‹ Charles le téméraire (volume 2)Chapitre 10 sur 34 · LES DEUX COUSINS · texte numérisé non relu

LES DEUX COUSINS

Pendant toutes ces promenades du roi de France, Je comte de Charolais était à Gorcum, en Hollande.

Un beau jour, Olivier de la Marche, écuyer du comte, arriva près du duc de Bourgogne; il venait, delà part de son fils, lui donner connaissance d'un fait qui ne manquait point de gravité.

Une espèce de bravo, nommé le bâtard deRubempré, longtemps serviteur du duc, mais depuis une année au service du roi de France, venait de se laisser prendre à Gorcum, au moment où il s'informait de la façon de vivre du comte, de ses heures de promenade, et de quelles personnes il était d'habi-

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ludr accompagné. Arrùlé dans une église où il s'était réfugié, ledit bâtard avait si mal répondu, que le [•omte ne doutait point que cet homme n'eût mission du roi de France de l'enlever, comme il en avait été, deux ans auparavant, de l'iiilippe de iJresse ; ce qui confirmait les soupçons du comte, c'est que les compagnons du bâtard, à la nouvelle de son arrestation, s'étaient sauvés, laissant leur barque dans le port dllermus. Ils étaient un»^ quarantaine.

Convaincu ou non convaincu, chacun parut être de l'avis du comte.

Aiii.>i, Louis X! venait de jeter le nKisquc, et c'était en ennemi déclaré qu'il fallait \r trait<'r désormais.

Le comte de Charolais profita du moment, il \ avait longtemps que cette paix dans laquelle il était obligé de vivre lui pesait. La trahison des Croy était patente; sous le souflU- invisible qui les pous-

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sait, leur puissance était devenue presque royale : ils occupaient la marche allemande, le Luxembourg; la marche anglaise, Boulogne et Guignes ; la marche française, les villes de la Somme ; le Hainaut était dans leurs mains ; ils recevaient le vin royal et seigneurial à Yalenciennes; tout cela leur était venu en deux ans, coup sur coup. Quand le roi de France était derrière les gens avec son ambition, les gens marchaient vite!

Le comte fit voir tout cela au duc, qui le voyait depuis longtemps, et, dans un manifeste, il déclara une guerre à mort aux Croy. Les plus timides des favoris se mirent à l'abri; un d'eux, voulant tenter une dernière ressource, se réfugia près du bon duc. Philippe lui promet de le protéger, prend un épieu, sort en chancelant, appelle à son aide. Mais personne ne vint; au contraire, on se sauva plutôt. Tout le monde croyait le vieux duc mort et enterré : on le prit pour son fantôme.

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A partir de ce moment, le jeune duc change de peau; il laisse là celle du comte de Cliarolais et revînt celle de Charles le Terrible, comme on l'appela 1 abord.

Son premier acte fut do faire mettre à mort le trésorier de son père ; vieille rancune d'enfant |)rodii^'ue! probablement ce trésorier lui avait refusé de l'argent. Tuis, le 24 avril 1405, il créa un impôt qu'il fallait payer en mai; en même temps, ordre était donné à toute la noblesse de Bourgogne cl dos Pays- Bas d'être sous les bannières le 7 mai.

un y fut.

Le 7 mai, Charles passait la revue de quatorze cents hommes d'armes et de huit mille archers, sans compter les coulevriniors, les cr.inequiniers, les coulilliers, les gens de charroi.

Contre qui tous cos rrénaratifs? Il était évideul '^at c'était contre runucr^iciic uruiynct^ cominc dit Châtelain.

iOO <:nARLi:s le tkmkraike.

Charles, si peu politique et si peu patient qu'il fût, profitait du bon moment : il y avait grande émotion contre le roi parmi les princes.

Quelle nouvelle tyrannie Louis XI avait-il donc commise?

Il avait voulu réglementer la chasse.

