CHAPITRE II
Tableaux religieux. — Décorations d’hôtels. — Les premiers portraits. — Le Brun et M. Olier. — Peintures de Thôtel Lambert.
tion artistique. Louis XIV est âgé de huit ans à peine. La guerre extérieure préoccupe, et la guerre intérieure menace. L’artiste se met pourtant aussitôt à l’œuvre. D’abord, il établit sa vie sur un fondement solide. Une charge de valet de chambre du roi est vacante : il l’achète ou l’obtient de Séguier. Le 26 février 1647 il épouse, à Saint-Séverin, Suzanne Butay, issue d’une famille de peintres médiocres. Il commence ensuite à peindre et à organiser l’Académie.
Comme il faut vivre et se faire connaître à tout prix, il accepte d’abord toutes les commandes. Il peint des décorations religieuses et des tableaux
JÀND Le Brun revient de Rome, au printemps de 1646, l’heure est peu propice à la conquête rapide d’une réputa-
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de piété : le Crucifiement de saint André et le Martyre de saint Étienne pour les Mays de 1647 et de 1651, un Bénédicité pour la corporation des charpentiers, pour les religieux de Saint-François près la porte de Vincennes, en peinture murale (1650), le Serpent d) airain (que dès 1648, il avait composé en petit, pour M. Le Noir, un ami personnel), une Présentation aux Filles pénitentes de la rue Saint- Déni s, et une Assomption de la Vierge aux Capucines du faubourg Saint-Jacques. La reine mère et l’abbé Le Camus qui protégeaient les Carmélites du faubourg Saint-Jacques lui confient la décoration du couvent. Il travaille aussi, pour l’église Saint-Côme (Nativité), pour Saint- Germain l’Auxerrois (Saint Jacques le majeur), pour le collège de Beauvais (Saint Jean à Pathmos) et pour Saint-Sulpice. Pour des particuliers, enfin, pour M. d’Aumont, par exemple, ou pour le conseiller Poncet, il tire des sujet de la vie du Christ ou de l’histoire sainte.
Une énumération plus complète de ces œuvres, pour la plupart disparues et aux destinataires inconnus, serait fastidieuse; les toiles qui nous restent sont le plus souvent médiocres. Comme tous ses contemporains, sauf Le Sueur, Le Brun manque d’inspiration religieuse : ses Christs ont tous le même visage, ses Vierges la même expression; ce sont, comme dit Charles Blanc « des mères qui rappellent trop le monde ». Dès maintenant l’artiste
1 6 LES MAITRES DE L'ART
exprime l’adoration fervente, l’extase ou la douleur selon les principes qu’il formulera dans la conférence sur l' Expression des Passions ; d’où cette monotonie qui rend insipide une œuvre comme le Christ adoré par les anges du Louvre, — peinte sous Finspiration de la reine mère qui l’avait vue en rêve, — dont les vingt anges ne sont qu’un ange vingt fois répété. C’est un métier pour Le Brun que de peindre des tableaux d’église, une besogne qu’il confiera plus tard à des élèves bien stylés. Au début de sa carrière, au contraire, il n’emploie des collaborateurs (P. de Sèves, par exemple, à l’église des Capucines) que par exception. Ses peintures religieuses ne forment cependant qu’une petite partie de sa production à cette époque.
Il décore un grand nombre d’hôtels : d’abord celui des Premiers Présidents, commandé par Nicolas Pomponne de Bellièvre, et achevé avant sa mort en 1650. On y voyait le Sacrifice d' Iphigénie, un plafond représentant des Déesses , quatre bas-reliefs simulés figurant les Quatre âges du monde , des médaillons de héros antiques, sans parler de toutes les figures allégoriques, des génies, des enfants, des guirlandes qui accompagnaient et encadraient les compositions. L’ensemble a disparu, mais Guillet nous a conservé une brève énumération des sujets, et Nivelon une de ces copieuses descriptions ou s’épanche son admiration débordante pour Le Brun. Viennent