‹ Charles Le BrunChapitre 6 sur 37 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le Brun chez Fouquet. — La décoration de Vaux. — La manufacture de tapisseries et de meubles de Maincy. — Les fêtes de Vaux.

A RMI les amateurs de ce temps Nicolas Fouquet occupe une place singulière.

Sauf le roi, aucun ne lui peut être comparé. Un Mazarin sera plus délicat peutêtre; mais il ne met jamais son goût pour les arts au service de sa fortune. Fouquet, au contraire,, ne sépare pas l’art de la vie. Il recherche le meilleur architecte, le meilleur sculpteur, le meilleur peintre; avec un instinct très sûr il les découvre, et. il leur confie des travaux gigantesques. S’il puise inconsidérément dans les caisses de l’État, c’est surtout dans le dessein de réaliser des merveilles. N’y aurait-il pas là une explication de la sévérité royale pour des fautes qu’on ne punissait pas si impitoyablement d’habitude? Ce n’est pas seulement un ministre concussionnaire, mais un rival de

LES MAITRES DE L’ART

son faste que Louis XIV châtie en Fouquet.

Quelle heureuse fortune pour un Le Brun que de rencontrer, jeune encore, un amateur assez perspicace pour deviner son génie, et assez splendide pour en favoriser l’épanouissement ! En 1657, il ne s’est pas encore révélé : la galerie de l’hôtel Lambert même ne laisse prévoir encore ni Vaux, ni Versailles. C’est cette décoration cependant, et peut-être les travaux de l’hôtel La Bazinière ou de l’hôtel Du Plessis Bellière qui attirent l’attention de Fouquet.

F ouquet attendit beaucoup de Le Brun, trop peutêtre, puisqu’il le mit en concurrence avec Raphaël quand il lui commanda de peindre une vie de Constantin; mais, en le choisissant entre tous, il prouvait la sûreté de son goût. Ni Vouet, ni Poussin, ni Le Sueur n’auraient rempli son dessein. Il rêvait de mettre l’art au service de son apothéose et Le Brun était né pour composer des cadres glorieux à des vies triomphantes et pour mettre le cortège somptueux de ses allégories au service des puissances temporelles. C’est un hasard merveilleux que ce peintre ait à point nommé trouvé son Mécène et que ce Mécène ait trouvé son peintre.

Dès les premiers travaux sans grande importance que Fouquet lui confie à Saint-Mandé, Le Brun comprend si bien que la carrière qu’il a rêvée s’ouvre enfin qu’il refuse ce Pactole : 20 pistôles de pension journalière que lui offre, sans

Phot. A. Giraudon.

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