« Le seigneur, dit Michelet, enfermait ses manants comme sous portes et gonds ; du ciei à la terre, tout était à lui : forêts chenues, oiseau dans l'air, poisson dans l'eau, bète au buisson, l'onde qui coule, la cloche dont le son au loin roule... »

Là où le seigneur avait droit, la bète avait droit — cerf, sanglier, chevreuil, lièvre, lapin, de brouter et retourner le blé vert; — pigeon, de le manger en épis.

Un jour cependant, si cerf, sanglier ou chevreuil faisait trop de dégâts, le seigneur venait avec meute, chevaux, valets; il chassaitlecerf, le sanglier ouïe chevreuil, et ce qui était resté debout, de la dent du cerf ou de la défense du sanglier, était mis ^bas

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SOUS les pattes des chiens et les pieds des chevaux.

En Daupliiné, en même temps qu'il déscnnobiissait les gentilshommes en ennohlissaiil les \ilains,la lipemière idée d'une réforme de la chasse était venue à Louis XI; il s'était un jour essayé chez le seigneur (le Montmorency. Ayant eu llioniicurde recevoir le roi chez lui, le noble sire voulut lui faire les honneurs d'une grande chasse; à cetelTet, il réunit et accumula dans la cour de son manoir hiels, panneaux, épieux et une foule d'autres engins de dcslruelion.

Le roi, sans rien dire au maître, donna ordre à un ancien serviteur d'aller mettre le feu à ces engins, (jui lurent tous hrùlés; de sorte (|ue la chasse ne put avoir lieu.

Lu édit était tout prêt, disait-on, ordonnant (jut . dans un délai de (juatre jours, à dater de celui de la liuhliealion, tous eeuv (jui avaient lilets, rets «ui pièges, eussent à les remettre au\ baillis royaux.

Parce même édit, il était dé'lendu aux princes ri

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seigneurs, de quelque condition qu'ils fussent, de chasser, sous peine corporelle et pécuniaire.

Un gentilhomme de Normandie avait chassé et pris un lièvre, malgré la défense du roi, disant qu'il était roi sur ses terres ; Louis XI, pour lui prouver que non, lui avait fait couper une oreille.

Ce n'est point que Louis XI détestât la chasse : au contraire, il l'aimait tant, que toutes ces défenses, assurait-on, n'avaient d'autre but que de la réserver à lui tout seul.

Puis le roi faisait quelque chose de bien plus étrange et de bien autrement honteux : il payait aux paysans le dégât que leur faisaient ses bêles !

On avait lu dans les registres de ses dépenses :

<( Un écu à une pauvre femme dont les lévriers du roi ont étranglé la brebis. »

u Un écu à une autre dont le chien du roi, appelé Maguet, a tué l'oie auprès de Blois. »

(' Un écu à une autre dont les chiens et les lé-

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vriers ont élranglû le chat, près de Mont-Louis, route (le Tours à Amboise. »

Enfin : « In Ocu à un pauvre homme dont les archers, en traversant son champ pour aller joindre droit au grand cliemin, ont gâté le blé. »

Il n'y avait donc plus de seigneurs, il n'y avait donc plus de manants, si le roi, qui était le seigneur des seigneurs, comptait avec les paysans.

Tant il y a que les seigneurs s'émurent.

Le roi leur avait déjà pris la guerre, et voilà qu'il leur prenait la chasse; que leur resterait-il donc?

Le plus rancunier de tous les princes était le duc de liretagne, lequel était presque un roi, et avait le plus à perdre à la subtilité de cette main jalouse, <|ui se glissait partout, se posait sur tout.

II résolut cependant de jouer le jeu du roi. Il lui •nvoya une grande ambassade. Louis la rerul à merveille, et s'amusa à vouloir gagner le chef de cette ambassade; j)uis, un beau jour qu'il croyait

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l'avoir séduit, celui-ci partit, lui enlevant son frère, le duc de Berry.

ùn allait, selon l'habitude du temps, faire la guerre à l'aîné avec le cadet; c'était encore ce qu'il y avait de mieux quand on ne pouvait pas la faire au père avec le lils.

Aussi, le 22 mars, le duc de Bretagne se déclare ennemi de quiconque sera l'ennemi du duc de Bourgogne, et cela, sans en excepter monseigneur le roi.

