‹ Charles Le BrunChapitre 16 sur 37 · FRAGMENT DIT PLAFOND · texte numérisé non relu

FRAGMENT DIT PLAFOND

DE L'ESCALIER DES AMBASSADEURS A VERSAILLES (1674-1678). Gravure de Baudet d’après la composition de Le Brun.

pas terminé : encore ne le peignit-il pas tout entier; il retoucha seulement un travail d’élèves. Dans une lettre à Daniel Huet, du 13 avril 1670, il écrit : « Je vous diray. .. que Ion a travaillé tous ces jours-ci au Baptême de Jean, que je vais travailler à le finir au premier jour pour l’envoyer à Caen au commencement de cet été. » Dans les commandes importantes Le Brun retouchait donc la peinture de ses collaborateurs, mais, le plus souvent, il leur donnait seulement un croquis rapide dont il se désintéressait ensuite complètement.

Les portraits sont plus rares peut-être encore après 1 66 1 que dans la première partie de la carrière de Le Brun : quelques effigies de Louis XIV, — encore la plupart sont-elles des études pour des décorations; — quelques visages d’amis : artistes ou hommes de lettres; quelques portraits de lui-même; c’est à peu près tout ce qu’on peut signaler. On ne connaît pas un seul portrait véritable de Colbert par Le Brun, qui n’a représenté le ministre que dans deux grandes compositions : la Résurrection de la corporation des drapiers et la Visite du roi aux Gobelins .

Dans toutes ces peintures de chevalet Le Brun reste un peintre médiocre. Ce sont des œuvres ennuyeuses et froides, de dessin étriqué, de couleur pauvre. Le Brun, il faut s’en souvenir, ne considère pas la peinture comme un but, mais comme un moyen d’expression. Il sait tout ce qu’on peut apprendre; mais pour mettre en œuvre toute cette

LES MAITRES DE L’ART

science il lui manquera toujours un tempérament de peintre. Jamais chez lui une de ces trouvailles heureuses, un de ces morceaux enlevés de verve que rencontrent parfois, dans des moments de joie, des peintres incomplets mais bien doués. La peinture française ne lui doit rien. Il essaye, au contraire, d’arrêter son évolution naturelle, de la rendre stérile et raisonneuse, mais il n’y parvient pas, parce qu’il ne peut opposer qu’une doctrine morte, qu’une tradition surannée aux aspirations de toute une école jeune et ardente.

Si nous devions juger Le Brun sur ses tableaux seuls, le jugement serait sévère : peut-être resterait-il le premier de ses contemporains, parce que ses contemporains sont tous des peintres médiocres, mais il ne tiendrait qu’un rang secondaire dans l’école française. S’il occupe une place capitale dans l’histoire de notre art, c’est qu’il se distingua par d’autres qualités éminentes : il fut à la fois un décorateur de génie et un administrateur de premier ordre.

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