‹ Charles Le BrunChapitre 20 sur 37 · SECONDE CONQUÊTE DE LA FRANCHE-COMTE · texte numérisé non relu

SECONDE CONQUÊTE DE LA FRANCHE-COMTE

sement l’école. Puisque du consentement général et d’ordre royal, il était le peintre des peintres, et le dépositaire de la vraie parole, qui donc eût osé s’insurger contre son autorité? L’étude étant le principe essentiel de l’académisme, il institua une éducation artistique rigoureuse. Il avait les meilleures raisons pour s’intéresser à l’éducation. En donnant à l’Académie une haute valeur morale, en distribuant des faveurs, des commandes, des titres à ses membres, il avait assuré son pouvoir sur les artistes en âge de produire; mais ces moyens étaient sans action sur les étudiants. L’école, imposée à tous les jeunes gens assez ambitieux pour rechercher un jour les commandes royales, devait les maintenir dans la discipline. Tout un système de concours et de récompenses stimulait l’émulation. Aux yeux des meilleurs on faisait miroiter l’espoir d’un voyage à Rome et la prochaine protection royale ; mais toutes ces faveurs, il fallait les gagner par une conduite régulière et par un travail acharné.

Loin d’être essentiellement mauvais, cet enseignement comportait d’excellentes parties. L’assiduité imposée aux étudiants les contraignait à perfectionner leur connaissance du dessin. L’étude d’après le modèle vivant était féconde. Le cabinet du roi, — ceci surtout est important, — offrait aux copistes les meilleures œuvres des meilleurs maîtres, choisies avec un grand éclectisme. Le

LES MAITRES DE L’ART

Brun n’était pas encore Premier Peintre qu’il avait inspiré à Colbert la création de ce cabinet. Toute sa vie il présida lui-même au choix des tableaux. C’est lui qui conseilla l’acquisition du fonds Jabach. C’était un monument de plus à la gloire du roi que cette somptueuse collection réunie dans un temps où de lourdes guerres et d’importantes affaires intérieures semblaient absorber Louis XIV, mais c’était aussi un admirable champ d’études pour les jeunes gens. D’autres créations étaient très heureuses dans l’enseignement académique. Les leçons de perspective et d’anatomie, par exemple, confiées dès~ le début à des maîtres excellents , donnaient aux études un fondement qui leur avait trop longtemps manqué.

L’envoi des jeunes gens à Rome n’était pas non plus mauvais en principe; mais il eût mieux valu ne pas mettre l’Académie de Rome sous la dépendance trop directe de l’Académie de Paris, ni décréter qu’une éducation artistique était impossible sans le voyage d’Italie. D’une grande valeur professionnelle, l’Académie de Rome servait en même temps des intérêts plus généraux. C’était une école et une ambassade à la fois. Tous les princes de la chrétienté qui visitaient le pape étaient magnifiquement reçus dans cette accueillante maison, témoignage éclatant, en pays souvent ennemi, de la prospérité du royaume et de la gran-

deur du roi. Colbert avait songé d’abord à confier la direction de l’Académie de Rome au vieux Poussin, mais il se ravisa, et deux ans après, en 1666, il nomma Errard directeur. Reconnaissons ici l’intervention du Premier Peintre. Errard a longtemps été son adversaire acharné; c’est un coup de maître de l’envoyer à Rome où ses qualités trouveront leur emploi et où son indiscipline ne sera plus dangereuse. Bien mieux, Errard est flatté dans sa vanité. On lui donne l’illusion d’une autorité sans contrôle ; il se croit l’égal de Le Brun : en réalité, il lui est plus étroitement soumis qu’à Paris.

Le vice essentiel de tout ce système pédagogique, c’est son absolutisme. A l’école académique, toute velléité d’indépendance est un attentat sévèrement puni. D’ailleurs, la doctrine initiale est vite faussée. On imagine bientôt que c’est en France, dans la deuxième moitié du dix-septième siècle, avec Le Brun, que l’art atteint son plus parfait développement. Pour former de bons artistes, il suffit donc de réduire cet art en formules méthodiquement enseignées. Les conférences, au lieu de rester des causeries sur la peinture destinées à développer la culture générale des peintres, deviennent vite l’expression de ces fâcheuses illusions. Elles avaient été successivement prévues et abandonnées en 1648 et en 1653. Colbert en avait à plusieurs reprises ordonné l’ouverture. Il fallut qu’en mai 1667, le Premier Peintre lui-même les inaugurât.

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Il réunit les académiciens et les étudiants dans le Cabinet royal et leur parla du Saint-Michel de Raphaël. D’autres suivirent son exemple, sans trop d’enthousiasme; c’était une lourde charge pour des peintres et des sculpteurs que de parler en public. Le Brun fit un nouveau discours en octobre 1667 sur les Israélites recueillant la manne , du Poussin. A son exemple, les conférenciers analysèrent d’abord les plus belles œuvres du Cabinet royal, afin de déterminer les éléments de la beauté dans les chefsd’œuvre. Pour formuler les résultats de cette enquête, une deuxième série de leçons fut entreprise, mais c’est là qu’on dévia. Les conférences de Le Brun sur /’ Expression générale et particulière ou Traité des Passions et sur la Physionomie appartiennent à ce cycle. Enfin Testelin condensa les résultats acquis en une sorte de tableau où les préceptes étaient formulés en phrases précises et brèves comme des commandements.

Les deux premières conférences de Le Brun ont été résumées par Testelin; l’original du Traité des Passions existe encore; la leçon sur la Physionomie nous est connue par une analyse de Bernard Picard le Romain et par un abrégé de Nivelon : c’était une suite au Traité des Passions, fort confuse sous la forme où nous l’avons conservée, et dont nous devons surtout retenir la curieuse suite de dessins représentant la physionomie des hommes comparée à celle des animaux. D’autres discours

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