Trois armées allaient donc marcher contre Louis XI.

Une armée bourguignonne et flamande sous les

ordres de (iharlcs; ^

Une armée bretonne sous les ordres du duc de Bretagne ;

Une armée de mécontents sous les ordres du duo de Bourbon.;'

11 y avait de quoi effrayer un plus grand guerrier que Louis XI , et peut-être fut-ce parce qu'il n'était pas grand guerrier qu'il ne s'effraya point.

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Notez que , sur les vingt-sept provinces du royaume, il n'en possédait que (jualorze.

Seulement, il avait un nombre respectable de francs archers, quelques solides compagnies d'ordonnance, une belle et bonne artillerie.

L'argent manquait.

Bal»! à un homme du génie de Louis XI. l'argent ne manquait jamais! L'argent pouvait manciuer à Louis XI pour faire emplette d'un chapeau neuf; mais il trouvait deux cent mille écus pour acheter Jes villes de la Somme.

Ne comptait-il pas de bons amis à l'étranger, parmi les marchands de Venise et les banquiers de Florence? et croyez-vous que ce fût gratis (|u'il permellait à Pierre de Médicis, son ami et féal conseiller, de joindr.' à ses armes les trois Heurs de lis de France?

Puis il avait, le bon roi Loui>;, depuis longtemps I n tête une idée (|u'il désirait mettre à exécution.

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L'occasion était bonne.

Cette idée, c'était la poste ; la poste aux chevaux , qui amena naturellement la poste aux lettres. C'était une imitation des anciennes postes de l'empire romain ; mais Louis XI, comme Molière, prenait son bien où il le trouvait.

De quatre lieues en quatre lieues, il y aurait un relais où Ton fournirait des chevaux aux courriers du roi, — â nul autre, sous peine de mort.

Le roi payait la somme, énorme à cette époque, de dix sous par cheval pour chaque relais franchi, c'est-à-dire pour chaque course de quatre lieues.

Cette fois, il était bien véritablement l'araignée au centre de sa toile : les nouvelles venaient de la circonférence au centre ; les ordres rayonnaient du centre à la circonférence.

Puis il lit une alliance avec la lîoheme et Venise.

Venise lui prêterait des galères ; la Bohème attaquerait le Luxembourg.

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Ses autres alliés, dont on s'était tant étonné, ne lui manquèrent point alors.

Sforza envoya son propre fils Galéas dans le Daunhiné, avec huit cents hommes d'armes et trois ou i^uatR* mille fantassins. Ferdinand, le bâtard, tint les Provenvaux en alerte avec ses vaisseaux. Le comte de Foix donna ses Basques.

Le roi se mit en campagne. Son intention était, à force de célérité, et en se transportant d'un bout de la France à l'autre, de battre ses ennemis sé- [)arémenL

Ce fut la laclique employée, depuis, par Napoléon.

L'armée fran^'aise était peu nombreuse, mais parfaitement ordonnée; si bien (jue personne, excepté ''«'unemi, n'avait peur de la voir venir; laboureurs, hommes d'Kglisc, marehands. étaient aussi en sûreté au milieu de cette armée qu'ils l'eussent été dans Paris mèniiv « .înin.ri> dif un iMnitrtnnnrain.

n ne vit si gracieuse i^'iicrrc. »>

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•^Louis poussa droit au Bourbonnais. Il laissa Bourj^es derrière lui, sans s'inquiéter ni de la ville ni de sa garnison, tactique qui se rattache encore au génie moderne. Il emporta Saint-Amand, Montrond, Montluçon en trois jours. Sancerre, voyant la douceur avec laquelle on traitait les vaincus, se rendit d'elle-même.

Au bout d'un mois, tout eîit été fini en Berry, si les gens du duc de Bourbon n'eussent tenu Bourges, et en Bourbonnais, si le maréchal de Bourgogne n'eût tenu Moulins.

Louis comptait, en outre, sur une famille pour laquelle il avait fait énormément : c'était celle des Armagnacs.

