ville, un véritable savant, qui faisait de la médecine et de la chirurgie son unique occupation, et qui même faisait un peu ce que dans l’école romantique on appelle de l'art pour Part. Al S'était attaché à son élève et le conduisait avec Jui dans les hôpitaux, et souvent dans sa pratique privée. Le jeune homme avait d’ailleurs tant de gravité, de décence, et un goût si prononcé pour

st profession, que, dans beaucoup de familles, on n'était point fâché de le voir remplacer son maître, lorsque celui-ci était trop occupé.

Vers l’époque où fut vendue la terre de Charles Guérin, il se trouvait parmi la clientele de seconde main de notre Jeune esculape, un malade du nom de Guillot. C'était un caboteur, eapitaine d'une goélette qui naviguait entre la paroisse de R.,, et Québec. À occasion d’un voyage par lequel il réalisait de plus grands profits qu'à l'ordinaire, ce pauvre garçon, qui tendait à la pulmonie, avait fuit une vieille fête, comme il disait dans son style de marin, et commis des excès qui l’avaient mis à la porte du tombeau. [l'avait dû rester chez des parents en ville tout l'hiver, et grace aux soins de Jean Guilbault, et surtout au régime qu’il lui avait prescrit, sa guérison avançait, quoique lentement,

Pour peu que les caractères soient naturellement sympathiques, il s'établit presque toujours une certaine intimité entre ‘le malade et le médecin. [1 faut que votre confiance soit bien dure à gagner,si vous ne la donnez pas à l’homme qui vous à sauvé lu vie. Les allures franches et le sans-gêne de l’étudiant convenaient parfaitement à l'humeur du marin, qui lui raconta tous les détails de sa vie, existence accidentée et pittoresque, à laquelle Jean Guilbault ne pouvait pas manquer de prendre un vifintérêt,

Il arrivait souvent que le médecin soubliait des soirées entières auprès du malade, à lui entendre dire des histoires de ses voyages. C'était tantôt un naufrage sur

quelque îlot désert, tantôt un combat à coups de poing avec des matelots anglais sur les quais à Québec, tantôt quelque aventure sauvage sur les côtes du Labrador ou dans l’île d'Anticosti, tantôt quelque légende superstitieuse racontée par les pêcheurs acadiens de Gaspé ou des îles de la Madeleine; car,avec sa goélette, le capitaine Guillot avait déjà parcouru tous les parages du goife Saint-Laurent.

Un soir que Jean Guilbault était resté plus longtemps qu'à l'ordinaire à causer avec son patient, celui-ci mentionna, par hasard, le nom de M. Henri Voisin l'avocat.

— Comment ! vous connaissez M. Voisin ? fit l’étudiant en médecine ; c’est un de mes amis.

—Parbleu, si je le connais ; je crois bien, puisque c’est mon cousin.

— Ah! diable, c’est votre cousin ?

—Muis oui, bien sûr, st bien que nous portons le même non).

—(fa ne me paraît pas si sûr. [l s'appelle Voisin, et vous vous appelez Guillot.

—C'est-à-dire Voisin dit Guillot, ou Guillot dit Voisin, comme il vous plaira.

—Ah!4uh!

—Oui, c’est de même. Connaissez-vous François Guillot, le commis de M. Wagnaëür ?

Un peu.

C'est encore mon cousin. Son père, mon père, et le père de M. Voisin l’avocat, c'étaient les trois frères. Son père, le bonhomme Henri Guillot, qu’on appelait Riochon Guillot. était l’ainé de la famille. Le bonhomme portait la cassette. Quand il s’est retiré du métier de colporteur, il avait une assez jolie fortune ; avec ça il a fait éduquer un de ses garçons.

—Ah!et pourquoi son fils est-il le seul qui s'appelle Voisin ?

—Dume, c'était son goût de s'appeler de même. Il trouvait cela plus beau, apparemment, Comme il ne navi-

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