LA
l'immense mosaïque des populations de toute langue, de toute origine et de toutes croyances qui viennent s’ubsorber dans une masse, dans une même existence sociale, dans une même nationalité anglo-américaine.
À la Louisiane, par cela même qu'elle n'a pas été persécutée, il manque à la nationalité française, un élément indispensable à toutes les nationalités comme à toutes les religions, il lui manque la foi. Les Louisianais ont das le principe fait bon marché de leur langue et n'ont pas insisté à ce qu'elle fût reconnue officiellement dans leurs rapports avec le gouvernement fédéral : ils l'ont même laissé proscrire du sein de leur législature.
À la Louisiane, ia race anglo-saxonne ne est point présentée à la race française en ennemie et en conquérante : celle-ci gardait 4 rancune à la France de lavoir abandonnée une première fois à l'Espagne, vendue une seconde fois aux États-Unis. La lutte nationale a été plutôt sociale que politique : les deux races «1 cependant ne se sont pas mêlées. Québec et Montréal sont des villes mixtes, moitié françaises, moitié anglaises : mais c'est pour bien dire une moitié indivise. À la Nouvelle-Orléans, il y a deux villes, la ville francaise et la ville anglaise,
Là-bas on parait ne croire qu'à demi à la nationalité : ici on y croit plus que jamais.
Les Canadiens-Français se sont attachés à leur religion, à leur langue, à leurs institutions, à proportion des efforts que l'on a faits pour leur arracher toutes ces choses qui beaucoup plus que le sol forment lu patrie.
Doivent-ils les conserver toujours où du moins longtemps encore { Problème difficile à résoudre et que les voyageurs et les hommes d'Etat ont envisagé sous des faces bien opposées !
Le fait de l'accroissement extraordinaire de notre population, les nombreuses réformes sociales qui se sont introduites depuis quelques années parmi nous, les développements que prend la colonisation des terres incultes par des hommes de notre race, nos progrès sûrs quoique lents dans le commerce, l'industrie et la littérature, la réuction nationale qui s'est faite depuis l'union, malgré l'union et plutôt à eause de l'union, l'admission successive d'un grand nombre de nos compatriotes dans les fonctions gouvernementales, devraient empêcher de désespérer aujourd'hui ceux qui n'ont
pas désespéré aux plus mauvais jours de notre histoire.
Une sage modération dans la direction de l'esprit national, un respect pour les préjugés des autres, égal à celui que nous réclamons pour nos propres croyances, une application constante à faire tourner la rivalité des deux races qui habitent ce pays à leur avantage commun,en la transformant en une louable émulation dans la carrière des sciences, des arts et de l’industrie, parviendront peut-être à faire aimer aux autres nationalités la nôtre que l'histoire leur a déjà appris à respecter.
Individuellement nous n'avons rien à perdre, collectivement nous avons tout à gagner à conserver avec soin un drapeau, un signe de ralliement.
D'ailleurs, la Providence ne fait jamais rien en vain, Ce n’est pas en vain que nos pères, soldats et martyrs, ont arrosé cette terre de leur sang ; ce n’est pas en vain qu'une poignée d'hommes, luttant contre tous les désavantages possibles, s'est accrue si rapidement :
ce n'est pas en vain qu'ils ont combattu si longtemps, si courageuse
ment et sous tant de formes; ce n'est pas en vain que nos compatriotes, pionniers de la civilisation,ont parcouru le désert, que
missionnaires à l'heure présente évangélisent les nations de ‘Hccident et peuvent se dire, comme au temps des Brébœuf et des Lulemant,avee un saint et noble orgneil : (esta Dei per Francos !
B.— Page 164.
Les chants nationaux d'un peuple jouent un grand rôle duns son existence. Il est rare qu'ils ne s’harmonisent pas entièrement avec son caractère. Cependant l'adoption d'un chant national comme le chant officiel d'une nation tient quelquefois à de bien petites circonstances. 11 s'en est fallu de bien peu qu'une chanson et un air composés pour se moquer d'eux, Yankee doodle, ne soient devenus l'hymne officiel des Anglo-Américains. Heureusement qu'ils y ont substitué Hail Columbia !
A la claire fontaine, cette belle chanson de nos voyageurs que nous avons adoptée avec tant de bonheur pour notre chant national, est empreinte à lu fois de gaieté et de mélancolie, Rien comme elle ne doit faire battre le cœur d'un Canadien à l'étranger, car elle touche les deux fibres les plus délicates de la nature humaine : elle rappelle dans ce qu'elle a de gui, les joies de la patrie absente, dans ce qu'elle a de triste, les douleurs de l'exil. TI
semble, en l’entendant, sentir comme nos pères le canot d'écorce glisser sous l'impulsion de l’aviron rapide sur notre large et paisible fleuve, voir fuir derrière soi la forêt d’érables et de sapins et poindre dans quelque anse lointaine un groupe de blanches maisons, et le clocher du village étinceler au soleil.