Il avait écrit au comte qu'il l'attendait , lui et ses garçons, et d'Armagnac avait répondu que sa maison avait toujours été bonne servante de la maison de France, et qu'elle ne manquerait point au roi, à qui elle devait tant.

En effet, pendant quinze ans, sans que l'on s'expliquât pourquoi, Louis avait comblé le bâtard d'Arin;i«,'nac : il lui avait donné le Comininges et les *:ouvernements de Guyenne et de Dauphiné, attachant en quelque sorte au ceinturon de son épéc la clef des Alpes et celle des Pyrénées.

Ce bâtard d'Armagnac était un misérable condamne pour meurtre et pour faux , et qui avait épousé sa propre sœur !

En dernier lieu, il l'avait fait duc de Nemours, lui donnant des biens immenses autour de Paris, dans I(»s diocèses do Moaux, de Cliàlons cl de Sens. Do plus, il érigea la donation en duché-pairie, et fit asseoir le titulaire entre le duc de Bourgogne et le duc de Bretagne.

Un matin, le roi reçoit enfin la nouvelle de l'arrivée de ce Nemours, et, à son grand étonnement, la demande d'un sauf conduit.

Le messager, en elTel, avait une seconde mis-

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sion : c'était de s'entendre avecréveque de Bayeux, qui était dans l'armée royale, pour livrer Louis XI aux princes ; une fois entre les mains des princes, le novateur couronné était contraint d'accepter un conseil de famille composé de l'éveque de Bayeux et d'un autre évêque au choix de celui-ci, de liuit maîtres des requêtes et de douze chevaliers.

Louis XI éventa le complot. Nemours passa aux princes, et le comte d'Armagnac leur conduisit les six mille Gascons qu'il avait promis au roi de France.

On crut Louis perdu ou tout au moins découragé.

Point ! il connaissait admirahlcment le pays : c'était celui où, autrefois, il avait fait la guerre à son père ; il s'agissait d'étonner les princes par la rapidité des manœuvres ; il marcha sur Verneuil, prit la ville et la rasa, fit attaquer sous ses yeux Gannat par le maréclial de Comrainges, Sallazar, Giresme et Guillaume Cousinot. En quatre heures, la ville

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fui eiiiporlée d'assaut ; le roi se fit apporter un œuf •ju'il ^oba tandis que l'on emportait le château; puis il s'en vint coucher à Aigucperse. Le lendemain, son armée occupait les villages de Mosat et deMarsal, elolfraitia bataille à l'armée des princes.

Les princes n'osèrent accepter. Le duc de Bourbon alla se cacher dans un moulin. Le duc de Nemours vint trouver le roi, lequel, avec la faiblesse étrange (ju'il avait pour lui, écouta ses pro- '"stations, et lui accorda une trêve comprenant l'Auvergne, le Bourbonnais, le Herry, et même les marches de Bourgogne, si les Bourguignons s'absiciiaiiMit d'hostilités.

lie leur coté, les princes jurrrenlcjuils serviraient le roi envers et contre tous comme leur souverain seigneur.

Cette campagne n'avail réussi (jue par un nurai le de stratégie. Au reste, il était temps qu'elle linil; le comte de Cbaroiais n'était qu'à dix lieues de

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J\îris, et le roi en était à près de cent; or, en perdant sa capitale , Louis risquait de perdre son royaume; il savait parfaitement cela.

Mais il n'avait rien omis pour tenir Paris en bonne disposition: il y avait laissé Charles de Melun, un de ses plus habiles et, à ce qu'il croyait, un de ses plus fidèles lieutenants, assisté de maître Jean la Balue, évoque d'Évreux, nommé tout récemment, et auquel le roi avait laissé entrevoir le chapeau de cardinal.

Charles de Melun proclama les anciennes ordonnances sur la garde de la ville; le guet fut rétabli ; les chaînes des rues, enlevées aux bourgeois sous Charles YI, furent réparées et remises en état.

Louis avait écrit aux habitants de la capitale : il les remerciait de leur loyauté, dont ils n'avaient pas encore donné preuve; il leur déclarait que Paris était la ville qu'il aimait le mieux au monde, et leur annonçait qu'il allait y envoyer accoucher la reine.

