‹ Charles le téméraire (volume 2)Chapitre 19 sur 34 · MICHEL · texte numérisé non relu

MICHEL

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CllAHLES LE TÉMKIIAIIU]

LA TOnCHF. F.T I. KPKE

L'évciiemenl qui venait de s'accomplir était iiuporlanl par lui-môme, mais plus important encore par ses conséquenees. Toute ville voudrait sui\ i l'exemph' de ('.and.

I.a première ville qui suivit l'exemple de (laiid fut Malines.

Vnc émeute y éclata sans (ju'nn pût en délern)!'

ner la cause précise. Le peuple s'assembla en ar« it. 1

mes sur la place, et trois maisons des plus riehes bourgeois furent rasées.

Puis vint à son tour Anvers.

Il fallait d'abord aller châtier Malines.

Le duc étaità Bruxelles. C'était l'affaire d'un jour.

Il se mit à la tête de ses gentilshommes , couverts de leurs haubergeons, suivis de leurs valets portant leurs casques et leurs lances, et précédés . d'un petit corps d'archers picards.

Charles entra à Malines sans que personne tentât de lui résister.

Il descendit à son hôtel et commença une enquête.

Il voulait faire un exemple terrible; mais, cette

fois encore , le conseil intervint.

Un tribunal fut institué.

Les moins coupables furent condamnés à l'amende; les autres à l'amende et au bannissement; les autres, enfin, à la mort.

CHARLES I.E TKMÉRAIUE. 3

Plusieurs exécutions curent lieu sur la plarc ordinaire; puis, lorsqu'on pensa que l'heure de la clémence était arrivée, on transporta l'échafaud devant l'iintcl du duc.

Vi\ malhoureux condaFnnéynionla; on lui banda les yeux et on le lit mettre à genoux; après quoi le prêtre qui raccompagnait l'invitaà recommander son âme à Dieu, le bourreau tira son épée et la lit siffler aux oreilles du patient...

Kn ce moment, loducparutaubalconetfitunsigne.

Le bourreau abaissa son épée sans frapper. Le pr^trc détacha le bandeau (jui couvrait les yeux du patient, et. an mot <« (irace! >» prononcé par le duc, tout le peuple poussa un cri de joie.

Le condamné était plus mnrf fin.- vit": il sVv.inouit. I.orsqu'il revint à lui, on tui loulos les pci- "nesdu monde à lui persuader qu'il vivait encore.

Le conseil avait eu raison : la clémence lit ce que n'eut certes pas fait la colcrc.

Anvers envoya des députés pour faire sa soumission.

Le duc ferma les yeux; deux grandes affaires le préoccupaient : il avait Louis XI à surveiller, Liège à punir.

Commençons par Liège.

On se rappelle le dernier traité à propos de Dinant.,

Liège avait des engagements d'argent qu'elle ne pou^ait remplir; la riche cité était devenue insolvable.

Seulement, Liège devait payer en argent ou en hommes; — à défaut d'argent, des têtes.

Liège ne pouvait pas payer en écus; Liège ne voulait pas payer en tètes.

Les têtes furent estimées, et l'on signifia à Liège de payer, outre l'argent, tant pour les têtes, (hélait soixante mille florins tous les six mois.

Le terme approchait. Mègc n'avait pas la moitié de la somme.

CHAULES LE TEMERAIHE. 5

Il n'y aNail plus de gouvcrnomcnl à Liège; idi^ mayistrals, c'est-à-dire les liomines du duc, n'y avaient aucun pouvoir. Le sire de Raës, l'homme populaire, n'osait pas habiter la ville, tant il se liait peu à SCS propres amis; il se tenait à Saint-Pierre, en un lieu de franchise.

JMus l'épocjuc du payement approchait , plus la fermentation allait crois^anl. D'iihord, le secours sembla venir du ci«'l. Vers Pâques, les saints commencèrent à faire des miracles.

Les saints liéj^'cois étaient anlihour^uignons, hit'ii entendu.

l*uis ce furent les envoyés du roi de France, vrais ou supposés, qui reparurent peu à peu.

Puis les enfants de la Ncrlc tente, ces (ils perdus des émeutes et des révolutions , (|ui sortaient de leur forêt, et , comme les loups, llairaient le carnage; seulement, les loups flairent le (Mrnace nrcompli : eux lUiitUent le carnage a venir.

6 CHARLES LE ÏÉMÉUAUIE.

On rapportait au prince toutes ces nouvelles.

Le bailly de Lyon, lui disait-on, était arrivé; les Liégeois l'avaient conduit à la colline de Lottring, au berceau des Carlo vingiens, à Herstal, où naquit Pépin, et dont nous avons faitlléristal.

Là, le bailly de Lyon, devant notaires et témoins, avait pris possession au nom du roi de France.

Liège n'était donc plus bourguignonne, plus môme wallonc : Liège était française ; le roi de France ne la pouvait laisser mourir.

PuiS;, un beau matin , Charles vit accourir Louis de Bourbon, l'évêque de Liège, accompagné de tous ses gentilshommes. Louis de Bourbon habitait Huy; mais les Liégeois, sous prétexte de faire payer à Huy etàSaint-Trond, qui étaient des fils de Liège, leur part du tribut dû au duc de Bourgogne, les Liégeois, disons-nous , avaient marché vers Huy.

L'évcque n'avait point été dupe du prétexte; il n'avait point attendu les Liégeois, il s'était sauvé.

CHAHLHS LE TtMKUAinE. 7

Le duc Charles inaugurait mal celle puissance dont il avait promis de faire merveille.

Il avait été, ou à i)eu près, prisonnier des Oanlois, et avait dû se racheter en signant un traité qu'il regardait comme une honte.

Et voilà maintnianr que son cousin, Louis de Bourbon, fuyait a\cc ^es gcnlilshomnics devant les Liégeois.

Malheur aux Liégeois 1 c'était sur eux qu'allait retomber toute cette colère extravasée au fond de son cœur depuis la mort du vieu.v duc.

D'abord, pour épouvanter à la fois les Liégeois et Icux protecteur le roi de France, Charles lit venir cinq cents Anglais de Calais, où le roi Edouard m avait envoyé deux mille. Cinq cents sullisaient à la démonstration , et la démonstration était tcrriliio pour la iTancc.

Elle avait de quoi cllVaycr le duc lui-même.

Son grand-père , Jeansans-Peur, — qui n'hési-

8 CHAULES LE TÉMÉRAIRE.

lait devaiU rien, et qu'on pouvait appeler Jean sans peur du crime, — Jean-sans-Peur avait hésité devant cette trahison; car c'était une haute trahison pour un fils de France que d'appeler l'Anglais.

Jîien plus : en s'alliant aux York, Charles trahis- ^ait sa mère, qui était du sang de Lancastre.

Pactiser avec les Anglais» c'était pactiser avec le diahle. Châtelain lui-même, l'historien du duc, dit, en parlant des Anglais : « Telle est cette nation, que jamais bien ne s'en peut écrire, sinon en péché. »

Bientôt, pour comble de scandale, on apprit que ces cinq cents Anglais allaient assister à un mariage, qu'un Lancastre allait épouser une Yorck , que les deux Roses, qui s'égorgeaient là-bas, allaient fleurir ensemble sur le trône de Charles le Terrible.

IHiis le nouveau duc venait d'adopter pour devise : Je l'uy empris.

Qu'avait-il rwpris, ou entrepris, pour modcrni-

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