A la claire fontaine, que nous avons crue longtemps composée par quelque voyageur plus lettré et plus sentimental que ses camarades, dont l'air a mêtme passé pour une mélodie sauvage, est ne chanson de la vieille France, et nous l'avons retrouvée avec quelques légères variantes dans une nouvelle de M. Monstrelet.
M. Marmier, dans la préface de ses Chants du Nord, cite une chanson franc-comtoise, “ Derrière chez mon père,” qu'il a retrouvée avec étonnement «u Canada, où elle passait aussi pour indigène.
Mais ce que beaucoup ignorent, c'est que nous avons double raison de réclamer le God save the King, où au moins de lui faire honneur, et comme sujets anglais et comime descendants de Français.
Cet hymne religieux ct monurchique avait été composé par Lully pour le célèbre pensionnat de Saint-Cyr et transporté ensuite en Angleterre, Rien qu'en entendant cette grave et imposante musique, on doit croire sans peine qu'elle était faite pour la cour du grand roi.
Le documeñit suivant, que nous extrayons d'un ouvrage récemment publié en France, ne sera pas lu ici sans interet
Déclaration de trois dunes de Saint-Cyr relativement à l'oriqiu
de la musique et des paroles du (GOD SAVE THE Kia
Nous soussignées, anciennes religieuses professes de x maison royale de Sai t-Cyr, diocèse de Chartres, étant priées d'atteste pour rendre homimage à la vérité et dans une imtention qui n'a rien de profane ou frivole, ce que nous pouvons savoir togehant un ancien motet qui passe aujourd'hui pour un air anglais, et pensant que la charité ne saurait en être blessée, nous déclarons que cette musique est absolument : même que celle que nous avons entendue dans notre communau’: où elle s'était conservée de tradition, depuis le temps du roi Lis le Grand, notre auguste fondateur, et que ln dite musique avait été comp e, nous a-t-on dit dès notre jeunesse, par le fameux Baptiste Lully, qui avait fait encore plusieurs autres motets à l'usage de notre maison, et entre autres
à = = nn ne 0 on ee A oo me mé 09 à
un Ave muris stella d'une si grande beauté que toutes les personnes qui l’entendaient chanter disaient qu'elles n'avaient rien oui de comparable. Pour ee qui est du premier motet, nous avons entendu raconter à nos anciennes que toutes les demoiselles pensionnuires le chantaient en chœur et à l'unisson toutes les fois et au moment où le roi Louis le Grand entrait dans la chapelle de Saint-Cyr, et l’une de nous l’a encore entendu chanter à grand chœur, lorsque le roi Louis le Martyr, seizième du nom, vint visiter cette maison royale avec la reine son épouse, en l’année 1779 : et ce fut sur l'avis de M. le président d'Ormesson, directeur du temporel de Saint-Cyr, qu'il avait été décidé que Sa Majesté serait saluée par cette invocation, suivant l'ancien usage, de sorte qu'il n'y
a presque aucune de nous qui ne sache par cœur et ne connaisse l'air et les paroles de ce dit motet. Nous pouvons donc assurer que l'air est entièrement conforme à celui qu'on dit un air national d'Angleterre, et quant aux paroles que nous allons copier exactement, on nous à toujours dit qu'elles avaient été composées par madane de Brinon, ancienne supérieure de Saint-Cyr, et personne un lettrée fort habile en poésie, comme il y parait par d'autres cantiques / à l'usage de sa communauté, Celui sur la communion y «a été chanté jusqu'à la fin,et si l'autre n'était pas aussi connu que celui-ci, cela tenait sans doute à ce que le roi Louis le Rien-Aïmé et le roi Louis le Martyr n'avaient pas l'habitude de visiter souvent notre maison comme le roi Louis le Grand, notre fondateur, avait coutume de le faire, GRAND DIEU, SAUVEZ LE Ror!
GRAND DIEU, SAUVEZ LE Rot!
VENGEZ LE Ro!
QUE TOUJOURS GLORiIBUX, LOUIS VICTORIEUX, VOIE SES ENNEMIS TOUJOURS SOUMIS.
GRAND DIEU ! SAUVEZ LE Ror!
GRAND DIEU !VENGEZ LE Ror!
VIVE LE Rot.
Nous attestons donc que ces dites paroles que nous avons en mémoire depuis si longues années ont toujours passé pour une œuvre de notre révérende mère supérieure, madame de Brinon c'est-à-dire datent du temps du roi Louis XIV, décédé en 1715,
mn D Per TE
{ | Ÿ " al |
un PRE ee“ Gropurres =
En foi de quoi, nous avons donné le présent attestat sous licence et permission de notre supérieur ecclésiastique, et nous y avons fait appliquer le cachet de nos armes à Versailles, ce 19 septembre 1819, et avons signé.