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En môme temps, tous les pn'dicatcurs prêchaient |.our le roi.

La campapne admirable (ju'il venait de faire, l'artillerie de JeanBureau, à laqiiellerienn'avaitrésisté, <'laient bien pour quelque chose dans les prières des prédicateurs. Le clcrgc^ aimait peu Loui.^ XI.

Le comte de Charolais et le comte de Saint-Pol <'laient à Saint- Denis.

Ils avaient, une fois, voulu entrer en |>ourparler avec maître Jean de T'opineourt, seif^neur de Sarcelles, et maître Pierre Lorfèvre, qui étaient de garde à la porte Saint-Denis, et demander des vivres pour les Bourguignons; niais les deux capitaines avaient refusé la conférence, et, au j)remier mouvement iiostile, avaient tiré sur les Bourguignons.

Le comte attendait les jirinces: il ignorait (ju'il> eussent été battus et (ju'ils eussent fait b'ur soumission.

Il se présentait eonuiK' ii<Hilenanl du duc de

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Berry, frère du roi; partout, sur son passage, au nom (lu duc de Berry, il abolissait les tailles et les gabelles ; à Lagny, il ouvrit les greniers à sel et brûla les registres des taxes.

Tout à coup, le comte de Charolais apprit que le roi revenait victorieux, et avec l'intention de lui livrer bataille. Il passa aussitôt la Seine au pont de Saint-Cloud, et marcba au-devant de son adversaire pour l'empêcher de rentrer dans Paris.

Puis il attendait, par l'Anjou, le duc de Bretagne et le duc de Berry ; en marchant vers Fontainebleau, il se rapprochait toujours d'eux de quelques étapes.

Louis avait lancé en avant le duc du Maine, avec ordre de disputer le passage aux deux auxiliaires ; mais le duc du Maine ne s'était pas jugé assez fort pour risquer de leur couper le chemin: il les avait laissés suivre leur route sur Chartres, et était allé rejoindre le roi à Beaugency.

Que ferait le roi? marcherait-il au duc de Bre-

lagne? marcliorail-il au conUc de Charolais?

Son avis était de rentrer dans Taris sans combattre ni l'un ni l'autre; mais, si bon stratégiste qu'il fût, il était peu probable qu'il réussît à accomplir cette manoeuvre.

Le sire de Brezé croyait les Bretons plus faciles à défaire que les gens du duc de Bourgogne: il était donc d'avis (jue le roi attaquât les Bretons. Puis il joutait que parmi les lîretons se trouvaient le sire de Lohéac, le sire de Bueil et le comte de Dunois, tons anciens serviteurs du roi Charles VII, et qui, .^ans doute, n'oseraient pas combattre buii lils.

— .Mais, vous, dit en riant le roi, vous avez autrefois siffné cette ligue du Bien {jublic, sénéchal !

— l'on ! répondit celui-ci en riant à son tour, ils ont ma signature, c'est vrai, sire : mais, vous, vous avez ma personne.

— Ah va. sénéchal, demanda le roi,avcz-vous donc iM'ur, (|uc vous mr cop'^imIIcz d'éviter la bataille?

-- Pour cela, non, sire, repartit Brczé, et je le ferai bien voir à la première occasion.

— Eli bien, alors, dit le roi, marchons sur Paris et hardiment.

C'était le roi Louis qui était plus acharné que les hommes de guerre !

Tout au contraire, le comte de Charolais, se voyant isolé, trouvant les Bretons lents à venir, n'eût point été fâché, lui, d'éviter la bataille; seulement, ce n'était point l'ailaire du comte de Sainl- Pol, qui voulait être connétable.

Le 14, le roi écrit à Paris qu'il arrivera le 16, et ordonne à Charles de Melun, son lieutenant général, de lui envoyer deux cents lances, avec le maréchal de RouaulL Puis il continue son chemin.

Le 16 au matin, il était à Chartres; il avait mayclié toute la nuit.

Arrivé là, il sut que l'armée du comte de Charolais était à Monthérv.

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